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Victoire de Biden : la crise capitaliste qui a produit Trump est là pour durer

Il est maintenant presque certain que Joe Biden sera le prochain président des États-Unis. Mais ces élections n'ont pas pour autant été une défaite retentissante du trumpisme.

lundi 9 novembre

Une traduction de Left Voice réalisée par Amira M. et Thaïs Cheynet

Joe Biden a gagné les élections américaines. Le décompte des votes par correspondance a fait durer le suspens pendant plusieurs jours mais, enfin, l’atmosphère semble se détendre. Le fait qu’il ait fallu plus de trois jours pour confirmer que le candidat qui avait 3 millions de votes d’avance remportait enfin la présidence est une preuve supplémentaire que le Collège électoral est un système fondamentalement antidémocratique et archaïque.

Le 3 novembre au soir, Donald Trump s’est déclaré vainqueur et le jeudi soir il criait à la fraude électorale, et ce alors que le décompte n’était pas encore terminé. Mike Pence, son vice-président, qui s’est exprimé juste après lui le soir de l’élection, était plus mesuré, expliquant : « Nous pensons que nous sommes sur le chemin de la victoire ». Pourtant, les résultats lui ont donné tort. Biden sera président. Mais comme ce dernier l’a indiqué : « Rien ne changera vraiment ».

Loin d’être un rejet total du président, cette élection a en réalité montré la force du trumpisme, avec une participation historique. Le duel entre l’ordre néolibéral et le populisme d’extrême-droite s’est résolu sur le fil du rasoir avec un résultat qui exprime une forte polarisation. D’un côté, il y a une frange radicalisée à droite qui veut un « homme fort » à la tête des Etats-Unis pour faire respecter « la loi et l’ordre » et pour qui le mouvement Black Lives Matter est un mouvement « anti-américain ». De l’autre, une frange qui est terrifiée par Donald Trump et ses politiques. Cette polarisation se manifeste aussi par une participation historique en faveur deux candidats. On constate en effet, et de manière surprenante, que la base électorale de Trump a augmenté depuis 2016. Ce suprémaciste blanc et sa gestion catastrophique du Covid-19 ont entraîné la mort de 230,000 Américains et pourtant, 69 millions de personnes ont voté pour lui.

Mais cette élection a également montré que le néolibéralisme version t-shirt Black Lives Matter et drapeau arc-en-ciel de Joe Biden n’a pas suffi à garantir une « vague bleue » pour les Démocrates. Plutôt que de proposer de vraies solutions aux préoccupations des classes populaires, Biden a préféré promettre à Wall Street que rien ne changerait et a essayé de faire de cette élection un référendum contre Trump. Au lieu de suivre la dynamique progressiste des mouvements sociaux de ces derniers mois, les Démocrates ont verrouillé toute tentative de « pousser le parti sur la gauche », même posée de manière minime par Bernie Sanders. Biden a confirmé une fois encore que son parti n’a qu’une chose à offrir : le néolibéralisme, montrant ainsi le vrai visage du parti démocrate.

Cette élection a ainsi été complètement pathétique. Elle a opposé deux gardiens de l’impérialisme américain qui ne remettent pas en cause le racisme institutionnel et dont la seule préoccupation est de prouver qui est le plus à même de maintenir l’ordre capitaliste. Les deux sont accusés d’agressions sexuelles et aucun des deux ne défendra jamais les classes populaires ou les opprimé.es.

Le pouvoir législatif sera par ailleurs divisé pour 2021, avec une Chambre des représentants du côté des Démocrates et un Sénat probablement républicain. On peut d’ores et déjà être sûr que les deux partis attaqueront ensemble les classes populaires sous couvert de compromis. Dans ce contexte, une organisation socialiste est plus que nécessaire pour opposer une alternative à ces deux partis garants du capital américain.

Biden vs Trump

Cette élection a connu le taux de participation le plus élevé du siècle dernier : environ 66 % des électeurs sont allés voter. Les votants se sont massivement exprimés pour Biden, mais aussi pour Trump. Les deux candidats ont tous deux élargi leur base électorale. De quoi remettre en cause la fameuse « vague démocrate ». Le précepte selon lequel « si les gens vont voter, les démocrates gagnent » a été contredit. L’avantage de Biden sur le vote populaire a été faible, de seulement quelques points devant Trump, bien loin des 10 points d’avance prédits par les sondages. Biden a été particulièrement plébiscité dans les zones urbaines, comme prévu, mais il a aussi gagné dans beaucoup de banlieues pavillonnaires, qui étaient des bastions des Républicains.

