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Débats

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VIDEO. Université d’été. A 10 ans de la fondation du NPA, quelques éléments de bilan et perspective

A l’occasion de l’université d’été révolutionnaire organisée début juillet par les militants de Révolution Permanente qui militent au sein du NPA, Daniela Cobet, membre du comité de rédaction de RP et du Courant Communiste Révolutionnaire, et Yvan Lemaitre, dirigeant de Démocratie Révolutionnaire, ont débattu quelques éléments de bilans et de perspective sur le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) à 10 ans de sa fondation Nous retranscrivons en partie cet échange ci-dessous.

jeudi 18 juillet

Au cours de l’Université d’été 2019 organisée à l’initiative du Courant Communiste Révolutionnaire et de la Fraction Trotskiste qui a réuni près de trois cent cinquante personnes venant d’Italie, de l’État Espagnol, de l’Allemagne et de la France, un débat a eu lieu entre différentes sensibilités du NPA pour débattre autour de quelques éléments de bilan et perspectives à dix années de la fondation du NPA en 2009. Daniela Cobet, membre du Comité exécutif du NPA et membre du CCR, et Yvan Lemaitre, dirigeant du courant Démocratie Révolutionnaire, ont échangé sur le bilan du NPA depuis sa fondation et plus récemment sur son intervention dans le mouvement des gilets jaunes.

Ainsi, Daniela Cobet pose la question en ces termes : « Comment dans une période qui commence de plus en plus à être marquée par une lutte de classe intense, où de nouvelles générations de travailleurs, de jeunes, sont en train d’incarner une nouvelle forme de subjectivité et de détermination, et en même temps, énormément de confusion qui exprime un recul dans la conscience qui est tout à faire compréhensible, ça fait au moins 40 ans qu’il n’y a pas eu de révolution victorieuse […] Et de ce point de vue-là, il me semble que c’est important de discuter comment dans cette situation actuelle, nous reconstruisons une gauche révolutionnaire digne de ce nom et à commencer par le parti dans lequel nous militons qui est le NPA. »

Ce défi oblige à réactualiser l’héritage qui est celui des révolutionnaires car « l’inédit ne doit pas appartenir à l’histoire hors de nous, déclare Yvan Lemaître, mais que peut-être que nous aussi il serait temps qu’on fasse un peu de l’inédit et que nous inscrivions notre combat dans une époque qu’il nous faut aborder d’un point de vue résolument ouvert sur l’avenir par rapport à un mouvement révolutionnaire qui a souvent eu le regard dans le rétroviseur, qui se nourrit de légitime et riche vieux souvenirs que nous avons du mal à réactualiser. »

Daniela et Yvan, rappellent que la fondation du parti s’ancre dans la période de la fin du XXème siècle, celle de la chute du mur de Berlin, de l’effondrement du bloc soviétique et avec lui, de l’ascension du néolibéralisme et de ses tenants idéologiques incarnés par le « There is no alternative » (Il n’y a pas d’alternative) de Margaret Thatcher. Ce contexte a fortement marqué toute l’extrême gauche à un niveau international et la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), ancêtre du NPA, n’y a pas échappé.

Théorisation d’une nouvelle période : abandon de toute hypothèse stratégique

Suite à la chute du mur de Berlin, c’est le moment d’une offensive des classes dominantes sur le terrain idéologique visant à amalgamer stalinisme et communisme. Sur fond d’offensive néolibérale et de recul du mouvement ouvrier, la LCR, par l’intermédiaire de ses théoriciens, commençait à élaborer sur l’avènement d’une nouvelle période où il s’agirait de revoir l’hypothèse stratégique qui a marqué le XXème siècle, à savoir la grève stratégique insurrectionnelle : le sujet révolutionnaire ne serait plus le prolétariat.

