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Politique

Vaccins. Le tirage au sort d’un "collectif citoyen" ou la nouvelle mascarade made in Macron

Visant à résorber l’ouverture d’un nouveau scandale concernant sa gestion de la crise sanitaire, la nouvelle trouvaille du gouvernement consiste à mettre en scène un processus prétendument démocratique par le « tirage au sort de 35 Français » qui devront produire un rapport consultatif concernant la campagne de vaccination, entamée le 27 décembre dernier.

lundi 4 janvier

Crédits photos :Yoan VALAT / POOL / AFP

L’inconséquence du gouvernement en matière de stratégie vaccinale

Alors que la rentrée 2021 se fait sous le signe d’un Covid-19 qui continue de se propager, doublé d’une nouvelle version encore plus contagieuse du virus apparue du fait de mutations, le gouvernement fait une nouvelle fois la preuve de son inconséquence en matière sanitaire, cette fois autour du vaccin prétextant une stratégie au plus proche de la population.Pour illustration de cette impréparation gouvernementale flagrante, il suffit d’observer que bien que le vaccin Pzifer/BioN Tech ait été validé par l’Autorité Européenne du Médicament (AEM) le 24 décembre dernier, la campagne de vaccination en France est à peine lancée et reste très en deçà des objectifs qu’impose la situation. Décidé à limiter dans un premier temps l’accès au vaccin aux résidents des EHPAD, le gouvernement n’est même pas en capacité d’assurer cette tâche minimale qui relève directement de la survie pour la frange de la population la plus à risque : en raison du manque de moyens sanitaires et logistiques, seuls 138 vaccins avaient été délivrés en France le 30 décembre, contre près de 43 000 en Allemagne dès le 28 décembre qui a d’ores et déjà mis en place des « vaccinodromes » pour une vaccination de masse.

Des critiques qui approfondissent la crise du gouvernement

Alors que, contrairement à ce qu’a affiché Macron lors de son dernier discours, l’heure est au bilan d’une année 2020 marquée par la gestion calamiteuse de la crise sanitaire et économique par le gouvernement, ce dernier est une fois de plus sous le feu des critiques, émanant en premier lieu des professionnels de la santé tels que l’épidémiologiste Philippe Amouyel ou le généticien Axel Khan. Au sein de la classe politique, la lenteur de la campagne de vaccination est décriée à gauche comme à droite, le président de la région Grand Est Jean Rottner évoquant même ce lundi « un scandale d’État ». Les députés de l’opposition sont également nombreux à critiquer le fait d’être tenus à l’écart de la conduite de cette campagne de vaccination, les décisions en matière sanitaire étant prises dans des cadres où l’Exécutif prédomine et contourne le Parlement. Parmi la population, si seuls 35% des sondés disaient avoir confiance dans le gouvernement pour faire face à l’épidémie en novembre dernier, cette proportion pourrait bien avoir encore diminué : la méfiance envers le gouvernement, bien qu’elle soit justifiée, se traduit cependant par une chute dans les intentions de vaccination qui pèse sur la résolution de la crise sanitaire, seuls 40% des sondés exprimant le souhait de se faire vacciner.

Le tirage au sort d’un collectif citoyen : une mascarade visant à reconquérir l’opinion

C’est dans le cadre de cette stratégie politique, loin de prétendues préoccupations démocratiques en matière de transparence, qu’il faut comprendre la décision du gouvernement de lancer dès ce lundi un processus de « tirage au sort » visant à constituer un « collectif de citoyens voulu par Emmanuel Macron pour accompagner la campagne vaccinale et réduire les craintes des Français », selon le JDD. Tirés au sort dans un panel censé représenter la société française (critères d’âge, de genre, de région, de niveau de diplôme, de catégorie socioprofessionnelle et de type d’habitation), les membres de ce groupe devront suivre la conduite gouvernementale de la campagne de vaccination et rendre un bilan public. Bien sûr, ce bilan n’aura qu’une valeur consultative et devra être rendu seulement en juillet prochain. La constitution de ce « collectif citoyen » de 35 personnes sera assortie de la mise en service d’une « plateforme de consultation citoyenne » en ligne mi-janvier.

Comme le « Grand débat » mis en place par Macron en janvier 2019 dans le but de résorber la crise politique ouverte par les Gilets jaunes, ce « tirage au sort » répond à la nécessité pour un gouvernement en difficulté de reconquérir l’opinion en mettant en scène un effort sur la transparence et la démocratie, au moment même où l’exercice du pouvoir de la Vème République prend sa forme la plus autoritaire, outrepassant comme jamais le contrôle du Parlement sur les décisions prises en matière sanitaire, avec la généralisation de la gestion de crise par les Conseils de Défense présidés directement par le chef de l’État.

Mais que peut-on attendre d’autre de la part d’un gouvernement dont la seule préoccupation est de se maintenir au pouvoir pour préserver les intérêts des capitalistes face à la crise économique ? S’il est peu probable que ce dispositif parvienne à absorber la colère des franges de la population qui se méfient du gouvernement et de sa politique sanitaire, il faut dénoncer le ridicule de cet écran de fumée et de se battre pour une stratégie sanitaire à la hauteur de la situation. Cela passe nécessairement par des investissements massifs dans le secteur de la santé afin de pouvoir mettre en place une campagne de vaccination accessible à toutes et tous, mais aussi par le contrôle des soignants, associés aux usagers, sur la gestion des stocks et sur le soin des patients afin de garantir la que le processus de vaccination soit transparent et guidé par les intérêts de la majorité et non par ceux des capitalistes.




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