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Monde

Déclaration

Venezuela : « Nous luttons pour une sortie de crise propre aux travailleurs »

Nous publions ci-dessous la déclaration politique de la Ligue de Travailleurs pour le Socialisme du Venezuela face à la crise sociale et politique qui secoue le pays depuis le 23 janvier.

mardi 29 janvier

Crédit photo : Juan Barreto / AFP

Contre le gouvernement de Maduro et contre le putsch de la droite soutenu par les puissances impérialistes. Nous luttons pour une sortie de crise propre aux travailleurs

Le peuple vénézuélien a toutes les raison légitimes de protester contre ce gouvernement et souhaiter sa fin. La majorité de la classe ouvrière et des secteurs populaires rejette ce gouvernement qui ne répond qu’avec la misère, la répression, l’énorme corruption et l’offre « contrôlée » des ressources du pays aux capitaux transnationaux. Un gouvernement qui se maintient en place non pas à travers le soutien du peuple mais grâce à la répression, l’emprisonnement des travailleurs en lutte, la fraude et l’appui des forces armées. C’est pourquoi nous luttons contre ce gouvernement et nous continuerons à lutter.

Cependant, il faut faire une distinction entre les intérêts du peuple travailleur qui ne supporte plus cette situation et les intérêts de l’opposition, de ses partis et de l’impérialisme étasunien. Une opposition qui s’engage de façon de plus en plus claire vers un politique d’ingérence et de coup d’État, en appelant directement les militaires à renverser Maduro en faveur du président de l’assemblée nationale, Juan Guaido.

Pour cela, nous qui avons toujours été une opposition de gauche à Chavez (et ensuite à Maduro) et qui luttons pour l’indépendance politique des travailleurs, considérons que la classe ouvrière, la jeunesse et les femmes, qui subissent actuellement une tragédie sociale, ont bien des raisons de refuser de s’aligner derrière ceux qui prétendent profiter du mécontentement populaire afin d’arriver au pouvoir pour décharger eux-mêmes la crise et la répression sur le dos des travailleurs et des masses. Le plan politique et économique de cette opposition n’est autre que de continuer à faire payer la crise au peuple en continuant d’utiliser la force autoritaire de l’État contre les luttes.

Avec la persistance de cette crise si sévère et qui semble sans fin, avec un gouvernement qui répond par l’autoritarisme à quiconque qui s’oppose —y compris les travailleurs et les classes populaires— et ce sans aucune autre alternative politique, on arrive à une situation où le mécontentement populaire tend à se mélanger aux appels de l’opposition. Nous sommes dans un nouvel épisode de lutte entre deux groupes réactionnaires, et chacun essaye de manipuler le peuple dans leurs propres intérêts, en profitant de l’absence d’intervention indépendante et forte des travailleurs et des classes populaires.

En plus du désastre des politiques économiques du gouvernement de Maduro et de son autoritarisme, les travailleurs subissent le « totalitarisme » des patrons : leurs intérêts de rentabilité priment sur toute autre chose. La hausse des prix frappe sans pitié les travailleurs et les consommateurs, et les licenciements et fermetures d’entreprises jettent dans la rue des milliers de salariés… Cependant, cette opposition qui a convoqué les manifestations du 23 janvier considère que les capitaux privés doivent pouvoir faire ce qu’ils veulent quant aux prix, aux emplois et au sort des travailleurs.

La droite s’appuie avec démagogie sur une critique démocratique qui est permise par la nature de plus en plus autoritaire du régime politique dont Maduro a pris la tête. Cette droite s’appuie aussi sur le fait qu’après 15 ans où elle n’arrivait pas à gagner une majorité aux élections elle y est parvenue. Cependant, il ne faut pas oublier que pendant ces 15 dernières années elle a maintes fois essayé de prendre le pouvoir par la force, en usurpant la souveraineté populaire.

Avec des généraux, des chefs d’entreprises et le gouvernement des États-Unis, en 2002, n’ont-ils pas tenté un coup d’État, contre un président qui, de toute évidence, comptait sur le soutien majoritaire du peuple ? N’ont-ils pas imposé le chef du patronat local (la Fedecámaras) comme « président » quand personne n’avait voté pour lui [NdT Pedro Carmona, président de cette organisation qui a appuyé le coup d’État de 2002 s’est proclamé président pendant les 47h] ? Cet apprenti dictateur n’a t-il pas abrogé d’un coup de plume la constitution, les pouvoirs publiques et l’assemblée nationale du moment, élue par le vote populaire comme l’assemblée actuelle ? Et tout cela s’est bien produit sous les applaudissements des mêmes personnes qui dirigent aujourd’hui l’opposition.

