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Culture et Sport

Coupe du monde 2022

Vinci fait de l’esclavage au Qatar pour construire ses stades

Ce n'est pas la première fois que Vinci est sur le banc des accusé. Déjà en2014 la société a été poursuivie entre autre pour "travail forcé", "traite d’êtres humains" et "mise en danger de la vie d'autrui", plainte finalement classée sans suite faute de victime identifiée. Cette fois ci, l’ONG a l’origine des plaintes précédentes s’est procurée des témoignages à charge, dans lesquelles six ex-employés de Vinci.

vendredi 23 novembre 2018

Crédit photo : DR

L’ONG Sherpa, le Comité contre l’esclavage moderne et six ex-employés indiens et népalais de Vinci au Qatar ont porté plainte à Paris contre Vinci et sa filiale, pour « travail forcé, réduction en servitude, traite des êtres humains, travail incompatible avec la dignité humaine, mise en danger délibérée, blessures involontaires et recel ».

Un système bien rodé

Une société de recrutement de Bombay promettait 8 heures de travail par jour aux salariés pour aller construire les infrastructures pour la prochaine coupe du monde football au Qatar. Arrivés sur place la réalité était tout autre.
On peut lire dans le Parisien que la journée de travail est de 11 heures et ce, sept jours sur sept, sous des chaleurs caniculaires, le tout payé entre 50 centimes et 2 euros de l’heure. Le salaire minimum des ouvriers -majoritairement des indiens et des népalais, "correspond à moins de 2% du salaire moyen qatari" explique l’ONG Sherpa, qui avec le Comité contre l’esclavage moderne (CCEM) et six anciens ouvriers ont porté plainte.

Dans les colonnes du Parisien, on apprend par exemple que certains employés sont tout simplement morts à la tache, subitement frappés de crises cardiaques sous des chaleurs de plus de cinquante degrés :"Au Qatar, travailler dehors pendant la saison chaude est un réel risque. A cause de la chaleur et de l’humidité, j’ai vu des personnes vomir, et tomber comme ça sur le sol" ; "J’ai vu deux Népalais tomber en 2014 et un Indien en 2016. Ils sont tombés car ils travaillaient en plein soleil et qu’ils n’avaient pas bu suffisamment d’eau", lit-on dans les témoignages. Des morts qui sont comptées comme « naturelles » dans les livres de comptes de Vinci.

Une fois la journée de travail finie, les conditions d’hébergement ne sont guerre meilleures : chambres en surcapacité constante, salariés entassés à plus de six dans des pièces trop petites et trop peu de salles de bains pour accueillir tout le monde : "Lorsque nous avions fini notre journée de travail, c’était la galère pour prendre une douche. Il fallait faire la queue, longtemps", décrit un agent de sécurité du site. En ce qui concerne l’alimentation, c’est encore une fois sous le soleil que les salariés feront la queue parfois plusieurs heures pour se nourrir de repas qui contiennent, selon un autre témoignage, des « fruits pourris ». Nombreux salariés ont depuis développé des maladies intestinales, conséquence de la mauvaise qualité de la nourriture qui leur avait été servie. D’autres encore ont développé des maladies cardiaques à cause des émanations de pétrole et de gaz.

Pire encore, les services de sécurité privent les salariés de leurs passeports dès leur arrivée sur le site, rendant tout départ impossible. Impossible également pour les sous-traitants, 60% des travailleurs, de constituer des syndicats -ou même tout simplement de protester, car les salariés sont menacés de renvoi immédiat dans leur pays d’origine. Si Vinci a annoncé au début de l’année que les salariés disposaient désormais d’un « coffret sécurisé dans lequel ils peuvent stocker leur passeport et en disposer quand ils le désirent. », cette mesure ne concerne pas les sous-traitants.

Que vaut la vie d’un ouvrier face des millions de dollars ?

Vinci n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai : l’entreprise profite depuis plusieurs années de la législation plus que précaire en matière de droit du travail au Qatar. Ce contrat en particulier est des plus juteux car il rapportera à la multinationale française plus de 1,5 milliard d’euros. La FIFA n’a fait aucun commentaire au sujet de cette affaire : et pour cause, elle est autant responsable que Vinci et le régime qatari.

En effet, des enquêtes ont été ouvertes pour corruption sur l’attribution de la coupe du monde 2022. Certains membres de la FIFA auraient touché 1 million de dollar pour voter en faveur du Qatar alors même qu’aucune installation ne pouvant accueillir une telle compétition n’existait dans le pays. Tout devait être construit en un temps record. Ainsi, on comprend mieux leur silence. Face à ces gros chèques, la vie de centaines d’indiens et de Népalais ne pèsent pas lourd dans la balance. Le Qatar a voulu cette Coupe du Monde pour récupérer les retombées économiques qu’une telle compétition rapporte. Cette coupe du monde est dès à présent recouverte du sang des ouvriers morts pour construire des stades...




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