Pourtant, la période d’après 1989 n’a pas été paisible en termes de luttes et d’espoir ouvriers. Les grèves massives de l’automne 1995 autour du plan Juppé et le score historique enregistré aux présidentielles par Arlette Laguiller en sont une large démonstration. Et c’est au moment où se décantait un désaveu croissant de la population dans les partis de la gauche institutionnelle et où ont été appliqués les plans néo-libéraux, avec l’expérience Mitterrand notamment, que « la LCR appelait à voter pour tous les candidats de la gauche, depuis Voynet jusqu’à Arlette, mettant à égalité les candidats de la gauche institutionnelle et le vote pour les révolutionnaires ».

Yvan Lemaître, toujours membre de Lutte Ouvrière à l’époque, portait une politique d’union des révolutionnaires dans une organisation en capacité de répondre aux attentes des travailleurs alors délaissés et trahis par leurs organisations historiques. C’est-à-dire « l’idée que les conditions objectives, politiques et sociales, pour sortir des groupes d’extrême gauche, se construisant par en haut, en opposition à la politique des staliniens de la social-démocratie, étaient mûres pour qu’on s’engage réellement dans la construction d’un parti de masse lié à la classe ouvrière ».
L’intuition de l’écho des révolutionnaires est validée quelques années plus tard lors des élections présidentielles de 2002 où les trotskystes, tout score confondu, ont atteint les 10%. Daniela se rappelle ce moment, alors qu’elle militait au Brésil au début des années 2000 : « je me souviens toujours à quel point j’étais étonnée positivement de voir en 2002 que les trotskistes faisaient plus de 10% aux élections présidentielles, toutes voix confondues, entre les trois listes, et en particulier, les deux principales traditions du mouvement révolutionnaire d’affiliation trotskiste en France qui étaient à l’époque la LCR et Lutte Ouvrière ».

Dans ce contexte qui a vu germer les bases de la construction du NPA, alors que la situation imposait une réflexion sur l’inédit comme l’a rappelé Yvan, la LCR s’est posé comme défi la redéfinition d’un parti adapté à la période historique qui s’ouvrait au début des années 90. Seulement, « On nous disait tout a changé, raconte Daniela, il y a une nouvelle période qui s’ouvre après l’effondrement du mur de Berlin et nous n’avons aucune idée de comment seront les révolutions du XXIème siècle : donc à quoi bon avoir une stratégie ? Il y avait une sorte d’éloge à la construction d’un parti avec des délimitations stratégiques, pour le moins qu’on puisse dire, inachevées ».
C’est sur cette base que s’est érigée la stratégie défendue par le NPA, en rupture avec la tradition qui a formé la LCR, d’un « parti large » aux bases mouvantes et aux contours vagues.

Un critère pour juger les révolutionnaires : l’intervention dans la lutte des classes

Daniela insiste sur un point pour estimer le rôle que joue une organisation révolutionnaire : c’est son intervention dans les moments forts de luttes des classes comme nous en connaissons depuis la Loi Travail en France, ce qui implique donc une préparation sérieuse à cette intervention :

« Le rôle d’une organisation révolutionnaire, c’est précisément de savoir comment, dans les phases qui précèdent les grandes explosions sociales, on est capable d’accumuler un volume de force, une idéologie, un programme et une stratégie qui est apprise par rapport à l’expérience du passé mais aussi d’une analyse marxiste de la situation actuelle telle qu’elle est ! Sans ces outils-là, en général, quand la situation explose, il est déjà beaucoup trop tard pour pouvoir construire un parti qui soit capable de jouer un rôle décisif dans la période »

C’est dans ces périodes convulsives, sur la base de sa capacité à intervenir et à mener une politique dans le feu de la lutte de classe, que se mesure aussi l’organisation. Daniela s’interroge ainsi : lorsque les gilets jaunes criaient « Macron, Démission », la NPA a-t-il été en capacité d’offrir une stratégie et un programme qui se donnent l’objectif de répondre aux aspirations d’une nouvelle génération et qui lèvent le voile sur ses illusions d’un système pacifié et égalitaire pour en découvrir le vrai visage ?

