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Politique

Mon hôpital va craquer

Vers une 3e vague après les fêtes ? Une étude prévoit jusqu’à 5.000 réanimations dès le 7 janvier

Selon les projections de l'étude du CHRU de Nancy et de la Fédération Hospitalière de France, entre 3500 et 5000 réanimations sont dès début janvier. Des chiffres inquiétants au vu de l'épuisement des personnels hospitalier, conséquence de la gestion catastrophique de la crise par le gouvernement.

mercredi 23 décembre 2020

Crédits photo : AFP

La France a dépassé ce vendredi 18 décembre, la barre des 60.000 décès du coronavirus et, aux vues des chiffres de circulation du virus, les spécialistes s’inquiètent. En effet, comme le soulignait Mahmoud Zureik, professeur en épidémiologie à l’université Versailles-Saint Quentin-en-Yvelines dans Le Monde, la semaine du 14 au 20 décembre a vu apparaître en moyenne 14 000 nouveaux cas par jour avec un taux de reproduction du virus (nombre de personne qu’un malade contamine) qui augmente à 1.03 le 17 décembre (étant de 0.83 le 10 décembre).

Cette inquiétude est corroborée par une étude du Centre Hospitalier Régional et Universitaire de Nancy et de la Fédération Hospitalière de France parue ce 20 décembre dans le JDD. Alors que les 60.000 décès ont été dépassés ce vendredi 18 décembre en France, cette étude prévoit pour le 7 janvier quatre scénarios basés sur quatre taux de reproductions : entre 1.025 pour le plus optimiste et jusqu’à 1.17 pour le plus préoccupant. « Les deux courbes les plus basses sont les plus probables », souligne le professeur Christian Rabaud qui a travaillé à cette étude.

Projection de l’occupation des lits en réanimation en France par des patients Covid

(CHRU de Nancy/FHF) parue le 20/12/2020 dans le JDD

« Notre avenir est celui d’une troisième vague qui pourrait survenir en janvier », Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique

Alors que la deuxième vague ralentit plus lentement que la première avec 2.700 lits de réanimations encore actuellement occupés, le virus, toujours en circulation active, a contaminé ce samedi 19 novembre 17 565 nouvelles personnes. Si le taux de contagion continue de grimper, cela ne se répercute pas encore sur les chiffres, en légère baisse, des hospitalisations. Cependant, « Dès les prochains jours, les hôpitaux pourraient avoir des difficultés à faire face car la pression va inexorablement augmenter autour de Noël.

Le problème, c’est que les réas sont déjà en tension malgré des lits supplémentaires. » note le professeur Christian Rabaud, toujours dans le JDD. « Dans le Grand-Est, il faudra probablement admettre 100 patients de plus en soins intensifs d’ici au 4 janvier. Or les ressources humaines seront réduites : les étudiants en médecine seront en congés, comme certains personnels épuisés après des mois au front », ajoute-t-il.

Tandis que le gouvernement ne nous promet que confinement et couvre-feu jusqu’au « retour à la normale » grâce à une campagne de vaccination miraculeuse, qui ne porterait ses fruits qu’à l’été prochain dans le meilleur des cas, « les soignants arrivent à épuisement » explique Frédéric Valletoux, président de la Fédération Hospitalière de France. Ainsi les projections de l’étude du CHRU de Nancy et de la Fédération Hospitalière de France qui estime entre 3.500 et 5.000 le nombre d’hospitalisation en réanimation le 7 janvier prochain inquiète.

« On va bientôt ’fêter’ un an de suractivité à l’hôpital »

Alors que les capacités normales des hôpitaux tournent autour de 5.000 places de réanimation, le gouvernement était parvenu à faire monter ce chiffre à 7.027 lits lors du pic de la première vague, le 8 avril dernier selon Ouest France. Un exercice qui avait fait reposer le poids de la crise sanitaire sur les soignants, démunis tant en terme matériels (pénurie de masques, respirateurs, tests) qu’humains (manque de personnel). Pourtant c’est sans plan d’embauche supplémentaire que la Direction Générale de la Santé affirme avoir un « plan » pour « étendre la capacité de prise en charge en réanimation pour les patients Covid-19 et non Covid-19 et de porter, si nécessaire, celle-ci à 12.000 lits de réanimation ».

Cependant le gouvernement continue à gérer la crise par des mesures essentiellement autoritaires, à l’image du confinement doublé d’un couvre-feu policier, et Jean Castex a présenté à l’assemblée nationale ce mardi un projet de loi « urgence sanitaire », qui vise à étendre les prérogatives les plus liberticides de l’État d’urgence sanitaire dans le droit commun pour pouvoir y avoir recours sans passer par le parlement, tout en renforçant le pouvoir de l’exécutif ainsi que les mesures d’isolement forcé. Des mesures toujours plus autoritaires les unes que les autres, qui ont pourtant prouvé par deux fois déjà leur efficacité limitée puisque l’épidémie, au bout de deux vagues risque encore une fois de repartir à la hausse si le vaccin – solution miracle du gouvernement, mais dont l’efficacité réelle continue d’interroger au vu des délais de production historiquement court – ne finissait pas par avoir l’effet escompté.

Loin d’être le fait de comportements individuels à risque, comme le suggèrent les mesures répressives prises par le gouvernement, ces reprises sans fins de l’épidémie sont le fait de l’absence de plan sanitaire à la hauteur. Au delà du fait que, pour la deuxième vague, comme pour celle qui se profile, le gouvernement réagit toujours à retardement malgré les mises en garde des spécialistes, on note toujours l’absence criminelle de campagne de tests pour tous, de distributions massive de masques gratuits, et de moyens matériels et d’embauche pour l’hôpital public.

Un an après le début de la crise sanitaire et face à l’impréparation et l’inconséquence toujours plus criante d’un gouvernement criminel, reprenons nos affaires en main. A contre-courant des mesures liberticides et inefficaces du gouvernement, il s’agirait d’imposer une stratégie fondée sur l’alliance des professionnels de santé et de la population, qui puissent s’auto-organiser sur les lieux de travail, d’étude, et dans les quartiers pour trouver des solution face au virus, à l’image des profs qui ont mis en place, par eux-mêmes, la division des classes en deux. Une stratégie qui, avec un respect collectif et solidaire des « gestes barrières » pour éviter au maximum les contaminations, s’appuierait sur un dépistage précoce et rapide (avant apparition des premiers symptômes) des personnes contaminées et des « cas contacts » ainsi que leur isolement. A contrario, en imposant un confinement made in MEDEF, puis un déconfinement pro-patronal, les promoteurs de la casse de l’hôpital et des logiques austéritaires appliquées à la santé nous ont mené droit dans le mur. Face à la menace et à l’incurie du gouvernement, plus que jamais il s’agit d’imposer un programme alternatif dont puissent s’emparer les travailleurs, les professionnels de la santé et la population, pour imposer des mesures sanitaire à la hauteur et enfin endiguer cette épidémie.




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