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Monde

Vaccination à l’AstraZeneca : l’Europe en ordre dispersé

Au lendemain de l’aval de l’agence européenne du médicament (EMA) à la reprise de la vaccination à l’AstreZeneca, la cacophonie règne en Europe. De là reprise immédiate à la temporisation, c’est la désynchronisation qui prime illustrant une nouvelle fois le nationalisme vaccinal. Des réponses nationales qui ne peuvent qu’alimenter la défiance face au vaccin qui reste un outil essentiel pour en finir avec la crise sanitaire.

vendredi 19 mars

Crédits photo : AFP / Vladimir Sindeyeve

Ces derniers jours, le vaccin AstraZeneca a été au cœur de l’actualité politique, suite à des cas de thromboses détectés en Europe. Une polémique qui avait conduit à une série de suspensions de la vaccination dans de nombreux pays, dans l’attente notamment de l’expertise de l’EMA.
 
Cette dernière, rendue publique ce jeudi 19 mars, est formelle : le vaccin AstraZeneca est « sûr et efficace », même si, comme le rappelle la Haute Autorité de Santé, l’EMA « a identifié un possible surrisque de coagulation intravasculaire disséminée et de thrombophlébite cérébrale chez les personnes de moins de 55 ans » . Un avis qu’a rejoint le Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale de l’OMS, ce vendredi 19 mars, pour qui « le vaccin AstraZeneca (...) continue d’avoir un profil bénéfices-risques positif, avec un énorme potentiel pour prévenir les infections et réduire les décès dans le monde entier ».
 
Pourtant, la polémique est loin d’être éteinte. En effet, une étude menée par des chercheurs de l’Université d’Oslo indique avoir établi un lien entre l’utilisation de l’AstraZeneca et la formation de caillots sanguins. Ainsi, le professeur Pal Andre Holme explique, dans des propos relayés dans un article du Monde, avoir obtenu « des résultats susceptibles d’expliquer l’évolution clinique de nos patients hospitalisés. Ces résultats soutiennent l’hypothèse, que nous avions avancée plus tôt, selon laquelle ces patients ont développé une forte réponse immunitaire, ce qui a conduit à la formation d’anticorps, qui peuvent affecter les plaquettes et ainsi provoquer un thrombus [caillot sanguin]. »
 
Des discours qui apparaissent comme contradictoires, mais qui dépassent désormais le stade de simples suspicions, avec une série de données scientifiques. La question centrale se joue donc autour du fameux rapport « bénéfices / risques », qui selon l’EMA et l’OMS est positif dans le cadre d’une vaccination de masse.
 
Dans ce contexte général, force est de constater que c’est en ordre dispersé que répondent des différents pays d’Europe. Ainsi, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Bulgarie ou bien encore la Slovénie ont repris les vaccinations dès ce vendredi. L’Espagne, le Portugal et les Pays-Bas ont quant à eux reporté cette reprise à la semaine prochaine. Enfin, le Danemark, la Norvège et la Suède ont décidé d’attendre avant de reprendre, ou non, la vaccination à l’AstraZeneca.
 
Bien sûr, une telle cacophonie ne peut aboutir qu’à une défiance renforcée envers un vaccin qui avait déjà mauvaise presse. L’exemple le plus illustratif de ce risque de défiance étant la vaccination express de Jean Castex ce vendredi, explicitement présentée comme visant à rassurer la population sur l’AstraZeneca. Mais surtout, ces différentes stratégies sanitaires à échelle européenne s’expliquent aussi par des éléments extra-sanitaires, politiques et économiques.
 
La France est à nouveau un cas d’école, avec des déclarations gouvernementales qui, du jour au lendemain, ont dit tout et son contraire au sujet du vaccin AstraZeneca. Préalablement, le gouvernement avait même menacé les soignants d’une obligation à se vacciner. Tout donc pour semer la défiance vis-à-vis du vaccin.
 
Plus en général, les stratégies vaccinales erratiques des différents Etats sont surdéterminées par deux questions fondamentales. La première, c’est celle de la pénurie de vaccins qui joue comme un paramètre qui détermine en premier lieu les stratégies vaccinales. En France, par exemple, où Macron a misé la majorité de sa stratégie vaccinale sur le vaccin Astra Zeneca, sa suspension, y compris si elle était nécessaire, ouvrirait une crise sur le terrain sanitaire et politique. La deuxième, c’est le discrédit grandissant des Etats qui a été alimenté par une année de gestion catastrophique de la crise sanitaire, via notamment des mesures autoritaires, sur fond de stratégies de « stop and go », attisant ainsi la défiance des populations.
 
Dans ce cadre plus général, la réponse dispersée des Etats en Europe ne peut qu’accentuer la défiance, et est l’expression déformée des réponses nationales qui priment depuis le début de la crise sanitaire. C’est pourquoi il est indispensable d’exiger une transparence totale sur les études scientifiques concernant les vaccins et la levée immédiate des brevets détenus par les grandes firmes pharmaceutiques, mais surtout d’imposer la réquisition sous contrôle des travailleurs des trusts qui produisent les vaccins pour en finir avec la pénurie. C’est la condition pour opposer une réponse internationaliste qui seule peut nous permettre de lever l’ensemble des barrières qui se mettent devant le chemin d’une vaccination sure et efficace pour tous.




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