Pour répondre à la question, Daniela revient sur ce qu’elle pointe comme l’origine de la crise du NPA, c’est-à-dire les bases sur lesquelles ce dernier s’est érigé. Premièrement, il est question de l’abandon de la construction d’un parti révolutionnaire au profit d’un parti large, non délimité stratégiquement, laissant cohabiter plusieurs stratégies en son sein. En effet, il n’existe pas, en politique, de parti sans stratégie. La stratégie est ce qui guide un parti, pointe Daniela, il est censé agir comme un outil au service d’une stratégie. Cette prémisse a conditionné le reste.

Que ce soit sur la manière de militer qui est devenue « à la carte » en revenant sur l’esprit de sacrifice qui pourtant habite les Gilets Jaunes ces derniers mois, ou encore l’absence de critique concernant les multiples trahisons des directions syndicales au moment de la réforme des retraites en 2010, le NPA (et LO d’une certaine manière) a été incapable d’avoir une politique de parti unifiée lors des dernières mobilisations.

10 ans et après ?

Alors que, comme le rappelle Yvan, nous nous trouvons dans un période propice à l’émergence d’une crise du capitalisme à l’échelle de la planète : « Nous sommes dans une période de recul historique du capitalisme sur la base d’un progrès technologique fabuleux. Au point que le parasitisme de ce capitalisme s’exprime dans les taux 0 [une des origines de la crise des subprimes de 2008, ndlr] mais s’exprime aussi dans le fait que les plus grandes multinationales qui ont les plus grosses concentrations financières sont des sociétés que ne produisent aucune richesse ».

Cette crise du capitalisme se répercute sur le terrain de la lutte des classes avec la naissance de phénomènes de mouvements de masses et spontanés en Algérie, au Soudan mais aussi dans des pays impérialistes comme la France avec le mouvement des Gilets Jaunes. Yvan appelle, au delà de toute illusion que pourrait avoir le NPA dans une « union de la gauche » type Big-bang, à la convergence des révolutionnaires afin « [d’] être à la hauteur des tâches que nous impose le mouvement social »

Daniela ajoute que « les révolutionnaires ont besoin, non seulement de montrer leur capacité à écrire de bons textes, etc, mais aussi, dans la réalité de la lutte des classes, de faire leurs preuves à côté de ceux qui sont en train de se battre aujourd’hui, à côté des Gilets Jaunes, mais en apportant non seulement un mode d’emploi de coordination mais aussi des discussions de programme et de stratégie. » Il s’agit d’une méthode d’évaluation du rôle des révolutionnaires, c’est-à-dire leur capacité à faire des apports à la classe, en tirant des bilans des expériences passées.
Pour finir, Daniela Cobet commente ce qu’elle définit comme le spectre de l’union de la gauche qui hante le NPA et ajoute que « l’idée selon laquelle il faudrait une dédiabolisation de l’extrême gauche est à combattre car notre problème n’est pas de montrer qu’on est des gens biens, sages etc. Au contraire, je pense que l’extrême gauche met beaucoup trop d’eau dans son vin et qu’on devrait être plus radicaux, plus décomplexés, afficher que nous voulons tout renverser, que nous voulons faire la révolution, que nous voulons changer tous les rapports de production, changer la vie, changer les rapports entre les gens. Cela constitue, en effet, un projet crédible. »

Pour y parvenir, il ne s’agit pas d’être « l’aile gauche du "big bang" » en « abandonnant de plus en plus le discours en faveur de la construction d’un parti indépendant et révolutionnaire au profit d’une illusoire union de la gauche, avec une gauche institutionnelle qui est morte pour la révolution et pour le mouvement de masse qui est en train de se radicaliser. » Ce dont il s’agirait pour Daniela Cobet, c’est de construire un parti, qui organise non pas les masses, car les masses ne s’organisent que dans les moments de révolution, mais un véritable parti d’avant-garde avec des milliers, voire des dizaines de milliers de militants révolutionnaires. Un parti qui soit capable d’intervenir dans des moments chauds de la lutte de classes comme celui des Gilets Jaunes, mais surtout des mouvements révolutionnaires beaucoup plus puissants et aboutis : un parti capable de jouer un véritable rôle dans ces mouvements.