^

Véran admet la nécessité de "multiplier" les tests mais il faudra attendre la fin du confinement !

Alors que l’OMS appelle à tester largement, que certains pays ont mis en place des campagnes massives de dépistages, Olivier Véran continue de justifier la pénurie de test, expliquant qu’ils ne sont pas nécessaires ou alors, comme il l’a dit samedi, seulement à la fin de la période de confinement.

mardi 24 mars

afp.com/GEOFFROY VAN DER HASSELT

Ce samedi lors d’une conférence de presse, Olivier Véran expliquait vouloir un changement dans la doctrine d’usage des tests en France contre l’épidémie. Le pouvoir français, qui était resté sourd jusque là aux demandes de l’OMS (« tester, tester, tester »), des médecins et scientifiques, a décidé de réviser son discours. De fait, alors que l’opinion publique commence de plus en plus à douter du discours du gouvernement sur la soi-disant inutilité des tests sur les personnes asymptomatiques ou à faibles symptômes, celui-ci a du changer de discours. Un changement qui reste pour l’instant de l’ordre du sémantique, et sans changement réel de politique.

Un nouveau discours au vu du basculement de l’opinion publique

Les sondages de la population sur leur confiance dans le gouvernement ne sont pas au beau fixe, notamment en baisse sur la question des moyens ou de la rapidité de réaction de gouvernement, avec seulement 29% des français convaincus sur le sujet. Comme l’expliquait Cécile Cornudet dans son dernier édito pour les Echos le gouvernement est sous la pression d’une population des plus informée et qui remet en question la stratégie adoptée en France après les échecs italiens et espagnols à gérer la crise. D’autant plus alors que Macron est depuis longtemps désavoué. Depuis les gilets jaunes jusqu’à une grève historique contre la réforme des retraites, la population n’a cessé de montrer sa défiance contre le président.

Comme l’explique l’édito : « Quand les Français cherchent, ils trouvent, et se forgent une opinion, […] ils entendent le docteur Delfraissy, président du Conseil scientifique, reconnaître que la stratégie française est dictée par le manque de masques et de tests et en une semaine, ils sont devenus des experts affûtés sur l’usage du masque en Asie ou la systématisation des tests en Corée du Sud, en Allemagne ou à Vo’ en Italie. En effet, une grande partie de la population se rend bien compte qu’il y a un problème quand le gouvernement dit : « Pas besoin de test » et que les pays qui ont fait reculer le nombre de nouveaux cas, comme la Corée du Sud ont fait massivement usage de ces derniers. 

Alors que certains médecins commencent à s’organiser par eux même pour pratiquer des tests dans les hôpitaux comme le docteur Raoult à l’hôpital de la Timone à Marseille, et que la pénurie de tests fait scandale, Véran est sur la corde raide. D’autant plus que le ministre ne respecte même pas ses propres recommandations concernant les tests, avouant lui même sur Twitter qu’il a été testé, alors que dans les hôpitaux, seuls les cas très graves (et pas toujours) le sont.

Pour Véran, tester oui mais pas tout de suite

Il a ainsi expliqué : « l’enjeu, c’est d’être en mesure de multiplier nos capacités de test au moment où nous lèverons le confinement ». Tester, mais pas tout de suite ? La formule reste encore insuffisante, alors qu’on voit que les seuls pays où l’épidémie aient été ralentie soient ceux où de larges campagnes de tests ont été menées, combinées à des mesures de confinements et de quatorzaines plus ou moins strictes. Que ce soit en Corée du Sud, où cela a permis très tôt de trouver les chaînes de contamination et les foyers et de limiter le nombre de cas ou en Allemagne où le nombre de malade est plus élevé qu’en France (18 610) mais le nombre de morts bien plus bas (55), ces campagnes de tests sont une mesure indispensables face à l’épidémie.

« Tester, tester, tester » : revendiquer une campagne de dépistage massive et gratuite

Combiné à la préparation des hôpitaux ou encore la réorganisation de l’économie pour produire massivement le matériel manquant, il aurait fallu dès le début mener une campagne d’information et de dépistage massif, au-delà des simples cas déjà avérés.

Dans une ville italienne (Vo, en Vénétie – une des régions les plus touchées), des scientifiques ont décidé de mener une campagne de tests pour dépister largement à partir du 6 mars, alors que les autorités étaient déjà dépassées par l’infection. Une technique qui s’est révélée gagnante, permettant de mettre rapidement en quarantaine les cas découverts et de limiter l’extension du virus ainsi que de rapidement prendre en charge les malades. En France la stratégie adoptée s’est clairement révélée erronée et les atermoiements et justifications aujourd’hui répétés par le gouvernement ne sont plus crédibles, alors que le nombre de cas augmente et que son incapacité à gérer la crise s’est clairement révélée.

Bien au contraire, nous devons revendiquer la mise en place de campagnes de test massives, d’autant plus dans les pays qui commencent à être touchés notamment en Amérique Latine ou en Afrique, où les systèmes de santé sont encore plus faibles. Les politiques néolibérales et les logiques qui ont aujourd’hui conduit à une pénurie de matériels, tests, personnel dans l’hôpital public en France montrent clairement leur défaillance. Contre cette gestion par le profit et l’austérité, ce sont aux hospitaliers : infirmiers, médecins, travailleurs du nettoyage de décider ce dont ils ont besoin et comment organiser la prise en charge médicale. Ce sont les seuls capables de savoir comment enrayer la crise et alors qu’ils ne sont pas écoutés par le gouvernement Macron, depuis déjà plus d’un an de grève contre les réformes Buzyn, ils ont tout intérêt à s’organiser en comités indépendants et à reprendre en main la gestion des centres hospitaliers et plus largement de la crise.

Aujourd’hui une telle campagne est toujours nécessaire, même si la maladie s’est développée dans tout l’hexagone, ne serait-ce que pour pouvoir organiser au mieux les ressources médicales pour faire face à la maladie, et rendre les mesures de confinements plus efficaces, en isolant plus efficacement les populations infectées. On ne peut pas attendre la fin des mesures de confinements pour savoir qui est malade et qui ne l’est pas : c’est prendre tout simplement le risque que le confinement ne serve à rien, même pas aux objectifs fixés par le gouvernement, qui voulait avant tout ralentir la progression de la maladie.




Mots-clés

Coronavirus   /    Emmanuel Macron