Bien que les États-Unis soient au milieu d’une troisième vague épidémique, la crise sanitaire a été classée relativement bas parmi les questions qui préoccupent les électeurs ; l’économie et les questions de racisme et de justice étant les principaux enjeux. Le fait que ce dernier point soit si bien classé semble indiquer que l’énorme mouvement Black Lives Matter pourrait avoir joué un rôle décisif dans la victoire de Biden. Mais cela montre également la récupération de ce mouvement de gauche par Biden, bien que ce dernier n’incarne ni plus ni moins qu’une tradition réactionnaire et raciste. Rappelons en effet qu’il avait soutenu la ségrégation et mené une campagne sur le thème de « la loi et l’ordre ».

Pour les questions économiques, Trump était le favori, ayant promis de ramener le pays à son niveau économique d’avant la pandémie. De l’autre côté, Biden a décidé d’éviter les questions économiques, en menant sa campagne contre les politiques de Trump. La campagne de Biden n’offrait pas de véritable alternative économique à un pays qui peine à maintenir sa position de première puissance économique mondiale.

Comme prévu, la base électorale des Démocrates était principalement composée des personnes racisées et des jeunes, particulièrement dans les grandes villes. Malgré un plus petit pourcentage qu’en 2016, les principaux électeurs de Trump restent les blancs des zones rurales. Le plus gros changement de ces élections a été une baisse de soutien des hommes blancs en général. En effet, en 2016, il y avait 31 points de différence entre Hillary Clinton et Donald Trump dans le vote des hommes blancs, contre 11 points de différence avec Biden. Parmi les blancs non diplômés, Trump a également perdu 11 points.

Dans de moindres proportions, le vote pour Trump a augmenté chez les femmes de toutes origines confondues, chez les latinos-américains et les noirs. En effet, les premiers résultats montrent que Trump a gagné plus de vote chez les personnes racisées qu’aucun autre républicain ces 60 dernières années.

Pourtant, la progression de Trump chez les hommes noirs et latinos-américains n’a pas de quoi surprendre. Ces derniers sont par exemple ceux qui ont été incarcérés par la loi sur la criminalité de 1994 dont Biden avait été l’auteur. Parmi les latinos-américains, une population hétérogène, issue de différents pays et de différentes histoires migratoires, la tendance à s’éloigner du vote démocrate ne s’est pas seulement produite dans des endroits comme le comté de Miami-Dade en Floride, où Biden a perdu 10 points par rapport au score de Clinton en 2016. Cela s’est également produit dans des comtés comme celui de Zapata au Texas, où Clinton avait battu Trump de 33 points en 2016, mais où Biden n’a gagné que de cinq petits points.

Bien qu’il y ait encore beaucoup à dire sur les raisons de cette progression, il est clair que Donald Trump s’est largement adressé aux électeurs noirs et latinos-américains dans sa campagne, alors que Joe Biden ne l’a pas fait, et cela s’est vu dans les urnes. Et il est clair que lorsque les deux candidats font campagne pour l’ordre public et ont des antécédents de racisme, notamment en termes d’incarcération et d’expulsion, il est difficile de conserver la loyauté des électeurs racisés. C’était certainement une erreur dans la stratégie de campagne ; Biden aurait pu s’adresser davantage à ce secteur. Mais cela montre aussi que les Démocrates, et en particulier Biden, ne peuvent pas éternellement dissimuler le fait qu’ils contribuent autant que les Républicains à maintenir le racisme d’État.

Quelle sera la suite ?

Même si Trump a tenté de se proclamer vainqueur, le Parti républicain et certains éditorialistes de droite ne l’ont pas suivi, prenant ses propos avec beaucoup de recul. Chris Christie (ancien gouverneur républicain du New Jersey), Rick Santorum (ancien sénateur républicain de Pennsylvanie) et même le podcasteur d’extrême droite Ben Shapiro se sont tous prononcés contre le discours de victoire de Trump, prononcé tard dans la nuit, et beaucoup d’autres politiciens ne suivent pas la ligne politique de « Trump a gagné ».

Néanmoins, il semblerait que le parti républicain engage des poursuites pour fraude aux élections. Trump a déjà saisi les tribunaux en Géorgie, Nevada, Michigan et Pennsylvanie et il demande que les votes soient recomptés au Wisconsin. Mais cela ne devrait pas changer le résultat.

