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Vallourec. Les patrons offrent l’entreprise aux créanciers et licencient plus de 1050 personnes

Le géant de l’acier vient d’annoncer un nouveau plan de restructuration avec notamment 1050 licenciements dans le monde dont 350 en France. Le reste de la stratégie réside dans le fait de donner le contrôle aux créanciers en convertissant une partie de sa dette en capital.

samedi 21 novembre

La nouvelle est tombée ce mercredi 18 novembre, la direction de Vallourec a annoncé un plan de restructuration à l’échelle mondiale. Le groupe industriel est dans le rouge depuis plusieurs années et la crise économique le touche fortement. Le spécialiste des tubes en acier sans soudure est en effet très lié aux compagnies pétrolières et gazières, qui depuis le début de l’épidémie sont également en crise.

Concrètement, ce sont 1050 emplois qui vont être supprimé à travers le monde, dont plus de 350 en France : 130 postes au centre de recherche de Aulnoye-Aymeries, 30 postes sur le site de Boulogne et 200 postes supprimés par la fermeture de l’usine de Deville (près de Rouen). Un « dégraissage » en règle pour les travailleurs, qui paye la crise de leur direction. Les justifications sont toujours les mêmes, « baisse d’activité » et « compétitivité », la direction parle d’une nécessité de s’adapter, ce qui correspond toujours pour eux mettre les ouvriers à la rue.

L’entreprise n’en n’est pas à son premier plan de restructuration. En 2018, un syndicaliste nous racontait déjà une situation catastrophique : «  Le 28 février, la direction de Vallourec a annoncé la fermeture d’une partie de sa tuberie, avec à la clé 164 licenciements. Le premier PSE a eu lieu en 2004, puis un second en 2014, et déjà les effectifs avaient diminué de moitié. Dans le même temps ils ont fermé le laminoir de la tuberie de Saint-Saulve avec un PSE, soit 495 licenciements. L’an dernier, Vallourec avait exprimé sa volonté de se séparer de l’acierie de Saint-Saulve, qui est finalement devenue Ascoval [...]  ». C’est donc la même histoire qui recommence, une énième fois.

Des licenciements accompagnés de manœuvres financières

Le groupe semble en difficulté depuis plusieurs années maintenant et c’est notamment du côté de la finance que ça se passe. Les titres boursiers ont lourdement chuté, BFM Bourse parle d’une fonte de 99 %. C’est également un endettement important qu’a contracté l’entreprise pour tenter de sauver les meubles, on parle en septembre dernier de 3,5 milliards d’euros dont une partie (1,7 milliards) doit être remboursé en février 2021. Les plusieurs milliers de licenciements dans le monde qu’a effectué l’entreprise ces dernières années et les lourdes attaques contre les travailleurs étaient déjà un moyen de leur faire payer la crise interne.

La nouvelle proposition pour tenter de réduire la dette est de transformer une partie de celle-ci en capital. Pour le dire autrement, au lieu de rembourser aux différents créanciers, leur donner un poids plus important dans la direction de l’entreprise. A partir de ça, on ne peut douter des conséquences déjà désastreuses pour les travailleurs. Si les créanciers peuvent se permettre de posséder des capitaux qui ont aujourd’hui une faible valeur, c’est certainement en vu d’une stabilisation puis d’une reprise des activités pétrolières et gazières. Mais à ce moment-là, la rentabilité sera le maître mot et on connaît déjà les variables d’ajustements.

Quelles perspectives pour les travailleurs de l’acier ?

Comme toujours, les voix hypocrites des différents élus locaux se sont rapidement élevées. C’est la même comptine : « on va faire tout ce que l’on pourra », « on s’oppose à la fermeture », on ne compte plus le nombre de responsables politiques qui ont tenu ce type de propos autour des attaques contre Ford, GM&S ou encore General Electric pour ne citer que ces désastres industriels. Certains comptent « alerter l’État », c’est-à-dire ceux qui ont toujours accompagné ces fermetures d’un maine en offrant des sommes colossales aux grands patrons de l’autre. D’autres pensent avoir des solutions comme « envisager quelques départs naturels pour réduire la voilure, entre quarante et cinquante personnes, ce qui serait un moindre mal  », en oubliant qu’en 2016 les départs en retraites anticipés avaient déjà été utilisés pour « réduire la voilure » à Vallourec. Aujourd’hui, en moyenne les ouvriers du site de Deville travaillent sur place depuis 22 ans. Mais la plupart sont encore loin de la retraite.

Les perspectives restent du côté des travailleurs, à Vallourec il y a déjà eu des démonstrations importantes, comme en novembre 2018, où les ouvriers du site de Aulnoye avaient bloqué l’usine pour exiger une augmentation de salaire. Mais ils dénonçaient déjà à l’époque la logique plus générale de leur direction : « Vallourec a touché l’année dernière des montants très importants d’argent public, 250 millions dans un premier temps, et au total 650 millions, sans compter le PSE, pour 2500 emplois supprimés en 4 ans. Cet argent public a servi en partie à la casse sociale, mais aussi à prendre le contrôle d’une usine en Chine, et une partie d’une usine en Ukraine. Quand on y regarde de près, ce qui est programmé c’est la fin de l’acier dans le nord, et on continue de donner de l’argent public au patronat pour assurer le coût de la casse sociale. C’est d’autant plus insupportable. Et on a toute une classe politique, locale, régionale et nationale, qui aujourd’hui fait des déclarations, je pense notamment à Xavier Bertrand, en disant « on est aux côtés des salariés de Vallourec et d’Ascometal pour défendre l’emploi. » Il faut arrêter l’hypocrisie ! Les seuls défenseurs de l’emploi aujourd’hui, c’est nous !  ». Le même Xavier Bertrand sera sur le site de Aulnoye-Aymerie ce vendredi pour « parler de la situation », l’hypocrisie ne se perd pas avec le temps.

La situation des filières de l’acier est grave et les travailleurs en payent les frais partout, mais c’est également le cas dans de nombreux autres secteurs et c’est bien dans cette situation qu’il faudra trouver la force de faire les jonctions entre les différentes entreprises qui sont aujourd’hui sur la sellette mais aussi celles qui le seront potentiellement demain, car si les patrons savent concentrer les richesses, ils savent d’un autre côté distribuer les attaques. Face aux licenciements, les ouvriers de Vallourec doivent exiger d’avoir tout droit de regard sur toutes les manœuvres financières puisque leurs patrons s’arrogent le droit de jouer avec leur vie sur les places boursières. Fini le prétendu secret commercial, les ouvriers doivent tout savoir des rouages de l’entreprise, où est parti l’argent des richesses qu’ils ont produit toutes ces années ? Ce n’est pas aux ouvriers de payer cette crise, c’est aux capitalistes de mettre la main à la poche, il faudra leur imposer par la mobilisation et par la grève.

Crédit photo : © Vallourec




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