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Mépris des travailleurs

Vertbaudet : du gel de lunette WC pour « protéger » les salariés

Sur le site de Vertbaudet à Wambrechies dans le Nord, la direction ne recule devant rien pour maintenir la production : intimidations, chantage et humiliations montrent le vrai visage du patronat. Nous nous sommes entretenus avec une salariée de cette entreprise, représentante syndicale CGT.

jeudi 19 mars

Vertbaudet est une entreprise de vente de vêtements par catalogue depuis 1963 dont le site internet a ouvert en 1998 et qui réalise désormais ses ventes en ligne. Sur l’année 2018, elle a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 200 millions d’euros, employant plus de 500 salariés entre ses différents sites, notamment dans ses entrepôts de préparation de commandes à Wambrechies et à Marquette, près de Lille, dirigés depuis Tourcoing. Nous nous sommes entretenus avec une représentante syndicale CGT salariée à Vertbaudet.

Révolution Permanente : Comment la direction justifie de garder le travail actif alors que l’épidémie de covid-19 oblige normalement à fermer les entreprises non-essentielles ?

Si Vertbaudet arrivait à fermer, il faudra mettre la clef sous la porte. C’est ce qu’ils disent. Ils n’ont aucune autre excuse pour essayer de tenir les employés dans les conditions dans lesquels ils sont. Ils essayent de faire un peu de chantage. Ils nous ont dit que si l’entreprise cessait son activité à cause du virus, ce serait la fin. Mais surtout, il ne faut pas considérer ça comme des menaces selon eux.

RP : Combien d’employés continuent à travailler sur le site ?

Au moins 200 maintenant, parce que certains ont eu des attestations comme ceux qui ne peuvent pas faire garder leurs enfants chez eux. Ils ont donc pu rester à la maison et faire comme tout le monde. Mais pour le reste... ils doivent se débrouiller.

RP : Y a-t-il des employés qui ont fait usage du droit de retrait ?

Apparemment ils n’ont pas le droit... notre délégué syndical est chez FO et, d’après lui, le droit de retrait ne serait pas permis.

RP : Est-ce que vous vous sentez en sécurité au sein de l’entreprise ?

Il y a eu deux cas de coronavirus qui ont été déclarés parmi les salariés de l’entreprise. Les personnes concernées ont posté ça sur Facebook mais la direction refuse de l’admettre. Les salariés malades postaient ça pour prévenir les autres employés, pour qu’ils fassent attention à eux. L’information est arrivée jusqu’aux cadres de Wambrechies mais ils ont affirmé qu’il s’agissait d’une fausse information. La direction nie ces cas et continue à avancer qu’il ne s’agit pas du coronavirus. Il semblerait que leur but soit de ne pas inquiéter les employés mais ce qui arrive c’est tout l’inverse.

RP : Y a-t-il eu des mesures de sécurité mises en place pour protéger les salariés ?

Cette semaine les employés ont demandé au syndicat de Vertbaudet d’informer les patrons que s’ils n’avaient pas le strict minimum pour se désinfecter ils ne prendraient pas leur poste. Ils nous ont ensuite donné des gants Doro, et du gel désinfectant pour la lunette des WC. Sauf qu’on travaille pas dans les sanitaires... on est préparatrices de commande, on ne se désinfecte pas les mains avec du gel sanitaire.

Autre exemple, je fais partie de l’équipe du prélèvement. Je vais prélever les commandes dans les allées et on se retrouve à plusieurs. Là on doit aller dans l’allée une par une, et les autres doivent attendre à l’extérieur. Effectivement, il n’y a plus qu’une seule personne dans l’allée, sauf qu’on se retrouve à quinze en train d’attendre... ça me fait rire, eux ça ne les choque pas. Ils font tout le contraire de ce qu’ils devraient faire, ils essayent de tempérer la chose mais c’est l’inverse qui arrive.

À Tourcoing, ils peuvent faire du télé-travail, c’est là que se trouvent les grosses têtes, la direction, le service téléphonique. La direction ne se déplace pas à Wambrechies, elle fait circuler un courrier à l’attention du personnel, pour remercier les employés de l’effort. Nous on doit être sur le site.

RP : Que pensent les employés de tout ça ?

Tout le monde voulait que ça ferme. Forcément parce qu’on est pas une entreprise vitale... ce sont des vêtements. Les gens peuvent s’en passer pendant un moment. Donc c’est venu aux oreilles des cadres de Marquette, et il y a un cadre qui a fait un appel micro en disant aux employés que « si et seulement si Macron décidait de fermer ça fermerait ». En attendant, tous les colis son là et doivent partir. Ils ne comptent pas fermer du tout pour l’instant.

RP : Que va-t-il se passer dans les jours à venir ?

Ils ont eu une réunion jeudi 19 mars le matin entre patrons et syndicats. En revenant, ils ont fait un rapport aux salariés. Ils ont dit que ceux qui voudraient à la rigueur se mettre en chômage partiel ce serait possible mais pas dans l’immédiat parce que demain il faudra venir bosser et qu’on fait pas ça du jour au lendemain. Ceux qui se mettraient en chômage partiel perdraient beaucoup de salaire. Ce qui implique que ça dissuade de se mettre en chômage partiel selon moi.

Propos recueillis par Carlos Schmitt