Dans un contexte chaotique, la possibilité pour Trump de s’assurer un chemin vers la victoire a été largement limitée par les intérêts de la classe dominante américaine qui cherchait à maintenir une certaine stabilité. L’instabilité électorale n’est en effet pas bonne pour les affaires des financiers de Wall Street. Ils craignent une délégitimation de plus en plus forte du processus électoral et de la Cour Suprême, ce qu’aucun capitaliste ne souhaite, pas même les plus fervents soutiens de l’establishment républicain.

Les démocrates en difficulté au Congrès

Dans la course au Congrès (Parlement des États-Unis, composé du Sénat et de la Chambre des représentants), les Démocrates ont fait face à une série de déceptions. Pour remporter le Sénat, le Parti démocrate a besoin de cinq sièges. Même si tout se jouera en janvier prochain lors d’une élection partielle dans l’État de Géorgie, les Démocrates sont en mauvaise posture, les Républicains n’étant qu’à 3 sièges d’emporter la chambre haute du Congrès. A la Chambre des représentants (équivalent de l’Assemblée nationale en France), les Démocrates sont favoris mais pourraient perdre quelques sièges par rapport aux dernières élections de mi-mandat. Selon le journal Politico, un législateur a résumé le sentiment qui règne au sein du Parti démocrate par ces mots : "C’est une catastrophe."

Les Démocrates ont dépensé un quart de milliard de dollars pour la course au Sénat dans le Kentucky, la Caroline du Sud, le Texas et l’Alabama, et leurs candidats seront probablement battus de 10 points ou plus. La course la plus chère de l’histoire des États-Unis revient au sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsay Graham, qui a écrasé son adversaire. Dans un discours prononcé le soir de l’élection, il a déclaré : « À tous les sondeurs, vous n’avez aucune idée de ce que vous faites. Et à tous les libéraux (Démocrates) de Californie et de New York, vous gaspillez beaucoup d’argent ». Graham n’a pas tort. Dans le Maine, la sénatrice Susan Collins, une républicaine soi-disant modérée qui suit la ligne de Trump sur toutes les questions importantes était annoncée en grande difficulté pour sa réélection. Elle a pourtant facilement battu son adversaire, qui avait récolté 63,6 millions de dollars au total pour sa campagne, alors que Collins n’avait récolté “que“ 25,2 millions de dollars.
Pour les élections à la Chambre des représentants, les Démocrates n’ont pas réussi à remporter certains sièges clés et ont même perdu des sièges qui leur étaient normalement acquis, comme celui de Floride du Sud. Cependant, les Démocrates conserveront une majorité à la Chambre, et certaines figures progressistes ont remporté des sièges. Les 4 figures de la gauche du parti Démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib, surnommées « the Squad » (l’escouade), ont facilement remporté leur réélection. Cori Bush, une femme noire qui a émergé en tant que leader après les manifestations de Black Lives Matter à Ferguson, a également remporté un siège à St Louis. Pour la première fois, deux hommes noirs ouvertement homosexuels occuperont des sièges au Congrès.

Mais le trumpisme a également montré sa force dans ce scrutin législatif. Jodi Ernst dans l’Iowa et Kelly Loeffler en Géorgie, deux sénatrices sortantes qui ont lié leur campagne de réélection à celle de Trump sont en passe d’être réélues. A la Chambre des représentants, plusieurs républicains proches de Trump et qui représentent l’avenir de l’extrême-droite au sein du Parti républicain ont aussi remporté des sièges. Notamment Marjorie Taylor Greene en Géorgie, une éminente partisane des complotistes de QAnon, et Madison Cawthorn en Caroline du Nord, un jeune d’extrême droite de 25 ans qui n’hésite pas à faire des appels de phare à l’extrême-droite néo-nazie sur Instagram.

