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Monde

Diplomatie du Rafale

Vente de Rafales à l’Egypte : La France arme le dictateur al-Sissi

Mardi, le gouvernement égyptien a annoncé par un communiqué l’achat à la France de 30 avions de combat Rafale, qui par là-même confirme son statut privilégié de marchand de mort à travers le monde, et d’armurier principal des dictatures du Proche et du Moyen-Orient.

mardi 4 mai

L’existence de négociations entre la France et l’Egypte, était connue de longue date, mais la nouvelle a été officialisée mardi 4 mai au matin quand le ministère de la défense égyptien a communiqué la signature d’un accord entre la France et l’Egypte de 30 avions Rafale produits par Dassault Aviation pour un montant total de 3,95 milliards d’euros. D’après Disclose, qui a pu éplucher les documents gouvernementaux égyptiens précisant les termes du contrat, l’Egypte a obtenu un prêt garanti par l’Etat Français à 85 % pour pouvoir réaliser cet achat.

La France et l’Egypte. Une alliance sécuritaire et économique

L’Egypte fait partie des destinataires privilégiés d’équipement militaires français. L’arrivée au pouvoir du dictateur Abdel Fattah Al-Sissi, en 2014 a considérablement renforcé les exportations d’armement vers l’Egypte. Ce que n’a pas manqué de saluer mardi le ministère des armées françaises par voie de communiqué qui se félicite d’une nouvelle commande qui « renforce encore le partenariat stratégique et militaire entre la France et l’Egypte ».

A la suite de la chute d’Hosni Moubarak, la France et les Etats-Unis ont œuvré à la consolidation du dictateur militaire pour faire de lui un allié central dans la région et œuvrer à écraser les conséquences des soulèvements du Printemps Arabe. C’est l’une des dictatures les plus sanguinaires et sécuritaires de la région qui maintient près du tiers de sa population sous le seuil de pauvreté, musèle et assassine l’opposition.

Depuis la prise du pouvoir grâce à l’armée du maréchal al-Sissi, l’Egypte a lancé la modernisation de ses forces armées avec le soutien de la France à la faveur de vente de rafales mais aussi d’une frégate, de 4 corvettes et de 2 porte-hélicoptères Mistral. Au total depuis 2010, les importations d’armement français en Egypte se sont élevées à 7,7 milliards d’euros, faisant du Caire le quatrième pays client de la France en matière d’armement.

Le ministère se justifie en évoquant un « contrat [qui] illustre le caractère stratégique du partenariat que la France entretient avec l’Egypte, alors que nos deux pays sont engagés résolument dans la lutte contre le terrorisme et œuvrent à la stabilité dans leur environnement régional » 

Pourtant derrière l’explication politique de façade de la lutte contre le terrorisme, une nouvelle fois démonstration est faite de l’imbrication économique de l’impérialisme français et qu’importe si ces pays sont des dictatures, que les homosexuels y soient persécutés, et que les opposants politiques y croupissent par dizaine de milliers en prison.

Hollande puis Macron ont rejoué la vieille tradition impérialiste consistant à appuyer les dictateurs, et ce notamment en Egypte, qui piétinent les aspirations démocratiques des masses au nom des intérêts sécuritaires de l’impérialisme français. Après des années de troubles politiques et d’un climat instable à la suite du printemps arabe, la dictature du général al-Sissi a d’une part restauré la politique néolibérale et garanti un climat favorable aux investisseurs étrangers. D’autre part, la coopération sécuritaire avec l’Egypte a pour fond les intérêts économiques du capitalisme français qui cherche à sécuriser ses investissements gaziers dans cette région disputée qu’est la Méditerranée ainsi que dans la zone limitrophe du Sahel, où la France intervient militairement dans l’optique de préserver ses placements, notamment miniers.

L’inquiétude exprimée par le président français Emmanuel Macron sur la situation des droits de l’homme en Egypte, lors d’une conférence avec son homologue égyptien en janvier 2019, ne pèse finalement pas bien lourd face aux dividendes de Dassault et ses fournisseurs, et des intérêts impérialistes de la France, le président de la République avait même fini par remettre la légion d’honneur au maréchal Sissi en décembre 2020.

