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Venezuela : impasse politique après des semaines de tentatives de coup d’Etat et d’offensive impérialiste

La situation politique du pays semble entrer dans une impasse, où aucune des forces ne finit par s'imposer, après deux mois d'intervention directe impérialiste et de tentatives de coups d'Etat de la droite locale.

jeudi 4 avril

Plus de deux mois de fortes tensions politiques se sont écoulés au Venezuela, marqués par une ingérence impérialiste flagrante et la tentative de coup d’État de Juan Guaidó et de la droite locale, avec le soutien de la droite régionale.

La situation actuelle semble entrer dans une impasse, où aucune des forces ne s’est encore imposée, et les Forces armées continuent d’être le facteur clé tant pour la pérennité de Maduro que pour les tentatives de coup d’Etat de l’opposition.

La droite n’a pas atteint son objectif de renverser Maduro en ne parvenant pas à briser les Forces armées, pilier fondamental du régime. Maduro s’est maintenu à juste titre, non pas par un soutien des masses, mais parce que les militaires ont serré les rangs et qu’aucune fissure n’a été observée ni dans les hauts commandements, ni dans l’officialité moyenne des casernes.

Bien que l’opposition ait annoncé de nouvelles manifestations, comme celle de ce samedi, qui s’est avérée terne, il n’y a pas eu de renforcement de la droite locale dans les rues qui puisse s’exprimer pour faire trembler le gouvernement du Maduro, et ce malgré l’arrivée de Guaidó dans le pays, après l’échec du "jour J" du 23 février et ses voyages à travers plusieurs pays.

Cette situation a pour contexte les méga-coupure électriques prolongées, et avec elles s’accompagne l’incertitude qui ne fait qu’accroître l’angoisse et la privation d’un peuple entier. Le gouvernement Maduro continue de soutenir qu’il s’agit d’attaques et de sabotage du système électrique, et notamment du principal barrage hydroélectrique, le Guri. Rien ne peut être exclu quand on observe l’agressivité de l’impérialisme qui a soutenu l’offensive de coup d’Etat.

Mais comme nous l’avons expliqué dans un autre article récent, il convient de noter qu’au milieu de l’effondrement et du désarroi économiques, il est possible que les pannes constantes, qui maintiennent une grande partie du pays dans l’obscurité, soient dues à la forte détérioration du parc de production électrique et au manque d’investissement dans le système électrique dans son ensemble. Depuis de nombreuses années, ils mettent en garde contre cette situation, tant les travailleurs eux-mêmes que les techniciens et les spécialistes, et même d’anciens fonctionnaires du gouvernement.

Le Venezuela dans le jeu géopolitique de la Russie et des Etats-Unis.

A ce scénario se sont ajoutées les tensions géopolitiques où le Venezuela s’est transformé en un pion du jeu des échecs politiques internationaux. Si jusqu’à la semaine passée, de hauts représentants politiques de la Russie et des États-Unis se réunissaient à Rome pour discuter du Venezuela, plus récemment, l’arrivée de deux avions russes dotés de matériel militaire et d’équipement a déchaîné les passions entre ces deux pays qui, auparavant, entretenaient des tensions dans d’autres parties du monde, sans que jusqu’à présent le Vénézuela n’en devienne leur centre d’attention.

Le gouvernement de Maduro cherche à faire passer la présence de plus en plus active de la Russie dans le pays comme "contrepoids" aux Etats-Unis, et comme soutien russe à sa propre gestion, dans le but d’y chercher une survie. Mais il est plus qu’évident qu’il s’agit d’un opportunisme russe autour de la situation vénézuélienne. Plus qu’un soutien décisif à la gestion de Maduro, Poutine utilise le Venezuela pour profiter de sa position géographique et d’un point de vue géopolitique. Et personne ne cache le fait que, pour la Russie, l’importance politique du Venezuela réside dans sa proximité des États-Unis, dans ses ressources naturelles et dans la possibilité de réaliser des bénéfices dans les entreprises qu’il exerce dans le pays, comme il le fait dans le secteur pétrolier.

Une situation qui conduit le Venezuela des mains de Maduro à une dépendance toujours plus grande vis-à-vis de la Russie, comme cela a déjà été fait avec la Chine sur le plan économique, avec laquelle le pays a une dette gigantesque et hypothèque une grande partie de la production pétrolière dans les prochaines années. Maduro cherche à montrer qu’il a un allié politique de poids international, mais que Poutine l’utilise pour améliorer sa position dans son conflit avec les Etats-Unis.

C’est dans ce contexte que John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Trump, a insisté ce vendredi sur "la dénonciation" de l’envoi de personnel militaire et de matériel au Venezuela par la Russie, affirmant que "nous continuerons à considérer ce type d’actions provocatrices comme une menace directe pour la paix et la sécurité internationales dans la région", où il assure également que les Etats-Unis "défendront et protégeront" leurs intérêts dans le continent américain. En plus de "mettre en garde" tout "acteur extérieur" contre le déploiement de "moyens militaires" au Venezuela ou dans toute autre partie du continent.

Mais tous ces accords du gouvernement vénézuélien pour tenter d’arrêter la spirale de la crise, non seulement ne renforcent pas Maduro, mais ils le rendent de plus en plus dépendant des militaires au niveau interne, de la Chine au niveau économique externe et de la Russie au niveau politique externe. C’est la voie qu’emprunte Maduro, à la tête d’un gouvernement qui se décompose clairement sur le plan politique et s’enfonce dans les pires catastrophes de son histoire récente.