Ces séries de défaites pour les Démocrates peuvent faire croire à beaucoup que le pays est désespérément acquis à la droite. Cependant, à gauche, les Socialistes Démocrates d’Amérique (DSA) ont réalisé une excellente soirée électorale : 85 % des candidats soutenus par le parti ont été élus. Les candidats soutenus par la DSA ont également remporté des élections locales, comme dans l’État de New York, où un certain nombre d’entre eux occuperont un siège dans l’organe législatif de l’État. D’une part, cela montre que les candidats progressistes qui font campagne pour des politiques progressistes comme Medicare for All (sécurité sociale universelle) et le Green New Deal (plan de relance écologique), sont très populaires. D’autre part, on peut souligner que ces jeunes candidats ont un taux de victoire beaucoup plus élevé que le reste du Parti Démocrate. Cependant, cette aile progressiste devra faire face à la présidence de Biden et à un parti Démocrate qui ont fait tout leur possible pour marginaliser cette force de gauche au sein de sa base.

Les Démocrates : gardiens de l’ordre néolibéral

Certains Démocrates cherchent à rejeter la faute sur l’électorat de Trump en le décrivant comme étant réactionnaire et raciste. Pour une bonne partie c’est sûrement le cas. Si l’on regarde les chiffres, le nombre de personnes qui ont soutenu Trump a augmenté et ce malgré sa gestion catastrophique de la pandémie, les appels aux suprémacistes blancs et tous les aspects les plus réactionnaires de sa politique. Néanmoins, plus que de simplement blâmer l’électorat, il faut chercher à comprendre les raisons pour lesquelles Trump a fait un bon score.

En 2016, Trump s’était appuyé sur un secteur entier des masses, sur la base d’un rejet apparent de l’establishment. Il a séduit des travailleurs en colère en donnant des justifications racistes et xénophobes à leurs conditions économiques largement dégradées. En 2020, Trump a quelque peu changé de stratégie bien qu’il ait continué de se reposer sur les questions économiques. Il pointait également du doigt le fait que le chômage était faible avant la pandémie et affirmait que Biden forcerait un nouveau confinement, en laissant les travailleurs et les petits commerçants se débrouiller tous seuls.

Cependant, Trump a quand même envoyé un certain nombre de signaux avec sa campagne « pour la loi et l’ordre », ses discours sur ses ennemis les « socialistes » et les militants (blancs) « antifa ». Il a affirmé qu’ils représentaient une menace pour les petites entreprises et les communautés (blanches) de tout le pays. Pourtant, malgré son racisme flagrant, Trump a prétendu avoir été le meilleur président pour les noirs, et a dragué ouvertement l’électorat des communautés racisées. D’ailleurs, l’une de ses principales attaques (qu’il a répétée lors des deux débats) a été de rappeler le projet de loi sur la criminalité de Biden et le fait que l’administration Obama a battu des records en matière d’expulsions d’immigrés.

Cependant, ce sont les travailleurs de la Rust Belt (la région industrielle du Nord Est des Etats Unis) et le soutien des banlieues pavillonnaires des fameux « Etats pivots » qui ont fini par faire accéder Biden à la présidence. Mais ce n’est pas une victoire éclatante. Pour une élection considérée comme un référendum contre Trump, la course a été serrée. Cette élection exprime surtout une polarisation politique et un soutien assez important au trumpisme.

En même temps, les Démocrates n’ont pas donné aux travailleurs beaucoup de raisons en positif de voter pour Biden. Certains électeurs auraient pu être arrachés à Trump si Biden et les Démocrates avaient pris les devants pour proposer une véritable alternative à la politique de Trump. Cependant, Biden s’est présenté comme le candidat du néolibéralisme, cherchant spécifiquement à séduire le grand capital mais ne proposant jamais un projet économique cohérent aux électeurs et n’offrant aucune solution réelle aux problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs. Au lieu de cela, il a promis que rien ne changerait. En pleine pandémie mortelle, il voulait que les soins de santé restent tels quels. En pleine crise économique, il ne pouvait pas expliquer comment il allait aider les travailleurs. Au milieu d’une crise climatique qui s’aggravait, il a soutenu avec beaucoup de ferveur la fracturation hydraulique, une technique pour l’extraction des hydrocarbures absolument catastrophique pour l’environnement. En définitive, Biden était contre Donald Trump sur la forme, mais pas sur le fond. Tous deux sont des candidats qui dirigent en faveur des intérêts de la classe capitaliste. L’argument de vente de Biden était qu’il était le candidat de la stabilité capitaliste et du retour du projet néolibéral. On ne devrait donc pas être surpris que cela n’ait pas inspiré les électeurs qui ont été dévastés par le néolibéralisme dans la dernière période.

