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Du Pain et des Roses

JUSTICE PATRIARCALE

Viol par 20 pompiers de Julie, 13 ans : la Cour d’appel requalifie les faits en "atteintes sexuelles"

Ce jeudi 12 novembre, la Cour d’appel a rejeté la demande de requalification en viol des violences sexuelles subies par Julie par 20 pompiers à l’âge de 13 ans. Une décision qui nous rappelle, une fois de plus, que la justice est patriarcale et que le combat contre les violences faites aux femmes ne pourra se faire qu’en toute indépendance de l’État et de ses institutions.

samedi 14 novembre

Crédits photo : Léa Michaëlis @michaelistudio

Comme le relate le compte instagram “Osez le féminisme”, Julie avait 13 ans et était en classe de 4e quand elle a été violée pour la première fois par des pompiers censés prendre soin d’elle à la suite de malaises et qui se sont alors communiqué son numéro. Ces violences sexuelles n’ont fait qu’augmenter ses angoisses et ses crises et donc l’intervention répétée des pompiers. Ces viols, parfois collectifs quand elle était hospitalisée dans un service pédopsychiatrique, vont durer deux ans, de ses 13 à 15 ans.

En 2010, Julie en parle à sa mère qui l’accompagne porter plainte. Les policiers remettent alors en cause son témoignage, lui disant : “Tu as crié ? Tu as hurlé ? Tu leur as dit non en hurlant ? Eh bien tu vois t’as pas été violée”. L’instruction a duré 10 ans, et 3 pompiers sur 20 ont été mis en examen pour viols sur mineure en réunion, malgré le fait que les 17 autres reconnaissent “des rapports” avec Julie, la justice considérant que Julie n’avait pas prouvé qu’ils étaient au courant de son âge. Pourtant, ils intervenaient dans son collège et avaient son dossier médical, comme le rappelle “Osez le féminisme”.

Après 9 ans de mise en examen pour “viols en réunion sur mineure”, le juge d’instruction a finalement décidé de déqualifier le viol en “atteinte sexuelle en réunion”. Avec cette qualification, la justice considère donc que Julie était consentante, quand bien même elle avait 13 ans et subissait un lourd traitement.

Un des pompiers a admis que ramener des filles à la caserne et “en faire profiter les copains” était “une chose courante chez les pompiers”, montrant à quel point dans notre société, considérer les femmes et les filles comme un objet sexuel est normal. La décision de la Cour d’appel montre ainsi le caractère patriarcal de la Justice, qui, en déqualifiant le viol en “atteinte sexuelle”, encourage cette banalisation et cherche à étouffer la parole des victimes de viol.

Cette affaire n’est en effet pas un fait isolé. On se rappelle de la nomination de Polanski aux Césars, ce même Polanski accusé de viol et d’agressions sexuelles par plusieurs femmes, ou encore de la nomination de Darmanin, accusé de viol, au ministère de l’Intérieur. Le système judiciaire, tout comme les institutions en général, a toujours cherché à museler les victimes de violences sexistes et sexuelles et à mater les contestations. En témoignent le chiffre avancé par le Checknews de Libération de 1,3 viol condamné pour 100 femmes victimes ou encore la répression du rassemblement féministe lors de la cérémonie des Césars.

En ce sens, il semble indispensable de s’organiser en toute indépendance de l’État et des ses institutions, et notamment en vue du 25 novembre, journée internationale contre les violences faites aux femmes. Comme le dit la tribune que nous avons publiée ce jeudi et dont notre collectif Du Pain et Des Roses est signataire, à l’occasion de la journée internationale du 25 novembre, il est nécessaire de lutter tout.e.s ensemble, d’unir nos voix pour nous faire entendre et de réaffirmer notre solidarité avec toutes celles et ceux qui luttent, par-delà les frontières, contre le sexisme institutionnel. “Féministes luttant au sein de différents mouvements et collectifs, mobilisons-nous ensemble pour cette journée internationale : soyons visibles, faisons bloc, crions notre colère et notre volonté de vivre libres, dans la dignité et dans la paix !”




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