Elvis Amoroso, le contrôleur général nommé par l’Assemblée constituante officialiste et frauduleuse, a annoncé jeudi l’inhabilitation politique de Guaidó pour 15 ans, déclarant qu’il est "présumé" que Guaidó "a caché ou falsifié" des données de sa déclaration de patrimoine sous serment, et en même temps "a reçu de l’argent des instances internationales et nationales sans justification".

C’est une nouvelle démarche politique que de laisser ce leader politique de la Volonté Populaire [parti de Guaido] hors de la scène politique, comme il l’a fait avec Henrique Capriles et d’autres leaders de l’opposition, ainsi que l’inhabilitation flagrante des partis politiques qui ne se sont pas présentés à telle ou telle élection politique.

Guaidó représente l’aile la plus rance de la droite vénézuélienne, et est devenu une marionnette de Washington lorsqu’il s’est autoproclamé "président interim" du Venezuela, dans une offensive de coup d’Etat. Mais cela n’implique pas d’approuver ou de soutenir ces mesures de Maduro, qui, par un bonapartisme obscène, retire du jeu politique qui il souhaite. Si Maduro le fait avec ces politiciens représentant des groupes de pouvoir et même de soutien international, qu’est ce qu’il ne fera pas (et il l’a fait) avec les organisations ouvrières et populaires qui résistent à ses mesures anti-ouvrières et anti-populaires.

Nous pouvons voir qu’avec de simples annonces, il efface des acquis historiques de la classe ouvrière contenus dans les conventions collectives, envoie des ouvriers en prison, pour le simple droit de manifester, et en vient à l’indécence de licencier des dirigeants syndicaux pour le simple fait de penser différemment comme dans le cas récent de la Cancillería, et avance dans les mesures arrangées en plus de continuer de décharger cette catastrophe brutalissime sur la population vénézuélienne. Il s’agit de mesures qui sont et seront appliquées doublement contre le peuple travailleur.

La disqualification de Guaidó ne vise qu’à ce qu’après une éventuelle négociation, fruit de tant de réunions à huis clos qui se tiennent sûrement, ce politicien de droite soit absent d’une future élection alors qu’il se présente comme un nouveau visage en comparaison aux leaders déjà épuisés qui ont formé la Table pour l’unité démocratique (MUD). En même temps, il cherche une contre-offensive à la situation actuelle.

C’est pourquoi, au sein du Groupe de contact avec le Venezuela, qui recherche une solution négociée et l’appel aux élections, a condamné ce jeudi à Quito la décision prise par le Bureau du Contrôleur général, de disqualifier Guaidó. Ce groupe est composé de l’Équateur, du Costa Rica et de l’Uruguay (du côté latino-américain) et, entre autres, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas, du Portugal, de l’Espagne, de la Suède et du Royaume-Uni (du côté européen). Lors de leur première réunion à Montevideo (Uruguay), le 7 février, ils ont convenu d’un délai de 90 jours pour atteindre l’objectif d’organiser des élections présidentielles au Venezuela.

Une impasse avec de grandes tensions dont la population continue à subir les conséquences.

Pris dans son ensemble, et comme nous l’avons dit au début, il n’y a toujours pas de résultat dans l’imposition des forces après plus de deux mois, dans une extension des temps qui semblent jouer en faveur de Maduro. Jusqu’à présent, une impasse relative est annoncée par l’échec de l’éclatement des Forces armées, le centre névralgique de Maduro.

Les Etats-Unis ont déclaré que pour l’instant une intervention militaire directe ne bénéficie pas du soutien de leurs partenaires latino-américains, après la déclaration du groupe de Lima. En ce sens, elle pourrait viser davantage à renforcer les sanctions économiques "sévères" afin de rechercher un plus grand étouffement économique. Aucune mesure plus énergique n’a encore été annoncée, en dehors de celles déjà appliquées.

Le temps a permis à Maduro d’avancer dans ses relations avec la Russie, et une nouvelle rencontre entre les deux pays est prévue. Bien que le gouvernement le fasse apparaître comme un point fort d’une nation souveraine, en vérité, si Maduro reste, ce n’est rien de plus qu’une faiblesse en augmentant sa dépendance vis-à-vis de la Russie, puisque dans une négociation à long terme entre les Etats-Unis et ce pays, le Venezuela est plus qu’un record au jeu des échecs politiques internationaux. Dans cette situation Guaidó n’a pas montré plus de vitalité, ou l’initiative comme elle l’a été le 23 janvier et le 23 février, ne faisant que des déclarations générales que les prochaines mobilisations en sa faveur le renforceraient, ce qui ne s’est pas produit. Celle de ce samedi a été terne, depuis une petite ville comme Los Teques, à une heure de Caracas.

Cette situation actuelle n’implique pas que la variante du coup d’Etat soit hors de la scène politique, mais les temps, s’ils se prolongent, peuvent viser à rechercher des solutions négociées où l’impérialisme fait de plus en plus pression sur Maduro par étranglement économique. Les mesures offensives de l’impérialisme poursuivent leur cours et finissent par s’abattre sur le peuple, aggravant les calamités déjà existantes. Les travailleurs doivent rejeter toute forme d’agression impérialiste qui, de la main de la droite locale, n’impliquera qu’une plus grande subjugation, cela n’implique aucun soutien politique pour Maduro.

Nous avertissons également que ce ne sera pas en s’appuyant sur la Russie que quelque chose de progressiste pourra se construire, d’où la seule chose qui viendra est la dépendance et la soumission du pays au jeu politique international, tout cela pour que la bureaucratie d’État chaviste puisse survivre. Mais en même temps, nous disons que toute solution négociée convenue se fera au détriment de la population. La seule solution progressiste ne peut venir que des travailleurs qui mènent la lutte contre l’agression impérialiste et la misère à laquelle ils sont soumis.




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