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Défense du droit à l’éducation

[VIDEO] São Paulo : une première victoire des lycéens contre le gouvernement

Pablo Darbant Après avoir réussi à casser la grève des enseignants au début de l’année, le gouverneur de l’État de São Paulo, Geraldo Alckmin, s’est senti des ailes pour continuer à réduire le budget de l’éducation. Son plan initial : la fermeture pure et simple de 92 lycées, ce qu’il appelle la « réorganisation scolaire ». Malheureusement pour lui, les étudiants n’ont pas donné leur accord. Après une vague d’occupation qui a touché plus de 200 établissements, les étudiants ont obtenu une première victoire : le gouvernement a déclaré remettre à plus tard son projet et le secrétaire d’éducation a démissionné. Aujourd’hui, les étudiants continuent à occuper les établissements et à organiser des manifestations pour le retrait absolu du projet de la « réorganisation scolaire ».

mardi 8 décembre 2015

La vague d’occupation des établissements a commencé le 9 novembre dans le lycée Fernão Dias, dans le centre-ville de São Paulo. Une semaine après, elle s’étend à une centaine d’établissements et touche aussi la province. Le gouverneur Geraldo Alckmin, très connu pour ses méthodes répressives, envoie la police sur différents établissements pour faire de l’intimidation et essayer de briser le mouvement. On voit des scènes de violence policière, d’arrestations, et même d’agressions sexuelles contre les étudiants qui ont osé s’opposer à la fermeture de leurs établissements. Des scènes qui vont se répéter dans des manifestations et à l’intérieur des établissements.

Depuis début novembre, les lycéens de São Paulo font preuve de détermination face à une sévère répression. Si lors des premières semaines l’issue des occupations était encore incertaine, il semble aujourd’hui très difficile pour le gouvernement de São Paulo de reprendre le contrôle des établissements. Avec une popularité qui a fait une chute libre dans les deux derniers mois, Geraldo Alckmin doit faire face non seulement aux milliers de lycéens organisés dans les occupations mais aussi à un pourcentage très élevé de la population opposée à la fermeture des 92 établissements en question — ce qui signifierait concrètement le licenciement des travailleurs de l’éducation (enseignants et personnel), des classes encore plus surchargées, des conditions d’étude et de travail encore plus précaires.
En plus de la population, différents artistes très connus se sont solidarisés avec le mouvement d’occupation et plusieurs concerts ont été organisés dans différents établissements le dimanche 6 décembre. David Harvey, intellectuel marxiste britannique renommé, a même envoyé un selfie en solidarité aux occupations.

Dans un climat de contestation de Geraldo Alkimin, les départements du cours de pédagogie de l’Université de São Paulo (USP) et de Campinas (Unicamp) se sont prononcés contre la « réorganisation ». Même des organismes officiels attachés à la direction de l’éducation publique ont retiré leur soutien et le Ministère Public a demandé la cassation du projet du gouvernement de São Paulo.

Le gouverneur de São Paulo ne s’attendait pas à autant d’opposition pour la mise en place son projet de « réorganisation scolaire ». L’euphémisme du gouvernement a dû faire face à une réponse très explicite du mouvement lycéen : 200 établissements occupés, auto-organisation des étudiants pour faire face à la répression et pour gérer les établissements (maintenance, ménage, service de cantine, sécurité), soutien d’une partie significative de la population ainsi que de différentes personnalités.

Pour l’instant, le mouvement des lycéens a réussi à mettre le gouvernement de São Paulo dans une voie sans issue. Pour cette raison, il est encore possible d’obtenir de nouvelles victoires jusqu’à conquérir le retrait absolu du projet. Si le gouvernement a pu croire qu’une déclaration officielle remettant à plus tard son projet de fermeture des établissements suffirait pour désorganiser les étudiants, il s’est trompé. Encore une fois.




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