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Du Pain et des Roses

Justice Patriarcale

Violée pendant 20 ans, Valérie Bacot est condamnée à 4 ans de prison par la justice. Exigeons la relaxe totale !

Après cinq jours de procès, Valérie Bacot a été condamnée à 4 ans de prison pour avoir tué son agresseur, violeur et proxénète. Un autre exemple honteux de la façon dont la justice patriarcale condamne les victimes du système qui n’a pas su protéger.

vendredi 25 juin

Crédit photo : JEFF PACHOUD / AFP

Il y a un peu plus de cinq ans, Valérie Bacot a tué son ex-beau-père, qui était aussi son mari, et surtout son agresseur, son batteur, son proxénète et son violeur. Elle a tué la personne qui la terrorisait au quotidien, qui l’étranglait, qui la menaçait avec des armes, qui la violait depuis qu’elle avait 12 ans et la forçait à se prostituer. Elle l’a tué pour se défendre, mais aussi pour défendre ses enfants.

En effet, le matin du 13 mars 2016, l’une des filles de Valérie, âgée de 14 ans, dit à sa mère que son père lui pose des questions sur sa sexualité, ce qui lui fait craindre que son mari et proxénète Daniel Polette veuille lui aussi prostituer leur fille. Avec cette terreur au ventre, cette même nuit, après avoir été une énième fois obligée de se prostituer dans le camion familial où son proxénète la surveillait, Valérie le tue et l’enterre avec l’aide de ses enfants et son beau-fils. Un an plus tard, la mère de ce dernier dénonce ce qui s’est passé, et Valérie ne tarde pas à avouer.

La justice patriarcale prolonge et approfondit le calvaire de Valérie

Arrêtée en octobre 2017, elle a fait un an de détention avant d’être mise en liberté sous contrôle judiciaire en attendant son procès, qui a commencé ce lundi 21 juin et s’est terminé ce vendredi 25 juin soir.

En début de journée ce vendredi 25 juin, le ministère public a sollicité une peine de cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, ce qui signifie que Valérie sortirait en liberté du tribunal, étant donné qu’elle a déjà effectué un an de détention entre 2017 et 2018. En entendant cela, Valérie, qui risquait de la perpétuité, a fait un malaise, fondant en larmes et perdant connaissance, raison pour laquelle l’audience a dû être suspendue pendant quelques heures.

Bien que l’accusation prétende qu’il s’agit d’un acte de « clémence », la vérité est que la peine requise est encore trop lourde pour une victime de la violence patriarcale constante que l’État n’a pas pu et voulu protéger, malgré de nombreux signaux d’alarme. C’est pourquoi la défense a plaidé l’irresponsabilité pénale, et donc l’acquittement.

Vers 20 h 30 du vendredi 25 juin, le verdict condamnant Valérie à 4 ans de prison, dont 3 ans avec sursis, a été prononcé. Si c’est un grand soulagement de savoir qu’elle ne retournera pas en prison, il est scandaleux que la justice la condamne pour avoir fait la seule chose qui était à sa portée, alors qu’elle n’a jamais été écoutée et que la justice et l’État lui-même ont détourné le regard.

Valérie n’a jamais été écoutée

Le simple fait de penser à la vie de Valérie donne des frissons. Dès l’âge de 12 ans, elle a été violée par Daniel Polette, qui était à l’époque l’amant de sa mère. La tante de la victime a alors dénoncé l’agresseur, qui a été condamné à deux ans de prison. Mais lorsqu’il a recouvré sa liberté, il est retourné dans la maison familiale et, avec cela, les abus et les viols ont repris sur Valérie, qui tombe enceinte à 17 ans et est mise à la porte par sa mère. C’est alors que son beau-père et violeur profite de sa situation et la convainc d’emménager avec lui. À partir de ce moment, le calvaire devient de plus en plus difficile : violences physiques et menaces contre elle et les 4 enfants qu’ils ont eus ensemble, viols et prostitution forcée.

Valérie et ses enfants ont tenté d’alerter la gendarmerie sur la situation de la famille et les violences subies, sans succès. Si l’on tient également compte du fait qu’après l’incarcération de Polette pour agression sexuelle sur mineure, il n’y a jamais eu de suivi de la part des services sociaux ou de la justice, même lorsqu’il est retourné au domicile familial où se trouvait la mineure en question, la condamnation de Valérie est plus que honteuse. Elle a fait la seule chose qui était à sa portée, étant donné que le système judiciaire lui a tourné le dos dès le début, avec quelle audace ce même système judiciaire la condamne-t-il maintenant ?

Cela nous montre ni plus ni moins que le système judiciaire et l’État sont totalement incapables de protéger les femmes victimes de violences sexuelles et sexistes. Et non seulement cela, mais il est prêt à nous condamner si nous nous défendons. Face à cela, nous n’avons pas d’autre choix que de nous organiser en totale indépendance de l’État et de toutes ses institutions afin de mettre fin à l’exploitation et à l’oppression auxquelles ce système nous condamne, pour que nous puissions tous et toutes enfin vivre une vie qui mérite d’être vécue.

Nous exigeons la relaxe totale de Valérie Bacot, victime du sexisme structurel et de l’inaction de la justice !