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Politique

Coup de gueule d'un manifestant contre la loi travail ... et son monde

« Valls contre le 49.3 ? Il n’y a pas de mot assez fort pour dire que ce mec se fout de notre gueule »

Nous relayons ci dessous le témoignage d'un manifestant contre la loi travail et son monde, en réaction aux propos de l'ex-premier ministre désormais candidat à la primaire de la gauche, Manuel Valls. Pour rappel, ce dernier annonçait en début de semaine qu'il supprimerait purement et simplement l'article 49.3 de la constitution (hormis pour la question du budget) s'il était élu en 2017.

dimanche 18 décembre 2016

« T’as vu les dernières déclarations de Valls ? » , m’a envoyé un pote sur Facebook. Allez, qu’est-ce qu’il nous a sorti encore ? me demandai-je. De nouvelles propositions xénophobes envers les migrants ? Une attaque massive contre les travailleurs, dans le sillon de Fillon ? La proposition de prolonger l’état d’urgence ad vitam aeternam ? Non, ça, c’est quasi déjà le cas. Rien de croustillant en somme, pour qu’un ami de longue date prenne le temps de m’informer sur une nouvelle fulgurance de l’ami Manuel.

Je suis donc tombé sur la vidéo de son interview... Au début, je croyais à un montage. Voici donc que l’homme aux six recours au 49.3 juge que cet article de la constitution est une « brutalité » ... sauf sur les questions de budget. Va savoir pourquoi. Même Patrick Cohen, l’interviewer, à qui on ne peut pas vraiment collé l’étiquette de fervent gauchiste, est éberlué. Passé la stupéfaction, j’éclate d’un rire jaune. C’est pas possible, ce mec nous cache la vérité et est en réalité un comique adepte de l’humour noir. Une fois passé cet état de choc, c’est la colère qui prend le dessus, et de nombreuses interrogation.

La première qui vient à l’esprit : Valls est-il tout simplement complètement fou, schizophrène ou amnésique ? Son dernier recours au 49.3 remonte à l’été dernier, et il en a été un adepte fervent durant tout son passage à Matignon. Puis, je me rappelle du discours dégueulasse de Fillon devant les patrons, et ses velléités de « guerre éclair » contre notre camp social dès l’été prochain, s’il est élu, pour faire passer ses réformes. Voici donc la source de la manœuvre, me dis-je. Celle d’une pirouette ridicule pour diaboliser Fillon et se faire passer pour une alternative à la droite dure. Sauf qu’il y a un hic, et de taille. Manuel Valls est très certainement l’homme politique le moins crédible de toute la V° République (ce qui, au passage, est un petit exploit tant les arrivistes et corrompus jonchent ce milieu) pour pouvoir s’opposer au 49.3, ou à toute autre restriction démocratique.

Ayant pour ma part une mémoire à peu près correcte, malgré 5 mois de gazage intensif et de violences policières, je me souviens tout de même assez précisément des événements qui ont marqué le mouvement contre la loi travail. 5 mois d’Assemblées générales, de manifestations, d’actions et de réflexions contre ce projet perfide et, surtout, son monde. Valls contre le 49.3 ? Il n’y a pas de mot assez fort pour dire que ce mec se fout de notre gueule. C’est quoi, la prochaine étape ? Va t-il condamner à l’avenir le matraquage en manif ? Va t-il oser s’opposer aux interdictions de manifestations ? Au delà du 49.3, Valls c’est aussi un bilan entaché par le sang de Rémi Fraisse, la déchéance de nationalité, l’emprisonnement d’opposants politiques (oui, les manifestants contre la COP 21, la loi travail ou le barrage de Sivens ne sont pas de jeunes fous à la recherche d’adrénaline, mais des opposants à la politique libérale ultra agressive du gouvernement PS !) ou bien encore de l’état d’urgence permanent, inefficace pour prévenir les attentats mais qui permet un fichage massif des contestataires et des migrants fuyant la guerre. Non, très cher Manuel, une déclaration dans les médias ne suffira pas à faire oublier à toute une nouvelle génération militante ce que tu lui as fait subir, ni à masquer ton vrai rôle dans le paysage politique français. Celui d’un larbin pur et simple des classes dominantes, prêt à tout pour permettre aux patrons de s’enrichir et de détruire nos vies. C’est surtout contre le monde qui se cache derrière cette déclaration, qui relève de l’insulte, que nous nous sommes battus au printemps dernier. Et c’est toujours contre ce monde que nous nous battrons à l’avenir, quel que soit le candidat qui obtiendra le trône de l’Elysée.



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