Les Démocrates auraient eu la possibilité de mener une campagne plus progressiste et plus dynamique, en traitant des problèmes réels de la classe ouvrière. Bien que toujours attachée in fine au maintien du capitalisme et de l’impérialisme, la campagne de Sanders a tenté de pousser les Démocrates vers la gauche. Obama, Nancy Pelosi et l’establishment du Parti Démocrate se sont non seulement coordonnés pour écraser Sanders lors des primaires, mais Biden a également entrepris d’écraser le Sanderisme au cours de ces élections. Il a rejeté les réformes progressistes telles que Medicare-For-All, l’annulation des prêts étudiants et le Green New Deal – toutes très populaires auprès de certains secteurs de l’électorat démocrate, dans l’espoir de séduire des Républicains modérés.

De plus, Biden a choisi de faire une campagne acharnée pour défendre la réforme Obamacare, qui n’est en réalité pas très populaire. Comme le souligne Jacobin – un magazine américain de gauche, un sondage d’analyse de Fox News a révélé que seulement 14 % des gens veulent laisser la loi telle quelle, alors que 40 % préféreraient l’améliorer. Le sondage a aussi montré que 71 % des gens sont en faveur d’une option publique, et The Hill rapporte que 69 % des gens soutiennent le projet Medicare for All.

Malgré tout, certains Démocrates concluent que le parti est allé trop loin à gauche. Cette conclusion est fausse. Encore et encore, ces questions, qu’il s’agisse de l’assurance maladie pour tous ou du salaire minimum à 15 dollars, sont plus populaires que Joe Biden. Il suffit de regarder les intentions de vote. Cependant, ce sont précisément sur ces questions que les Démocrates et les Républicains se sont unis, dans l’unique but de faire taire ces discussions. Ce sont précisément ces questions qui démontrent l’unité de ces partis en tant que gardiens du capitalisme. Toutes les tentatives de pousser le Parti démocrate, même un peu à gauche, ont échoué. Ce n’est pas à cause de la stratégie marketing du Parti démocrate, c’est à cause de leur caractère de classe.

Le trumpisme n’a pas été vaincu

Ce qui ressort clairement de ces élections, c’est que le trumpisme n’a pas été battu, malgré une pandémie qui a tué jusqu’à maintenant plus de 230 000 personnes aux États-Unis. Il n’a pas été battu, malgré une crise économique qui est la plus importante de mémoire récente ou malgré des scandales presque constants et une côte de popularité toujours basse. Il est consternant de constater que malgré le tollé général contre les enfants immigrés enfermés ou la répression contre le mouvement Black Lives Matter, Trump a obtenu un résultat aussi serré. Et malgré la collecte de fonds massive de Trump et des Républicains - avec des dons massifs de Wall Street, de la Silicon Valley et d’autres secteurs du grand capital, l’écart dans les Etats-pivots ont été très minces. En fait, Donald Trump a réussi à mobiliser de nouveaux électeurs et s’apprête à battre des records en termes de nombre de personnes qui ont voté pour lui. Le trumpisme est toujours bien vivant et continuera d’être une force majeure de la politique américaine dans les années à venir.

Le problème est qu’on ne viendra pas à bout de la rhétorique du populisme de droite avec l’establishment néolibéral - surtout quand c’est ce même establishment néolibéral qui a créé le populisme de droite en premier lieu. En d’autres termes, c’est la crise économique de 2008 qui a créé la principale base sociale du trumpisme. Elle a créé l’électeur démoralisé, blanc et rural, qui détestait l’establishment et soutenait l’ « homme fort » raciste que représentait Donald Trump. Et il s’est avéré que le retour à cet establishment n’était pas très attrayant pour la base de Trump ou pour d’autres personnes en dehors de son groupe démographique principal. En fait, une présidence Biden pourrait être un terrain fertile pour une montée du trumpisme en dehors de la Maison Blanche.

Toutefois, Trump ne reviendra pas à la Maison Blanche en janvier, ce qui signifie certainement une crise pour les Républicains qui n’ont jamais été entièrement convaincus du trumpisme. Mitch McConnell (sénateur républicain du Kentucky) a déclaré mercredi que les Républicains doivent faire mieux avec les électeurs diplômés et les femmes et qu’il faut aussi "reconquérir les banlieues pavillonnaires". Les changements démographiques leur compliquent de plus en plus la tâche pour gagner des États où ils dominaient habituellement, comme la Géorgie, le Texas, l’Arizona et la Caroline du Nord. Pour lutter contre ce phénomène, les républicains doivent intégrer de nouveaux secteurs au sein de leur parti ou bien poursuivre une stratégie de suppression massive de votes, comme le soutient Donald Trump. L’avenir du Parti républicain est en jeu, mais il est peu probable que ce résultat électoral signifie une "dé-trumpisation" immédiate du parti Républicain, malgré le fait qu’un certain nombre d’entre eux le souhaitent. Après tout, Trump a eu près de la moitié de l’électorat et a réussi à faire voter plus de personnes que tout autre républicain dans l’histoire.

