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Violences policières

Violences, extorsion de fonds, … Des dizaines de policiers de la CSI du 93 au cœur d’un scandale

Les révélations d’un scandale policier et judiciaire au cœur d’une unité du 93 met au jour les ressorts des pratiques policières et en creux de l’impunité policière. Loin de « dérives individuelles », elles contribuent à mettre en évidence le rôle structurel de la police, que la mobilisation massive contre les violences policières et le racisme d’Etat a posé de façon brûlante.

mercredi 1er juillet

Des policiers de la CSI de Seine-Saint-Denis lors d’un contrôle à Saint-Ouen le 2 avril 2020
Crédits photo : Ludovic Marin /AFP

La (timide) nouvelle reconnaissance des violences policières par le gouvernement, arrachée par le rapport de force né de la mobilisation massive contre les violences policières à échelle internationale mais aussi en France autour du Comité Adama, a immédiatement entraîné une vague de protestation réactionnaire de la part de la police et de ses soutiens. La relative concession au mouvement en effet, n’entame en rien la défense de la police par le gouvernement, comme l’a martelé Macron dans son allocution : « Sans ordre républicain, il n’y a ni sécurité ni liberté. Cet ordre ce sont les policiers et les gendarmes qui l’assurent. C’est pourquoi ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la nation ». D’où l’insistance aussi de Christophe Castaner, et de l’ensemble du gouvernement, de poser les termes du débat en France autour de la rhétorique usée des « dérives individuelles » et des « brebis galeuses », bien loin du tournant pris aux Etats-Unis.

Pourtant, après une mobilisation rythmée par les marches organisées par les familles de victimes des violences policières, c’est une nouvelle affaire qui secoue aujourd’hui le débat sur ce sujet. La CSI (compagnie de sécurisation et d’intervention) de Seine-Saint-Denis est visée par pas moins de dix-sept enquêtes pour infractions lourdes. Six policiers ont été placés en garde à vue par l’IGPN et une information judiciaire a été ouverte à leur encontre ; au-delà, l’ensemble de la compagnie est touché comme le révèle Le Parisien, l’une des affaires remonte au 30 mai 2019, à une interpellation durant laquelle les policiers avaient placé eux-mêmes un sachet de stupéfiants afin de faire accuser un homme de deal ; une autre le 9 août 2019 pour un nouveau cas de violences policières, un jeune homme s’était en effet vu violenté par les forces de l’ordre à coups de pistolet à impulsion électrique notamment.

Son avocat, Yassine Bouzrou insiste pour France Info sur la responsabilité du système judiciaire et policier, qui a largement couvert ces agissements à répétition jusque-là et qui est un des fondements de l’impunité policière. « Les seuls responsables sont les autorités judiciaires, le procureur de la République de Bobigny qui protège ces policiers [et] décide de requalifier les faits à la baisse, de minorer des faits extrêmement graves et surtout de refuser de désigner des juges d’instruction indépendants », affirme-t-il.

Alors que le sujet est particulièrement sensible au vu de la mobilisation en cours, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a annoncé une « dissolution partielle » de cette unité de police, et des mutations disciplinaires pour les sections concernées. Pour, alors que Lallement couvre les manifestations de policiers, ses mesures et la saisie de la justice – dont on connaît le rôle dans la couverture des violences policières, comme en atteste le cas récent d’une amende de 1350€ pour la défiguration d’une manifestante au LBD risquent d’aller encore dans le sens de l’impunité policière.

Cette affaire révèle au grand jour les pratiques violentes d’une institution policière dont le rôle même est de maintenir l’ordre social, en défense de la propriété et de la bourgeoisie en réprimant ceux qui s’y opposent. Alors que les policiers réclament de « pouvoir étrangler [les gens] quand ils luttent », il est urgent de poser la question du rôle de la police et de son abolition, à l’image de la mobilisation aux Etats-Unis qui remet en cause à une échelle de masse le budget de la police, voire son existence même.




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