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Politique

Crise sanitaire

« Vaccination élargie » : la tentative de Véran pour masquer l’impréparation du gouvernement

En promettant une « accélération exponentielle » des vaccinations, Olivier Véran a tenté mardi de répondre aux critiques qui fusent quant à l'inconséquence de la politique vaccinale du gouvernement. Des promesses qui peinent à cacher une stratégie sanitaire chaotique face au rebond de l'épidémie.

mercredi 6 janvier

« Amplifier, simplifier, accélérer ». Ce sont les trois mots employés par le ministre de la Santé ce mardi sur RTL pour rassurer face aux critiques sur la lenteur et l’inefficacité de la campagne de vaccination. En effet, alors que les voisins allemand et britannique en sont respectivement à plus de 200.000 et un demi-million de personnes vaccinées, dans l’hexagone seules 516 personnes avaient été vaccinées ce week-end. Car si l’exemple Outre-Manche se situe à l’extrême-inverse, les autorités britanniques usant d’une stratégie aventuriste allant même jusqu’à ignorer les recommandations médicales concernant l’espacement entre les deux doses (12 semaines d’espacement contre 3 recommandées ce qui ne garanti par l’efficacité du vaccin), les chiffres des voisins européens font ressortir la lenteur du processus mis en place en France et interroge quand aux efforts investis par le gouvernement à cette fin.

Pourtant, faute d’avoir réussi à briser les chaînes de contamination en testant, isolant et traitant les patients positifs au Covid, le gouvernement n’a eu cesse de présenter le vaccin comme le saint-graal qui permettrait « de sortir la tête de l’eau et d’en finir avec l’épidémie » comme l’a encore déclaré Olivier Véran. Mais le peu de moyen mis à disposition pour mener une campagne de vaccination efficace ne peut empêcher de rappeler l’impréparation du gouvernement face à la crise sanitaire, confronté à la pénurie de masque d’abord, à celle de tests de dépistage ensuite, et maintenant au nombre ridiculement bas de centres de vaccination et de stockage. Et pour cause, seuls 27 centres de vaccinations étaient déployés sur l’ensemble du territoire national ce lundi. Et tandis que le retour des fêtes de fin d’années fait craindre une explosion du nombre de cas de contamination en plein rebond épidémique, seuls les personnels de santé de plus de 50 et les résidents en EHPAD ont jusqu’ici été autorisé à se faire vacciner.

Dans ce contexte les critiques fusent. Lundi le président LR de la région Grand Est, Jean Rottner, a ainsi qualifié la politique vaccinale du gouvernement de « scandale d’État », oubliant seulement que les membres de son groupe parlementaires de droite ont eux-mêmes participé à la casse du système de santé publique à coup de réformes néo-libérales. Face à cela, le gouvernement plaide non-coupable, et met davantage en cause la réticence de la population à se faire vacciner suite à la publication d’un sondage ce dimanche qui rapporte que « 58% des français ne veulent pas se faire vacciner ». Ceci expliquant cela, du côté La France Insoumise Alexis Corbière n’a pas manqué de critiquer le manque de transparence du gouvernement en déclarant sur FranceInfo que « si on veut que les gens acceptent d’être vaccinés, il faut répondre (aux) questions […] légitimes ». D’autant plus vu la gestion catastrophique de la crise sanitaire, le scandale des tests succédant à celui des masques, le tout sur fond de mesures policières telles que le confinement ou le couvre-feu pour résorber le taux de contamination.

