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Politique

Brutalités et impunité policières

Viol de Théo : peut-on faire confiance à la justice ?

Ni oubli, ni pardon. Justice n'a pas été faite pour Malik Oussekine, ni pour Zyed et Bouna, ni pour Rémi Fraisse. Sera-t-elle faite pour Théo ? Boris Lefebvre

mercredi 8 février 2017

Alors que le hasthtag #JusticePourTheo se diffuse sur les réseaux sociaux et expose l’horreur de la violence policière systématiquement impunie, les politiques, de Hollande à Le Foll en passant par Cazeneuve, y vont de leur traditionnel, « faisons confiance à la justice ». Justice soi-disant impartiale et efficace, mais qu’il faut pourtant à chaque fois réclamer à coup d’émeutes et de mobilisations. D’habitude en effet, les affaires de violences policières sont classées sans suite et la justice ne sert qu’à temporiser les colères pour les humilier ensuite par des acquittements ou des non-lieux, quand les forces s’épuisent.

Plusieurs jours d’émeutes ont suivi les violences infligées à Théo par quatre agents de police lors d’une interpellation. Les images et le témoignage de Théo mettent une fois de plus en évidence la violence et le racisme structurels de la police. Plusieurs interpellations ont eu lieu, notamment de mineurs, et plusieurs déferrements devant le parquet de Bobigny ont déjà été réalisés. Il s’agit là comme à l’ordinaire d’une réponse expéditive de la police et de la justice pour contenir et réprimer la colère légitime de la Cité des 3000 à Aulnay, quadrillée depuis des jours. En parallèle, le gouvernement en appelle à la confiance dans la justice pour régler cette affaire et réparer les torts. Un appel qui sonne bien faux alors qu’on apprend que trois des policiers qui ont violé Théo vont être jugés au titre de violences en réunion et non pour viol.

Malgré cette réécriture honteuse des faits, il faudrait espérer que « la justice [fasse] son travail » pour reprendre les mots de Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement ? Il faudrait également comprendre et admettre que « la justice (…) est garante des libertés », comme l’a rappelé François Hollande, au chevet de Théo ? Malgré ces incantations, on est en droit de se demander si une fois de plus le dossier ne va pas être enterré. Entre Le Foll qui affirme qu’« à chaque fois qu’il y a eu des violences policières, une enquête a été ouverte et la justice saisie » et Cazeneuve qui soutient que « lorsqu’il y a des manquements graves à la déontologie » prévaut alors « la plus grande fermeté à l’égard de ceux qui sont à l’origine de ces manquements  », l’hypocrisie aura rarement atteint de tels sommets.

En 1986, Malik Oussekine est tué dans le cadre du mouvement étudiant contre la loi Devaquet. Tabassé sans motif dans la nuit du 5 au 6 décembre par des voltigeurs, victime de la violence raciste, il succombe à ses blessures. Les responsables seront acquittés trois ans plus tard et s’en tireront avec du sursis pour ces « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Jacques Chirac, alors maire de Paris, s’en sort sans un aucun dommage ainsi que Charles Pasqua, son ministre de l’Intérieur, pourtant artisan de la répression du mouvement étudiant.

Pour les membres de la BAC responsables de la mort de Zyed et Bouna, c’est la relaxe également qui a été prononcé en 2015, dix ans après les émeutes qui avaient soulevé les banlieues. Cette affaire consacre un procédé récurrent adopté par la justice : jugements rapides et expéditifs des pauvres, comme ce fut la cas pour les jeunes de banlieues qui se sont révoltés en 2005 comme pour ceux d’Aulnay aujourd’hui, jugements sans cesse reportés pour ceux qui sont du côté du pouvoir. Il suffit de penser aux multiples rebondissements de l’affaire Bygmalion pour Sarkozy qui n’est toujours pas dans le box des accusés ou à la dernière condamnation de Dassault.

Autre affaire qui a fait date et qui indique ce dont la justice est capable, celle de Rémi Fraisse, assassiné le 25 octobre 2014 sur la ZAD de Sivens. Aucune condamnation pour la police de Valls n’a été prononcée alors que la répression s’acharne contre les défenseurs de l’espace naturel du Tarn ; dernière infamie en date, Jacques Toubon, défenseur « des droits » a dédouané le gendarme à l’origine du tir mortel de grenade.

Au travers de ces exemples, c’est l’impunité policière qui saute aux yeux et la partialité de cette justice de classe toujours prompte à condamner les plus faibles et à défendre les plus forts en les exonérant de leur responsabilité. Cette justice est à deux vitesses et au service de la répression étatique et du racisme institutionnalisé.

Non, nous n’avons pas confiance dans la justice de l’État, cette justice vendue à ses intérêts de classe. La véritable justice, on ne pourra que l’imposer par un rapport de force, à travers un grand mouvement regroupant l’ensemble des acteurs du mouvement ouvrier, les syndicats, les collectifs de lutte contre la répression policière et tous ceux qui s’opposent au déchaînement de la violence de la police. Dans ce cadre, il faudrait immédiatement mettre en place une commission d’enquête indépendante de l’institution à l’initiative des mouvements des quartiers, des syndicats et des organisations de jeunesse pour faire éclater la vérité sur le viol atroce dont a été victime Théo. Plus généralement, c’est seulement en défendant sans relâche nos droits démocratiques les plus systématiquement malmenés, en ne laissant pas impunis les contrôles au faciès et la violence policière permanente dont sont victimes les jeunes des quartiers, en exigeant le désarmement de la police et la dissolution des corps spéciaux de répression que de nouvelles « affaires Théo » pourront être évitées.

crédits photo : François Guillot/AFP




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