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Débats

Université d’été Révolution Permanente Nord

Vidéo. Marx, Commune et stratégie. Discussion avec Stathis Kouvélakis

Retrouvez l’ensemble de la discussion organisée à l’Université d’été Révolution Permanente-Nord pour les 150 ans de la Commune de Paris en présence de Stathis Kouvélakis.

mercredi 14 juillet

La Commune de Paris, première révolution victorieuse du prolétariat parisien, dont on fête cette année les 150 ans, a irrigué les discussions de l’université d’été parisienne de Révolution Permanente. À cette occasion, plus d’une centaine de personnes ont participé à la discussion organisée en présence de Stathis Kouvélakis, philosophe, militant de la gauche radicale et spécialiste de Marx, qui vient de publier son dernier livre, Sur la Commune de Paris. Textes et controverses, aux Éditions sociales. Ce livre, qui se présente comme un recueil de textes (de Marx et d’Engels sur la Commune, des communards, mais aussi des principaux contemporains anarchistes de Marx) est introduit d’un long inédit de l’auteur, intitulé Événement et stratégie révolutionnaire, dans lequel il renouvelle les termes du débat sur l’héritage politique de la Commune de Paris.

« Il y avait un risque que Marx et Engels soient absents des publications du 150aire »

La discussion s’est ouverte sur le contexte de ce cent-cinquantenaire et en particulier sur les tentatives d’intégrer la Commune de Paris dans le récit national et l’histoire républicaine : « C’est une manière de présenter une histoire relativement consensuelle de l’événement, un effort pour gommer les traits les plus saillants de l’affrontement et en particulier son caractère de classe ». Contenu de classe qui était, comme le rappelle l’auteur, tout à fait perceptible par les contemporains de l’événement : « Il suffit de lire quelques discours donnés à l’Assemblée nationale qui siégeait à Versailles, pas simplement de la part de monarchistes ou de bonapartistes mais y compris de bourgeois républicains, pour voir qu’ils étaient tous de féroces adversaires de la Commune car parfaitement conscients du fait que la Commune de Paris était une menace pour l’ordre social. »

Revenant sur le caractère inédit et profondément subversif du pouvoir politique issu de cette révolution parisienne, et confrontant les élaborations de Marx et d’Engels aux travaux des principaux historiens de la Commune, Stathis Kouvélakis est revenu sur la dimension populaire du gouvernement mis en place à Paris : « Les historiens l’ont remarqué, il n’y a jamais eu dans l’histoire révolutionnaire autant d’ouvrier dans une assemblée décisionnaire révolutionnaire sur la Commune de Paris ». Il explique que cette participation ouvrière n’était pas simplement une participation au sommet, mais que « c’étaient véritablement les masses populaires ouvrières parisiennes qui ont animé ces mouvement communalistes », raison pour laquelle Marx insiste sur la Commune comme « gouvernement de la classe ouvrière ».

« Marx considère que l’un des principaux acquis de la Commune c’est la construction d’une forme politique qui stimule et encourage la participation et l’auto-gouvernement populaires. »

La discussion est revenue en particulier sur la Commune comme « forme politique », c’est-à-dire sur les principes et les expérimentations politiques qui se développent pendant ces soixante-douze jours, mais également sur les leçons que tirent Marx et Engels de l’événement en lien avec leurs réflexions antérieures en particulier sur l’Etat et le pouvoir politique. Stathis Kouvélakis explique que la Commune est l’occasion pour eux de préciser le type de rupture avec l’Etat bourgeois moderne qu’implique l’existence d’un pouvoir révolutionnaire : « Contrairement à ce qu’il envisageait dans le Manifeste, le pouvoir révolutionnaire ne doit pas seulement s’emparer de l’Etat. Il faut une rupture, pas simplement avec le régime politique mais une rupture plus profonde qui concerne l’infrastructure matérielle même de l’Etat. »

« Des divergences qui couvaient déjà vont éclater au grand jour dans la foulée de la Commune, jusqu’à conduire à la scission et à la fin de l’Association internationale des travailleurs. »

Finalement, la discussion a permis d’esquisser les réflexions stratégiques qui, dans la foulée de l’événement, ont traversé le mouvement socialiste à propos des leçons de l’expérience communarde et de sa défaite mais plus largement sur le nouveau cycle ouvert dès 1871 pour le mouvement ouvrier. C’est l’ensemble de ces discussions qui, cent-cinquante ans après, méritent d’être remobiliser pour nourrir les réflexions de toutes celles et ceux qui militent aujourd’hui encore pour une révolution socialiste au XXIe siècle.