Guaidó, l’Assemblée nationale et les États-Unis veulent une « transition » sous tutelle des forces armées

La droite a fini par cesser ses tentatives de prises du pouvoir par la force après avoir été battue plusieurs fois. Mais aujourd’hui, quand elle a de nouveau l’occasion d’utiliser cette stratégie, elle appelle les militaires à lâcher Maduro. Déjà en 2017, face à un pouvoir vidé de son appui populaire —notamment en raison de la crise économique— ils avaient recommencé à faire des appels du pied aux militaires afin que ceux ci reprennent les rênes du pouvoir face à Maduro.

Et ils recommencent avec le soutien sans pudeur de Trump qui dit qu’il soutiendra les militaires vénézuéliens qui se sépareront de Maduro. Cette opposition « démocratique » se sert de ce soutien à peine caché à un putsch militaire, un appel qui vient de la plus grande puissance mondiale… Ainsi Guaidó le « démocrate » a renouvelé ses appels : « Nous n’essayons pas de diviser les forces armées, nous voulons qu’elles s’unissent dans un seul corps respectable (…) nous avons besoin d’elles pour la transition ». Guaidó les appelle à s’opposer à Maduro afin de « rétablir l’ordre ».

ainsi, le fait que Maduro s’appuie aujourd’hui sur l’armée, avec qui il « co-gouverne » dans les faits, et les appels de la droite à une rébellion ou un coup d’État, avec le soutien ouvertement interventionniste des États-Unis, montre que les deux « camps » acceptent le rôle « d’arbitre » des militaires dans le futur du pays. La droite ne compte pas du tout démanteler cet appareil militaire, cet appareil répressif. Son discours « contre l’autoritarisme » ne tient pas.

C’est pour cela qu’ils annoncent offrir l’amnistie à ceux qui prendront les armes contre Maduro car la droite n’a pas de problème à garantir l’impunité des militaires corrompus et répressifs dès que ceux-ci les aident à prendre le pouvoir.

Retour au pouvoir de la main de l’impérialisme, des militaires et des gouvernements répressifs de la région

L’instabilité politique et le dégoût des gens de cette situation amènent de larges secteurs à avoir de la sympathie pour un coup militaire qui évincerait Maduro. C’est le piège auquel conduit cette situation, dont toutes les issues sont réactionnaires sans intervention indépendante du mouvement ouvrier.

L’opposition ne se mobilise pas en fonction des besoins des travailleurs et secteurs populaires, mais des « solutions » totalement pro patronales qui approfondissent la dépendance nationale et entretient le pillage des ressources aux dépends du peuple.

La politique réactionnaire de Maduro de démonter les droits du travail, des droits acquis durant des décennies de lutte a fait le « sale boulot » pour un éventuel gouvernement d’opposition qui est sur la ligne de la Fedecámaras et considère que les travailleurs ont « beaucoup de droits » qui « empêchent » la « libre initiative » entrepreneuriale.

La crise actuelle trouve ses sources dans la banqueroute du capitalisme national et du capitalisme rentier. Ces maux du capitalisme vénézuélien se sont accrus sous le chavisme et le pays est ruiné. La dette continue non seulement à saigner le pays avec des milliards de dollars qui ne servent qu’à grossir les comptes du capital financier international, mais elle a aussi augmenté de façon exponentielle. Le pays est endetté jusqu’au cou. Parallèlement à cela, il s’est de nouveau opéré un saccage historique de la rente pétrolière, un incroyable transfert de la rente publique au privé (que certains estiment à 500 milliards de dollars). Le pays a été laissé en ruine.

Aujourd’hui derrière ses appels à la « liberté » et la « démocratie », l’opposition soutien un programme économique qui aurait pour « solution » un plus grand endettement externe et une plus grande pénétration du capital impérialiste, avec donc plus de dépendance nationale. De ce point de vue les deux politiques proposées ne sont pas très différentes. Le gouvernement actuel préfère la Chine et la Russie quand la droite préfère que l’endettement et son paiement se fasse auprès du FMI et du capital des puissances occidentales.

