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Une catastrophe pour les travailleurs

Venezuela. Coup d’État manqué, Maduro dans l’incertitude et renforcement de l’armée

Nouvel échec putschiste au Venezuela. Alors que la situation reste incertaine et que le rôle de l’armée devient central, les Etats-Unis maintiennent leurs menaces sur le pays. Une situation catastrophique pour les travailleurs.

lundi 6 mai

La tentative de coup d’État, perpétrée par le leader de l’opposition, le président par intérim autoproclamé, Juan Guaidó mardi dernier, s’est avérée un échec total. L’armée reste fidèle au régime, mis à part certains militaires qui ont demandé l’asile dans des ambassades étrangères, pour échapper aux lois martiales. Entre-temps Maduro appelle à « combattre tous les putschistes » mais devient de plus en plus dépendant de l’armée ; de son côté le Pentagone renouvelle ses menaces d’intervention contre le pays.

L’opposition rassemblée derrière Guaidó avec l’aide de Leopoldo Lopez, ancien opposant assigné à résidence par le gouvernement Maduro, a appelé mardi dernier à un soulèvement populaire contre Maduro. La manœuvre appelée « opération liberté » a commencé lors de la publication d’une vidéo qui montrait Guaidó, Leopoldo Lopez et un groupe de militaires dans la base militaire de La Carlota, non loin de la ville de Caracas. Guaidó annonçait qu’un secteur des militaires l’avait rallié et appelait le reste de la population à manifester.

Quelques milliers de manifestants s’étaient rassemblés aux alentours de la base militaire, en bloquant une autoroute qui longe celle-ci et se sont affrontés violemment aux troupes fidèles au régime et aux forces de l’ordre, faisant 60 blessés. Les images impressionnantes d’un engin blindé fonçant sur la foule ont fait le tour des écrans. Les affrontements ont également duré pendant la journée du premier mai, où une jeune de 27 ans est morte par balle.

L’armée est restée dans sa grande majorité fidèle au gouvernement Maduro. Les manifestations n’ont pas eu l’ampleur des précédentes manifestations contre le pouvoir en place. Finalement Guaidó a appelé à continuer la mobilisation pacifique devant les casernes du pays samedi dernier, pour encourager les forces armées à lâcher d’une fois pour toutes le président Maduro mais aussi à bloquer et lancer une « grève civique ».

Finalement, cette nouvelle offensive putschiste s’est encore une fois soldée par un échec. Ainsi, l’opposition de droite menée par Guaidó, soutenu par les Etats Unis et la droite régionale, semble perdre en crédibilité après tant d’échecs. L’image de la fuite vers les ambassades pour demander l’asile politique de la part des alliés de Guaidó ne l’aidera sûrement par à renverser cette situation. Par ailleurs, malgré les messages et signaux de soutien de la part de Washington et autres puissances européennes, cette fois, à la différence des autres tentatives de renversement du gouvernement de Maduro, les partenaires internationaux de Guaidó semblaient prendre plus de précautions. Cependant, la pression impérialiste sur le régime chaviste reste forte, notamment de la part de l’administration Trump.

Maduro au milieu d’une situation de plus en plus incertaine

Suite au coup d’état raté, Nicolas Maduro a twitté, « Aujourd’hui la classe ouvrière du Venezuela se mobilise dans tout le pays pour célébrer sa journée et défendre ses réussites en organisant un grand défilé pour dire « non » au coup d’État, pour dire « non » à l’ingérence des Yankees. Nerfs d’acier, calme et bon sens ! Vive les ouvriers et les ouvrières de la patrie ! ».

Cet échec permet à Maduro d’afficher un discours d’unité nationale et soi-disant anti-impérialiste en appelant ses compatriotes à dire « non » à l’ingérence nord-américaine. En même temps il essaye d’améliorer son image auprès des masses travailleuses, qui subissent et payent une crise économique sans précédents dans l’histoire, avec près de 10000000 % d’inflation, des salaires réduits à presque rien, une pénurie des denrées de première nécessité et un système de santé qui se dégrade de plus en plus. Cela sans parler des centaines de milliers d’exilés économiques vénézuéliens.

Parallèlement, les échéances de la dette extérieure vénézuélienne sont remboursées religieusement par ce même gouvernement au FMI et aux capitalistes « amis du gouvernement » qui continuent à s’engraisser sur le dos des travailleurs vénézuéliens.

Jeudi dernier Maduro en s’adressant à l’armée a appelé à « combattre tous les putschistes », la veille, le président avait annoncé qu’il « n’hésiterait pas à punir les traîtres », responsables de la tentative de soulèvement contre le gouvernement. « Oui, nous sommes en plein combat, le moral doit être au maximum dans cette lutte pour désarmer tous les traîtres, tous les putschistes », disait Nicolas Maduro lorsqu’il s’exprimait devant 4500 soldats et officiers de haut rang, dans un discours fait tôt dans la matinée à Caracas dans la principale caserne du pays.

