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Politique

Nouveau drame

Villiers-le-Bel. Mort d’Ibrahima : « un camion des forces de l’ordre a démarré et lui a bloqué la route »

Dimanche soir, à Villiers-le-Bel, Ibrahima est mort à moto lors d’un contrôle de police. Selon différents témoignages, il passait en motocross à côté d'une intervention en cours. « Quand ils ont entendu le bruit de la moto qui s'engageait dans la rue, un camion des forces de l'ordre a démarré et lui a bloqué la route. Pour l'éviter, la moto a voulu monter sur le trottoir. Mais elle a guidonné. La moto a volé sur la route, et lui, dans le poteau », explique deux témoins présents sur les lieux au journal Le parisien.

lundi 7 octobre

Si du point de vue des grands médias, les deux versions sont mises en question, la grande majorité des titres accrédite l’hypothèse d’un accident relayant ainsi la version policière. C’est ce qui sous-tend l’usage par Le Parisien de l’expression « accident mortel ». La police affirme ainsi que le jeune homme aurait refusé d’obtempérer aux ordres de ralentir et serait « monté sur le trottoir, réaccélérant avant de freiner brutalement et de perdre le contrôle de sa machine. » Le communiqué de police continue, « dans sa chute, il a violemment percuté un poteau métallique ». Il conclut en affirmant que le jeune homme avait surement quelque chose à cacher car « à ce stade, il s’avère que la motocross était signalée volée ». 

 À en croire ce communiqué, avoir supposément volé une motocross suffit à dédouaner totalement la police et à faire peser la responsabilité de la mort d’Ibrahima sur la victime elle-même. De la sorte, pour la police il s’agirait simplement d’un « accident ». 

Plus encore, la version policière du drame se garde bien de mentionner un fait d’importance, rapporté par plusieurs témoins. En effet, alors que selon ces derniers « la police a tout de suite déplacé la moto de la route au trottoir pendant que leurs collègues faisaient un massage cardiaque sur le motard » le communiqué ne fait aucune allusion à un tel déroulé des faits, alors même que celui-ci parait central pour déterminer l’implication des forces de l’ordre dans la mort de ce jeune. 

Le drame rappelle le décès de Laramy et Mouhsin en 2007, morts dans les mêmes circonstances. En effet, ces deux jeunes adolescents, 15 et 16 ans, avaient été percutés par une voiture de police en 2007. Il s’avère que les faits de la police avaient été démentis par la famille, qui ont dû se battre pour obtenir vérité et justice. Suite à cet événement tragique, la ville avait connu deux jours de mobilisations intense, où les habitants s’indignaient ensemble contre l’impunité de la police. Ce drame avait impulsé la création d’un collectif « Respect Vérité Justice (RVJ) » qui réunit une cinquantaine de personnes à Marseille, Rouen, Nantes et Rennes.

Trois mois à peine après la mort de Steve lors de la fête de la musique, un énième jeune perd la vie en présence de la police. L’impunité des forces de l’ordre en juin dernier, appuyée par les déclarations honteuses de l’IGPN et de Christophe Castaner, résonne douloureusement aujourd’hui alors qu’Ibrahima vient de mourir juste à coté d’un camion policier. 




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