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Crise sanitaire

Variant Delta : pour éviter le rebond, il faut des moyens pour vacciner et tracer !

Représentant entre 9 et 10% des contaminations actuelles, le variant Delta pourrait devenir la source première des contaminations en Europe d’ici août, mettant à mal l’immunité vaccinale. Pour éviter un remake catastrophique de l’été dernier, l’accélération de la vaccination et l’identification des chaînes de contamination sont nécessaires.

jeudi 24 juin

Crédit Photo : THOMAS COEX / AFP

Ce jeudi, Jean Castex et Olivier Véran étaient présents dans les Landes, département le plus touché par l’existence du variant Delta pour alerter sur la dangerosité de cette nouvelle souche et inciter à la vaccination : « Ayez peur du virus, n’ayez surtout pas peur du vaccin. Le vaccin, c’est pour votre santé, votre sécurité [et] votre liberté » martelait en effet le Premier ministre.

Après la communication pro-déconfinement tout au long du mois de mai, l’exécutif semble faire un revirement pour éviter d’apparaitre en deçà des prédictions inquiétantes sur le terrain sanitaire, qui plongent aujourd’hui dans le désarroi des pays pourtant plus avancés en terme de vaccination. Au Royaume-Uni et en Israël, la vaccination qui a bénéficié à plus de 60% de la population n’a en effet pas suffi à endiguer le spectre d’un fort rebond épidémique.

La presse dominante, rompue à l’exercice de l’émergence de nouveaux variants, détaille les particularités de cette souche en long et en travers. Delta représente donc « entre 9 et 10% des contaminations », mais ce taux pourrait être multiplié par dix d’ici le mois d’août. 60% plus contagieux que le déjà très dangereux variant anglais, le variant Delta est ainsi pour le moins préoccupant, et touche des franges de la population de plus en plus jeunes dans la lignée des variants précédents. C’est donc notamment le cas dans Les Landes, où les clusters se multiplient également dans les écoles et les crèches.

Pour l’exécutif, la stratégie se résumerait à l’augmentation de l’incitation à la vaccination pour gagner « la course contre le variant ». De fait, les inscriptions pour une première dose sont passées de 250 000 à 150 000 rendez-vous par jour et les courbes de vaccination s’arrondissent quotidiennement. Une façon de responsabiliser la population qui serait réticente à se faire vacciner : « Les résultats de la stratégie de vaccination européenne sont là. Mais nous devons accélérer, encore. Et rester vigilants car le variant Delta se diffuse. J’appelle nos concitoyens qui ne sont pas encore vaccinés à prendre rendez-vous » insistait Macron sur Twitter ce jeudi.

Et pour le personnel soignant, la répression n’est jamais loin comme le rappelle Jean Castex : « Il est impératif que les personnels des Ehpad soient tous vaccinés d’ici à la fin du mois d’août. Il faut à tout prix en faire davantage », « je pourrais être amené à proposer une vaccination obligatoire (…), vraisemblablement en septembre ».

Autrement dit, si le gouvernement change de braquet conjoncturellement en passant de « la bamboche » à l’alerte sur une situation « très préoccupante », son objectif reste la responsabilisation individuelle de la population, sans mesure de prévention conséquente ni moyens supplémentaires.

En effet, bien qu’il existe un lien direct entre contamination et vaccination – 67% des cas ne sont pas du tout vaccinés, 25% n’avaient reçu que la première dose, et 7,7% étaient complètement vaccinés – l’anéantissement du variant Delta implique un taux d’immunité de près de 90% qui est très loin d’être atteint puisque le taux de vaccination en France est de 48%. En ne misant que sur l’incitation à la vaccination, le gouvernement cherche donc à se dédouaner d’un éventuel rebond sans élaborer de stratégie sanitaire à la hauteur.
L’épidémiologiste Antoine Flahault expliquait en effet qu’il s’agit de « supprimer le virus », en étant « plus réactifs », c’est-à-dire en usant de la méthode du « tester, tracer et faire des confinements stricts et ponctuels de 3 à 5 jours ». Cela permettrait de réduire les contaminations et d’être ainsi en mesure de « tout séquencer, démanteler toutes les chaînes, mettre à l’isolement tous les positifs ».

Un objectif qui nécessiterait des moyens supplémentaires pour non seulement tracer les chaînes de contamination et remonter à leurs sources, mais aussi pour améliorer les protocoles sanitaires dans les lieux les plus à mêmes d’accueillir des clusters à savoir les transports publics mais aussi les écoles et les lieux de travail. Car alors que le directeur de l’ARS de Nouvelle-Aquitaine prévient que « ce qui se passe est un prélude de ce qui va se passer ailleurs », il est plus que jamais urgent d’exiger une stratégie pérenne à la hauteur de la situation pour sortir du stop & go répressif du gouvernement.




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