C’est cette pression de l’opinion publique qui a poussé Emmanuel Macron a tenter, lors de ses vœux pour 2021, de se dédouaner de toute responsabilité et de se poser comme celui qui allait reprendre les choses en main en affirmant qu’il ne laisserait "aucune lenteur injustifiée s’installer pour de mauvaises raisons, puis à pousser un « coup de gueule » médiatisé lors du conseil scientifique de ce lundi à l’Élysée, afin . En cause, les lourdeur qui ralentissent la campagne de vaccination tels que la consultation pré-vaccinale mise en place pour recueillir le consentement 5 jours avant l’inoculation, qui sera remplacée par un « dispositif plus direct » selon Olivier Véran qui a également promis la mise en place d’un site internet pour « ouvrir l’inscription par internet et au téléphone pour que les français qui souhaitent se faire vacciner puissent prendre rendez-vous ». Pourtant c’est bien Emmanuel Macron lui-même, chef de l’État et du conseil de défense qui est le premier responsable de la mise œuvre chaotique de cette stratégie vaccinale.

Sous pression, le ministre de la Santé a donc annoncé ce mardi l’élargissement des conditions d’accès au vaccin aux pompiers et aides à domicile âgés de plus de 50 ans qui travaillent au contact de personnes fragiles et sont exposés à des malades, ainsi qu’à toutes les personnes âgées de plus de 75 ans résidant hors EHPAD – soit plus de 5 millions de personnes – dès la fin du mois de janvier. Cependant on ne peut que se demander comment le vaccin pourrait subitement devenir accessible pour autant de monde alors que jusque là, même les soignants autorisés à se faire vacciner n’ont pas été plus d’environ 2.000 à pouvoir le faire selon l’aveu même du ministre. Face à ces interrogations, les promesses de multiplier par 4 le nombre de centre de vaccination d’ici la fin de la semaine et d’arriver entre 500 et 600 centres fin janvier peinent à convaincre. Car dans le même temps ce sont également les moyens de stockage du vaccin (le vaccin produit par Pfizer requiert d’être conservé dans des congélateurs à -70 degré) qui ne sont pas garantis alors que le pays est censé recevoir 500.000 doses par semaine et que selon le ministre seuls « 100 centres sur tout le territoire national, et deux super-congélateurs en Outre-Mer » seraient disponibles. Une donnée qui a d’ailleurs poussé une source proche de Jean Castex à confier au Figaro que 25 à 30% des doses pourraient être perdues.

Ainsi, les déclarations d’Olivier Véran qui promet une accélération « exponentielles » des vaccinations, peinent à rassurer. Cependant, même si les expérimentations réalisées en un temps record peuvent interroger sur de potentiels effets indésirables à long terme, une stratégie vaccinale efficace pourrait apparaître comme une solution face à l’épidémie après l’échec du gouvernement à briser les chaînes de contamination. Mais si le ministre écarte pour l’instant l’hypothèse d’un reconfinement, laissant à Jean Castex le soin de présenter de nouvelles mesures ce jeudi concernant notamment le report de l’ouverture des commerces et lieux culturels, les déclarations de ce mardi sont loin de constituer un véritable plan à la hauteur de la pandémie. Seulement alors que l’épidémie risque de repartir de plus belle avec le retour des fêtes de fin d’année, et qu’une variante plus contagieuse du Covid arrive de Grande-Bretagne, le retard accusé en France est bien criminel tant pour les personnes fragiles que pour les soignants qui travaillent au contact des patients contaminés.

Face à l’impréparation chronique du gouvernement qui sacrifie la vie et la santé de la population il devient ainsi de plus en plus urgent de mettre en place un vrai plan sanitaire, à la hauteur des enjeux, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les transports et dans les entreprises qui mettrait au centre la question des embauches massives de personnels soignants ou éducatifs, afin de désengorger les hôpitaux ou encore les écoles. Quand à la campagne vaccinale, elle montre encore une fois que face à cette crise sanitaire qui a fait plus de 65.000 morts en France, il n’y a aucune confiance à donner au gouvernement et aux grandes firmes pharmaceutiques. A rebours des mesures autoritaires et de la stratégie inconséquente du gouvernement, c’est par l’auto-organisation, sous le contrôle des travailleurs de la santé et de la population que la campagne vaccinale doit être menée, hors de l’emprise d’un gouvernement irresponsable et des grandes entreprises qui font passer leurs profit avant tout.




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