Cependant, l’avenir de Maduro devient de plus en plus incertain, et les forces armées commencent à assumer un rôle déterminant pour le régime. Comme l’explique Milton D’Leon du quotidien Izquierda Diario Venezuela (qui fait partie du même réseau de presse que Révolution Permanente) dans un article récent : « la journée du 30 avril et les jours postérieurs augurent une situation de plus grande instabilité politique, chargée de plus d’incertitudes. Une des grandes interrogations, après la tentative de coup d’Etat, a été les plus de 15 heures où l’on n’a pas eu des nouvelles de Maduro, avec un seul pouvoir réel faisant des déclarations : les forces armées (…) C’est seulement 48h après, le 2 mai, que Maduro est réapparu entouré de tous les militaires qui lui « juraient fidélité » (…) Peut-être de telles situations expriment de possibles fissures [dans le régime] ; ce qui est certain c’est qu’un Maduro sous pression apparaissait dans un régime politique secoué par les secousses putschistes, et des forces armées qui apparaissent comme les clairs facteurs de pouvoir dans la balance politique ».

L’ombre de l’impérialisme

Washington s’impatiente et les menaces d’une intervention militaire se font entendre de la part des principaux agents, conseiller ou lobbyistes. Le ministre de la défense Patrick Shanahan rappelait les propos tenus par le président Donald Trump (« toutes les options sont sur la table ») pour insister : « Toutes, ça veut dire toutes. Je veux éviter d’entrer dans les détails de ce que nous pourrions faire ou pas, mais il faut comprendre que nos plans ont de la profondeur ». Mercredi dernier Mike Pompeo a à nouveau déclaré : « Une intervention militaire est possible. Si c’est nécessaire, c’est que ce feront les Etats-Unis ». Un sénateur a même suggéré d’envoyer un porte avions dans les eaux territoriales du Venezuela.

En effet, bien que les envies d’invasion soient là, la réalité sur le terrain est tout à fait différente. D’une part car les Etats-Unis ont besoin du pétrole de Caracas, d’autre part parce qu’une invasion directe du Venezuela de la part de Washington pourrait avoir des conséquences politiques majeures, notamment face à la Russie et la Chine qui ont développé forts liens ces derniers années avec le Venezuela, notamment dans le domaine pétrolier à travers des investissements conjoints avec PDVSA. Mais aussi au niveau régional : les conséquences politiques et sociales d’une intervention sont imprévisibles parmi les peuples des autres pays d’Amérique latine.

Malgré ces contradictions nous ne sommes pas à l’abri d’une intervention militaire et pour ce faire il pourra toujours compter sur l’aide de la droite régionale. En ce sens, Milton D’Leon dans l’article déjà cité affirme : « nous sommes dans une situation où le mouvement de masses est pris au piège. Mais tout cela ne doit pas nous faire perdre de vue à aucun moment que la question centrale dans la situation actuelle c’est de s’opposer énergiquement à tout type d’intervention impérialiste ainsi qu’à tout type de tentative de coup d’Etat, et cela encore plus si la menace d’intervention militaire se concrétisait. Tout cela n’implique nullement que nous donnions un quelconque soutien politique ou carte blanche au gouvernement de Maduro. L’opposition intransigeante à tout plan de soumission et de recolonisation, ainsi qu’à toute tentative putschiste, c’est une tâche démocratique centrale qui n’implique pas non plus d’arrêter de lutter contre les misères auxquelles nous soumet Maduro. C’est pour cette raison que tout plan d’urgence ouvrier et populaire face à cette catastrophe implique aussi des taches de lutte anti-impérialiste.

Mais dans cette situation il est fondamental d’alerter aussi sur les forces armées et leurs rôle de plus en plus central dans la crise nationale. Le sort du peuple ne peut pas rester entre les mains de cette caste privilégiée et réactionnaire. C’est pour cela qu’il ne faut faire aucune confiance aux forces armées ; la lutte contre le putschisme et l’impérialisme doit se mener en totale indépendance politique, avec une politique propre des travailleurs dans la perspective de nous renforcer aussi dans la lutte contre la misère que nous subissons et à l’autoritarisme du gouvernement. Une défaite du putschisme pro-impérialiste avec nos propres méthodes de lutte et en défendant un programme de ce type, nous mettrait dans une meilleure condition pour faire face à Maduro lui-même ou à tout type de tentative de « transition » réactionnaire avec les forces armées comme « arbitre ».

En ce sens aussi, pour les travailleur, la jeunesse, les femmes d’Amérique latine et d’ailleurs, surtout pour ceux qui habitent dans les pays impérialistes, s’opposer à cette agression et intervention impérialiste, ainsi qu’à toute tentative de coup d’Etat, c’est une tâche de premier ordre. Une victoire de l’impérialisme avec l’imposition d’un gouvernement marionnette ne fera que renforcer les chaines d’oppression et redoubler l’offensive sur les autres pays. Des gouvernements comme ceux de Macri en Argentine ou celui de Bolsonaro au Brésil, pour ne mentionner que ceux-là, se renforceraient. Mais une défaite de cette offensive infligée par les masses ferait augmenter l’énergie des masses de notre continent pour s’affronter et vaincre ces gouvernements soumis et pro-impérialistes ».




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