L’armement un enjeu stratégique majeur pour la relance du capitalisme français

En faits, Macron, dans cette nouvelle vente vers l’Egypte s’affirme comme le meilleur VRP de Dassault. Le rôle de l’Etat français est central dans le développement et dans les profits de l’industrie militaire. Non seulement l’Etat est le principal client de ces entreprises spécialisées dans la création de forces destructives, mais aussi le principal promoteur de cette industrie néfaste dans le monde. Et pour cela, il n’hésite pas à s’associer aux pires dictatures, aujourd’hui l’Egypte, hier l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Jordanie entre autres.

Dans un contexte de grave crise économique, la vieille bourgeoisie impérialiste française, a rapidement pris conscience que l’industrie militaire française – troisième industrie militaire au monde derrière les USA et la Russie- serait un facteur de relance important pour les industries aéronautique et naval en grande difficulté.

Comme nous l’écrivions dans nos colonnes en juillet dernier :« Malgré tout le discours autour de la reconversion verte, il semble que le domaine militaire va être un des facteurs au centre de la reprise industriel de groupes comme Airbus, Dassault Aviation, Safran, Thalès, MBDA, Nexter ou Naval Group […] Fin mai, les grands groupes de l’aéronautique organisés dans le GIFAS (Groupement des industries français aéronautiques et spatiales) avaient déjà appelé à accélérer les investissements dans la défense et l’ espace afin de soutenir la relance du secteur. » Ce qui n’était encore alors qu’une prise de position, prenait alors rapidement des contours plus concrets.

C’est ce que signalait Le Monde le 13 juillet dernier, dans un article intitulé « Les industriels de la défense veulent tirer profit du plan de relance pour gonfler la production », en citant le PDG d’un groupe d’armement parlant au nom de tout le secteur :« Dans quelques jours, Benjamin Griveaux, député de Paris et ex-candidat à la Mairie, doit rendre les conclusions de la discrète mission que lui a confiée l’Assemblée nationale : identifier les besoins de la « base industrielle et technologique de défense. Il est urgent de renforcer cet ensemble de capacités concourant aux missions des armées, plaident militaires et patrons. Et d’ « accélérer dès à présent certaines commandes, afin d’améliorer la charge et [d’] affermir certaines tranches conditionnelles pour donner davantage de visibilité ». Et ajoute, il faudra être « très vigilant lors des prochaines échéances budgétaires, et notamment lors de l’actualisation de la loi de programmation » qui pourrait être anticipée « avec les mêmes objectifs ». Pour rappel la loi de programmation militaire (LPM) prévoyait un investissement en défense de 298 milliards d’euros entre 2019 et 2025.

Pour Dassault, cette opération vers l’Egypte marquerait un nouveau succès commercial colossal. Cette vente confirmerait le succès à l’exportation du géant industriel, après la vente de trente-six Rafales au Qatar et à l’Inde, et de dix-huit à la Grèce en janvier dernier. Et à nouveau, les prochains mois pourraient être fructueux : le Rafale est en compétition en Suisse, en Finlande et en Croatie. Pour l’industrie militaire en général, la période s’annonce florissante. Le maintien de l’ impérialisme français nécessite le maintien d’une industrie de l’armement et notamment de l’aviation militaire. La situation instable au Sahel, où l’opération Barkhane est toujours en cours, laisse penser que la continuation d’une situation internationale héritée de la colonisation est toujours d’actualité.

Cette alliance stratégique réactionnaire vise avant tout pour la France a réaffirmer son rôle dans la région et à consolider un allié militaire essentiel de l’impérialisme. En accordant la vente de Rafales sous base d’un contrat qui va de nouveau consolider la dette souveraine, et avec elle, l’appauvrissement des classes populaires, la France finance et arme un régime qui met cet armement au service de seigneurs de guerre. En chantre de Dassault et de l’industrie mortifère française, Macron cherche surtout à consolider ses intérêts dans la région, et ce dans le but de les confronter à ceux de la Turquie, concurrent stratégique réactionnaire dans la région méditerranée.




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