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Du Pain et des Roses

Violences patriarcales

Violences conjugales : Quatennens se met en retrait, Mélenchon salue « son courage »

Ce dimanche, le député LFI Adrien Quatennens, mis en cause la semaine dernière pour des violences conjugales, a reconnu une partie des faits et annoncé se mettre en retrait de son poste de coordinateur du mouvement. Jean-Luc Mélenchon lui a immédiatement témoigné son soutien dans un tweet scandaleux.

lundi 19 septembre

Crédits photo : AFP

Violences conjugales : Adrien Quatennens reconnaît des faits et se met en retrait de sa fonction de coordinateur

Depuis la semaine dernière, Adrien Quatennens est mis en cause pour des faits de violences conjugales sur son épouse Céline, qui a déposé début septembre une main courante concernant le député dans le cadre de leur divorce comme l’a révélé le Canard Enchaîné. Ce dimanche, le député et coordinateur de la France Insoumise, s’est finalement exprimé dans un communiqué, annonçant son retrait de sa fonction de coordinateur de LFI.

Adrien Quatennens y reconnaît des violences conjugales et du harcèlement, expliquant avoir récemment « saisi le poignet » de son épouse, lui avoir « pris son téléphone portable » et lui avoir « envoyé de trop nombreux messages ». Des violences auxquelles il ajoute le fait de lui avoir « donné une gifle » il y a un an, pour laquelle il se « serait beaucoup excusé. »

Un communiqué qui donne à voir des faits extrêmement graves, témoignant de violences conjugales avérées, mais que le député entend présenter comme exceptionnels ou lié à la rupture. Ainsi, les faits les plus récents sont liés à un « moment particulier et rare de tension » et à une rupture « dont [il] souffre », ce qui permet au député de conclure : « je ne suis pas un homme violent ».

Un discours qui ne fait aucune mention d’une remise en cause profonde ni d’une quelconque prise en charge de la question par son organisation politique. Proposant comme seule perspective le retrait d’une de ses fonctions et le fait de se tenir « à la disposition » de la justice si elle le juge nécessaire, celui-ci tend en définitive à minimiser les violences évoquées et à enterrer la possibilité de s’y confronter sérieusement.

« Divorce conflictuel » : la scandaleuse réaction de Mélenchon

Alors que le communiqué a fait l’effet d’une bombe, nombre de réactions soulignant son caractère très minimal, la réaction de Jean-Luc Mélenchon, publiée moins d’une heure plus tard, a largement choqué. Sur Twitter, le dirigeant de la France Insoumise a en effet expliqué : « la malveillance policière, le voyeurisme médiatique, les réseaux sociaux se sont invités dans le divorce conflictuel d’Adrien et Céline Quatennens. Adrien décide de tout prendre sur lui. Je salue sa dignité et son courage. Je lui dis ma confiance et mon affection. »

Un tweet qui tend non seulement à euphémiser les faits assumés par le député, en évoquant un « divorce conflictuel », mais qui choisit également de mettre en avant la « dignité et [le] courage » du député auteur de violences conjugales, sans mentionner la victime et la gravité des faits. Quelques heures plus tard dans une note de blog sur la situation économique, le leader Insoumis persistait et signait en ironisant sur « les grands sujets du moment comme l’enterrement de la reine d’Angleterre (…) ou le divorce de camarades ».

Cette réaction, qui témoigne d’un soutien sans faille de Mélenchon a l’un de ses proches, a provoqué légitimement un tollé sur les réseaux sociaux, où les réactions indignées se sont multipliées toute la journée, pointant l’irrespect pour la victime, la minimisation des faits mais aussi le deux poids deux mesures. Du côté des militant·e·s Insoumis, les réactions se sont partagées entre la dénonciation de cette position et le soutien total au tweet de Jean-Luc Mélenchon et à Adrien Quatennens.

Encore une fois, la France Insoumise et les violences patriarcales

Alors qu’aucune procédure interne à LFI ne semble avoir été ouverte malgré ces révélations, cette nouvelle affaire et la réaction de Jean-Luc Mélenchon viennent à nouveau mettre en lumière la problématique de la gestion des violences sexistes et sexuelles au sein de LFI.

Si de nombreuses militantes soulignent le problème posé par la réponse de Jean-Luc Mélenchon, contradictoire avec les positions portées par son organisation, celle-ci n’est pas un fait isolé. Les affaires Eric Coquerel et Taha Bouhafs avaient ainsi déjà démontré des problèmes graves dans la gestion de cette question fondamentale.

Cette fois, l’affaire est d’autant plus marquante qu’elle concerne un des principaux dirigeants de LFI autour de faits de violences conjugales. Or, cette fois encore, la gestion des violences sexistes et sexuelle illustre une logique de clique, où le principal dirigeant de LFI peut décider de soutenir ses proches pour clôturer la polémique en enjambant (et donc en décourageant) toute discussion ou procédure interne. Une gestion en contradiction totale avec les mesures élémentaires permettant la libération de la parole des femmes sur les violences et le soutien aux victimes, qui interdit par ailleurs toute réflexion de fond sur la façon de combattre les violences dans une organisation.



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