Aucune des deux parties ne propose le rapatriement forcé du capital envoyé à l’étranger et l’expropriation des propriétés nationales des responsables de la crise. Leur seule réponse est de continuer l’endettement et la pénétration de capitaux étrangers.

En plus de cela, la droite promet une vague de privatisations et re-privatisations d’entreprises et de terrains publics. « Réduire la taille de l’administration publique » et ainsi procéder à des licenciements massifs, à une augmentation des prix. Privatisation des services publics, et réduction des dépenses publiques et des impôts sur les entreprises (plus que ne le fait déjà Maduro) font aussi partie du plan.

En général, elle cherche à donner plus de pouvoir aux capitalistes privés et aux capitalistes étrangers, aux dépens du contrôle des activités commerciales que la caste corrompue et parasitaire exerce aujourd’hui par le biais de l’administration de sociétés publiques et de secteurs de l’économie.

L’alternative est une mobilisation indépendante ouvrière et populaire

Bien que l’opposition contrôle l’Assemblée Nationale, celle-ci n’a jamais tenté d’abroger les lois héritées de Chavez qui criminalisent les luttes, au contraire elle les a préservées. Les restrictions des libertés démocratiques les préoccupent seulement quand elles empêchent son propre chemin vers le pouvoir. C’est pour cela qu’ils essaient de s’appuyer sur une transition encadrée par ces mêmes forces armées répressives. C’est pour cela que son principal soutien est l’interventionnisme de la plus grande puissance impérialiste.

Nous insistons : avec Maduro et le régime actuel, il n’y a pas d’issue, il faut que ce soient les travailleurs qui expulsent Maduro avec leurs propres méthodes de lutte. Les États-Unis et certains mouvements militaires renforcent ceux qui ont toujours gouverné le pays et dont le programme économique n’a rien à voir avec les revendications des travailleurs et des classes populaires, mais avec les besoins des entreprises, du capital financier international et des puissances impérialistes occidentales. C’est pourquoi nous disons catégoriquement que les travailleurs doivent être les seuls à chasser Maduro.

Depuis l’année dernière, les mobilisations de la classe ouvrière se sont extrêmement développées. C’est l’extension et le développement de ces mobilisations, avec nos propres revendications et exigences contre le gouvernement et les hommes d’affaires, avec nos propres méthodes de lutte, et de façon indépendante de l’opposition, qui doit être la voie à suivre.

Nous devons nous battre pour imposer par la mobilisation un programme d’urgence ouvrier et populaire répondant aux besoins des travailleurs et de la population. Un plan qui ne peut que rompre avec la dépendance nationale, avec les intérêts de l’impérialisme et du capitalisme, et qui s’oppose de façon radicale tant aux projets de ce gouvernement anti-ouvrier, répressif et servile, qu’à l’opposition pro-patronale et pro-impérialiste.

Non payement de la dette extérieure frauduleuse et rapatriement forcé du capital, confiscation des biens de ceux qui ont pillé le pays afin de disposer de ces ressources pour les besoins urgents de la population et du pays.

Respect total des conventions collectives et salaire égal au coût de la vie et indexé à l’inflation.

Un réel contrôle des prix exercé directement par les travailleurs et les classes populaires, avec des délégués élus démocratiquement dans les lieux de travail et les quartiers.
Une production et une distribution sous le contrôle réel du peuple, sans bureaucrates du gouvernement ni militaires.

Réincorporation de toutes les personnes licenciées, rejet des licenciements dans les secteurs public et privé.

Occupation et production sous le contrôle des travailleurs - sans l’armée ni le gouvernement - de toute entreprise qui licencie ou menace de fermer.

Liberté pour les travailleurs emprisonnés pour s’être battu et annulation des procès des ouvriers, des paysans et de tous ceux qui ont été poursuivis pour avoir manifesté. Dissolution de la Garde Nationale Bolivarienne et d’autres organismes chargés de réprimer les manifestations ouvrières et populaires.

C’est seulement avec une mobilisation combative des travailleurs et du peuple que l’on pourra imposer un programme de ce type, avec comme perspective un gouvernement de tous les travailleurs soutenu par les organisations de lutte des masses, le seul gouvernement qui puisse donner une réponse de fond aux nécessités de la majorité.




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