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Peine de mort pour la pauvreté et l’homosexualité

Vidéos. Violence sociale au Brésil : deux crimes terribles qui en disent long

Ces derniers jours au Brésil, des images aberrantes de deux crimes emblématiques de la violence sociale dans le pays ont choqué la population. Il s’agit des dernières images de Dandara Dos Santos, trans battue à mort par cinq hommes à Fortaleza au nord-est du Brésil, et celles du jeune João Victor, 13 ans, également battu à mort par un vigile d’une chaîne de fast-food quand il demandait de l’argent aux clients d’un magasin à São Paulo. Des scènes qui révèlent la brutalité de la société capitaliste brésilienne, profondément raciste, homophobe et inégale.

lundi 6 mars 2017

Dandara, nouvelle victime dans le pays qui tue le plus de trans au monde

L’assassinat de Dandara Dos Santos a eu lieu le 15 février dernier. Elle a succombé aux coups de ses agresseurs. Mais le cas a gagné un grand écho vendredi quand des images ont été publiées sur les réseaux sociaux.

On y voit Dandara avec ses vêtements déchirés, tachés de sang, assise par terre. Des hommes l’insultent, la frappent et lui ordonnent de monter sur une brouette. Dandara, visiblement très affaiblie, essaye d’obéir mais elle est assommée et n’arrive même pas à se mettre debout. Les coups fusent : coups de pieds, coups avec des bâtons, coups avec des claquettes et même avec un énorme bout de bois.

Le tout est filmé par une personne qui lance des insultes et rigole face à cette scène sauvage. Il semble y avoir d’autres témoins et personnes qui l’insultent également. « Monte [sur la brouette] mec » ; « cette saleté a une culotte », sont certaines des insultes que ses assassins lui lancent.

Finalement, les agresseurs décident de la mettre eux-mêmes sur la brouette et de l’amener quelque part, probablement à l’endroit où elle a fini par être tuée. La personne qui filme au moment où les cinq individus partent avec la brouette et Dandara, lance en souriant : « ils vont tuer le pédé… ». Et la vidéo s’arrête là.

Vidéo :


L’émotion est grande dans le pays. Le gouvernement de l’État de Ceará a publié une note de condamnation. La police a dû lancer une enquête et dit avoir identifié les agresseurs, même si ceux-ci sont toujours en fuite.

Mais le cas de Dandara est loin d’être isolé. Le Brésil est le pays où l’on assassine le plus de personnes transgenres au monde. En 2015, des 295 cas d’assassinats de trans enregistrés dans le monde, 42% ont eu lieu au Brésil, soit 123 meurtres. Bien devant le Mexique, avec 52 assassinats, qui arrive en deuxième place de ce sinistre classement.

Et encore, on peut dire que l’assassinat de Dandara, qui a eu lieu il y a plus de 15 jours, a mobilisé la police et les pouvoirs publics parce que les images ont été publiées sur les réseaux sociaux. Car, sans aucun doute, son cas aurait pu, comme tant d’autres, être classé sans suite.

João Victor, une enfance de pauvreté condamnée à mort

L’autre affaire qui a pris de l’ampleur ces derniers jours est celle de la mort du jeune de 13 ans, João Victor, à São Paulo. João Victor faisait régulièrement la manche dans le magasin de la chaîne de fast-food Habib’s ou gagnait quelques pièces en échange de garder les voitures garées dans la rue. Dimanche 26 février dernier, pour des causes pour le moment inconnues, il a été agressé par des vigiles du magasin et en est mort.

Comme dans le cas de Dandara, c’est grâce aux images diffusées par une chaîne de télévision que l’affaire a pris de l’ampleur au niveau national. Alors que l’entreprise commençait par nier toute responsabilité en disant que le jeune serait mort d’un arrêt cardiaque lié à la consommation de drogues, les images montrent le jeune traverser la rue en courant, poursuivi par au moins deux adultes et, quelques secondes plus tard, on voit João Victor traîné par les bras, sans avoir la force de se lever, et jeté sur le trottoir où il décèdera quelques minutes après.

Vidéo :

L’indignation est grande. La famille et les voisins ont organisé une manifestation devant le magasin pour exiger justice et pour dénoncer ce crime abominable. João Victor était un enfant pauvre, Noir, qui habitait dans une favela du nord de São Paulo. Sa mère travaille comme femme de ménage pour une entreprise de bus. C’est le mépris de classe et le racisme qui ont tué João Victor, dans un pays habitué à assassiner les enfants pauvres, les enfants et les jeunes Noirs dans les quartiers périphériques et dans les favelas.

Comme dans le cas de Dandara également, on se demande ce qu’il en serait aujourd’hui du cas de João Victor s’il n’y avait pas eu ces images. Dans ce cas aussi, la police brésilienne a démontré son racisme et mépris de classe habituels en n’ouvrant une enquête que trois jours après les faits et surtout en refusant d’accepter le témoignage d’une SDF qui a assisté à la scène.

Peine de mort pour la pauvreté et l’homosexualité

Ces meurtres ne sont nullement le résultat d’actes d’individus isolés mais celui de tout un système qui banalise la violence et les crimes contre les opprimés et exploités. Sinon, comment expliquer que les agresseurs de Dandara se permettent à ce point de filmer et de rigoler d’une scène aberrante ? Comment expliquer que des adultes se permettent de battre et traîner comme une chose un enfant de 13 ans ?

En effet, les assassinats brutaux de Dandara et de João Victor révèlent le caractère profondément réactionnaire de la société capitaliste brésilienne. Derrière une image vendue notamment à l’étranger de « fête et bonheur », de « samba et football », se cache une société profondément inégale, raciste, machiste, LGBTphobe, où des milliers de personnes sont condamnées à mort chaque année pour le simple fait d’être pauvres, homosexuelles ou Noires.




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