De plus, le secteur néofasciste de la base de Trump - qui représente certes un petit secteur mais se fait entendre dans sa coalition électorale, continuera à jouer un rôle en politique, ainsi que dans la rue. Au cours de l’année dernière, ces militants d’extrême droite ont écrasé et abattu des manifestants de Black Lives Matter et ont tenté de forcer la réouverture de l’économie en organisant des manifestations lourdement armées, y compris dans des bâtiments du gouvernement. Galvanisée par ces résultats électoraux serrés et avec Trump comme champion à l’intérieur ou à l’extérieur de la Maison Blanche, ils ne vont pas sagement rentrer chez eux, et ils pourraient même ne pas accepter les résultats de l’élection. Ils continueront à organiser de petits rassemblements, à se présenter aux élections et à attaquer les mobilisations progressistes.

Le rôle des socialistes

Cette élection était censée être un référendum sur Trump. Si Biden a gagné, c’est moins parce que les gens sont d’accord avec son programme que parce que Donald Trump et cette base d’ultra-droite les terrifient. Cependant, cela signifie que Biden entre au gouvernement en position de faiblesse, puisque ses nombreux électeurs du Parti démocrate se sont rendus aux urnes pour voter contre Trump, et non pour lui. Et surtout, avec deux crises croissantes et une probable majorité républicaine au Sénat et une base de trumpistes qui se mobilisent à l’extérieur de la Maison-Blanche, l’impasse est presque certaine.

Dans ce scénario, il est quasiment certain que Biden va se déplacer encore plus vers la droite, comme il l’a déjà fait. Comme il l’a fait pendant la campagne, il va écarter les progressistes pour faire des concessions à la droite dans l’espoir de gagner les Républicains modérés, qui sont finalement plus proches du programme de Biden et de l’establishment démocrate. Cette tendance va s’accentuer car, si les Républicains conservent le contrôle du Sénat, pour faire passer quoi que ce soit au Congrès, il faudra soit s’allier avec Mitch McConnell, soit diviser les votes des républicains. Cela pourrait être un terrain fertile pour la croissance d’une droite encore plus radicalisée et sera certainement le point d’appui de nombreuses attaques contre la classe ouvrière.

Ces élections démontrent que l’on ne peut pas battre la droite aux élections. Le trumpisme est bien vivant, actif et dangereux. Le néolibéralisme ne va pas faire échouer leurs politiques et Biden va probablement lancer de nombreuses attaques contre la classe ouvrière et les opprimés. Cependant, comme l’écrivent nos camarades de Left Voice : « Nous pouvons vaincre la droite dans la rue et sur nos lieux de travail - nous sommes plus nombreux qu’eux »

Avec la victoire de Biden, il va falloir lutter à la fois contre les démocrates et les républicains, contre les miliciens d’extrême droite dans les rues, et contre les attaques de l’establishment à l’encontre des travailleurs. Il sera plus que nécessaire de dissiper toute illusion selon laquelle les démocrates peuvent être une force de bien ou de progrès pour les travailleurs ou qu’ils peuvent être un barrage contre la droite montante. Encore une fois, comme le disent nos camarades de Left Voice : « Nous devrons répondre aux attaques contre la classe ouvrière avec une force politique indépendante qui s’oppose aux deux partis du capital et qui offre une véritable alternative et une voie vers le socialisme. Plutôt que de continuer à travailler au sein des partis bourgeois, notre tâche immédiate en tant que socialistes est de construire nos propres organisations et de montrer à la classe ouvrière que les partis de Wall Street ne peuvent pas apporter notre libération. »
« Les États-Unis viennent de choisir leur prochain oppresseur, Joe Biden. Il est de notre devoir d’exiger que les syndicats et les mouvements sociaux relèvent la tête et combattent ce nouveau président impérialiste raciste avec autant de force – voire plus, que lorsqu’ils ont combattu Trump. »