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Variant brésilien, le symptôme de l’échec d’une gestion nationaliste de la crise sanitaire

Alors que le variant brésilien fait des ravages au Brésil, sa circulation exponentielle pourrait accoucher d’un nouveau scénario dramatique à l’échelle mondiale. A l’aube, de ce qui pourrait être une nouvelle vague de contaminations d’ampleur, l’incurie d’une gestion nationaliste guidée par la concurrence économique entre puissances, notamment sur la question des vaccins, est de plus en plus criminelle.

mardi 13 avril

Crédit photo : Miguel SCHINCARIOL / AFP

La prolifération du variant brésilien ou « P1 » est de plus en plus une source d’inquiétude à l’échelle internationale du fait notamment de sa virulence chez les patients jeunes et en raison de son potentiel de recontamination. Comme l’explique Le Figaro, « selon la revue médicale MedRxiv , le variant brésilien peut s’avérer jusqu’à 2,5 fois plus contagieux que la souche originelle. Son potentiel de réinfection, soit sa capacité à contaminer des personnes infectées par le passé, est estimé entre 25 à 61%. ». De plus « l’Association brésilienne des soins intensifs(AMIB) a révélé dimanche 11 avril que plus de la moitié des quelque 11.000 malades en réanimation dans le pays avaient moins de 50 ans. […] Les chiffres de la mortalité chez les moins de 45 ans ont augmenté de 193 % depuis que P1 est majoritaire dans le pays, selon l’AMIB. ». Le vaccin AstraZeneca serait aussi trois fois moins efficace sur le variant brésilien que sur la souche d’origine.

Comme le variant anglais antérieurement, les nouvelles caractéristiques du variant brésilien risquent d’aggraver la dynamique de la crise sanitaire mondiale et de faire échouer les mesures sanitaires déjà défaillantes des différents gouvernements au prix de milliers de vies. En France, où le tri des patients est déjà malheureusement à l’ordre du jour dans certains hôpitaux et où au moins une centaine de cas du variant brésilien ont été déjà détectés, le gouvernement s’est contenté d’annoncer la suspension des vols entre la France et le Brésil. Mais si le variant brésilien démontre quelque chose, c’est surtout l’échec de toute issue nationaliste face à la pandémie.

La faute aux variants ?

Bien que la mutation des virus soit un phénomène naturel, ces mutations répondent au cadre fixé par les stratégies sanitaires des différents gouvernements. Une circulation accrue du virus, résultat des politiques qui ne se donnent pas les moyens de tester et vacciner massivement entre autres, favorise l’apparition de nouveaux variants. L’exemple le plus édifiant de ce genre de politique est celle menée par Jair Bolsonaro au Brésil. En effet le président d’extrême-droite du Brésil, main dans la main avec le grand patronat du pays, a minimisé et presque nié les risques du virus pour ne pas entraver l’activité économique des grands groupes au prix de la vie de milliers de travailleurs. Le bilan de cette politique ? Actuellement le Brésil est le deuxième pays avec plus de cas dans le monde. La semaine dernière les cas de contagion ont augmenté de 10% et le nombre de morts a atteint les 4000 par jour.

Comme l’avaient souligné plusieurs spécialistes, la politique de Bolsonaro, favorisant l’apparition de nouveaux variants, est en train de compromettre la situation sanitaire mondiale. Cependant, la politique de Bolsonaro n’est pas un cas isolé, mais la forme extrême de la gestion pro patronale de la crise sanitaire et le résultat de l’accès inégal au vaccin, notamment pour les pays sous domination impérialiste.

Contre la gestion capitaliste de la crise sanitaire : imposons le partage des brevets et la nationalisation sous contrôle ouvrier des laboratoires privés

Le démarrage de la campagne de vaccination, guidée par la concurrence économique entre puissances et les intérêts des grands groupes pharmaceutiques a conduit à des inégalités profondes dans l’accès au vaccin à l’échelle internationale. 82% de la production de Pfizer et 78% de la production de Moderna sont ainsi détenus par les premières puissances mondiales. A titre d’exemple l’Union Européenne s’est engagé à l’achat de presque 2,6 milliards de doses pour une population totale de 600 millions d’habitants. Et cela tandis qu’à la mi-mars, 130 pays n’avaient pas encore reçu une seule dose.

La contradiction entre les intérêts privés et la logique du profit va si loin que les grands laboratoires refusent de partager les brevets ( ce qu’ont demandé l’Inde et l’Afrique du sud) au détriment des capacités mondiales de production du vaccin. Le Brésil par exemple, qui a les infrastructures pour produire et distribuer massivement le vaccin sur son territoire est dépendant des importations d’Astra Zeneca et Coronavac et ne compte que 3% de sa population vaccinée. Ainsi tant l’accès inégal aux doses que la pénurie lié à la sous-utilisation des chaines de production mondiales favorisent la circulation accru du virus et avec celle-ci l’émergence de nouveaux variants. Même l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), qui est au service des intérêts des premières puissances mondiales, a mis en garde, expliquant qu’une réponse nationaliste et la concurrence entre pays risquait de prolonger la pandémie.

Comme nous le rappelions dans un autre article, « aujourd’hui la pandémie de Covid-19 montre encore une fois le caractère rétrograde du capitalisme. Les travailleurs, les classes populaires, la jeunesse qui se bat pour son futur ont intérêt à se mobiliser contre les gouvernements capitalistes et les grandes multinationales, à commencer par celles de l’industrie pharmaceutique (mais pas seulement), mettant en avant la nationalisation sous contrôle ouvrier de l’ensemble des corporations pharmaceutiques et des laboratoires privés ; exigeant le financement massif et le partage à l’échelle planétaire des résultats des recherches dans le cadre d’une collaboration globale pour répondre aux urgences sanitaires de toute la population. C’est la seule façon d’enlever le pouvoir de décision d’une petite minorité de privilégiés sur la vie de l’écrasante majorité de la population mondiale. »




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