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Monde

7N. Violences faites aux femmes

Violences faites aux femmes. Place de la Sorbonne, un écho féministe venu de Madrid

Àngels Vilaseca, militante du collectif féministe Pan y Rosas à Barcelone Traduit par Sarah Macna Samedi 7 novembre (#7N), c'est à l'appel de l'Asamblea de Mujeres de París (Assemblée de femmes de Paris), qui regroupe en majorité des femmes espagnoles ayant vécu le mouvement du 15M dans l’État espagnol, qu'a été organisé le rassemblement contre les violences machistes Place de la Sorbonne. À Paris, mais aussi dans plusieurs villes du monde, cette mobilisation se faisait l'écho de la grande manifestation qui avait lieu à Madrid au même moment et qui a rassemblé plus de deux cent mille personnes. Nous reproduisons ci-dessous, l’article des camarades de Pan y Rosas Estado espagnol, présentes au #7N à Madrid, et reviendrons sur la répercussion des mobilisations à échelle internationale contre les violences faites aux femmes.

lundi 9 novembre 2015

Des centaines de milliers de femmes, accompagnées par de nombreux hommes, sont descendues dans les rues de Madrid contre les violences machistes et pour rendre hommage aux femmes victimes de feminicides, dans une manifestation historique.

La manifestation avait été appelée par le mouvement féministe, puis soutenue par de nombreux partis politiques et syndicats, ainsi que de multiples associations et collectifs, en plus des organisations de femmes.

Le Passage du Prado, où débutait la manifestation, était débordé depuis le matin par des milliers de personnes habillées en violet, en solidarité avec les femmes assassinées, dont la souffrance a été mise en scène par une performance (Women in Black) à laquelle ont participé 300 femmes. Autour de leurs silhouettes de deuil, allongées sur le sol, le contour de leurs "cadavres" a été peint avec une craie épaisse pour rappeler les 1.378 femmes assassinées dans l’État espagnol depuis 1995.

La manifestation a été préparée depuis février dernier, et partait d’une initiative lancée par la Coordination Féministe de Valence. Plus de 400 organisations ont adhéré à l’initiative, parmi lesquels des collectifs féministes, des syndicats et d’autres organisations du mouvement social, nationales et internationales.

Cet appel a eu un impact très important, qui s’est exprimé sur les réseaux sociaux avec de nombreuses campagnes de soutien. Il a eu aussi un impact international, dans différentes villes d’Europe et d’Amérique Latine où se sont organisés des rassemblements devant les consulats et ambassades espagnoles. À Paris, un rassemblement a été organisé par l’Asamblea de Mujeres de Paris, devant la Sorbonne. (Voir gallerie de photos).

Plus de 100 conseils municipaux comme ceux de Madrid, Barcelone et Séville ont approuvé une motion de soutien à la manifestation, dans laquelle ils s’engagent à lutter contre les violences faites aux femmes et’à augmenter le budget pour les services aux femmes.

Le Partido Popular (PP) et Ciudadanos, comme on pouvait s’y attendre, ont refusé de donner leur soutien et sont restés très critiques envers le mouvement féministe. Comme l’ont rappelé les organisatrices de la manifestation, « ils ne nous soutiennent pas, et à Madrid le PP était contre la manifestation de samedi » et « Ciudadanos a présenté son programme électoral le même jour que la manifestation, alors qu’ils savaient qu’elle était programmée pour ce jour là ». Rien de surprenant de la part de deux partis conservateurs de droite, qui prônent un discours machiste, homophobe et défenseur du patriarcat.

A l’inverse, des partis comme Podemos, Izquierda Unida ou même le PSOE (Parti Socialiste espagnol) ont répondu présents. Cependant, nous ne pouvons pas oublier que des partis comme le PSOE ont leur part de responsabilité dans les politiques d’austérité et de contre-réforme sur le droit du travail qui ont aggravé les inégalités entre hommes et femmes.

Une des principales revendications de cette marche était que « les violences machistes soient considérées comme une question d’Etat ». Parmi d’autres revendications, était posée la nécessité de changer la loi de décembre 2004 sur les violences faites aux femmes qui est complètement insuffisante et ne prend pas en charge les différentes formes qu’elles prennent.

La mobilisation a aussi fortement critiqué le gouvernement sur les coupes budgétaires concernant les services spécialisés dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Les actions du gouvernement en matière de politiques pour l’égalité, restent en suspens. Beaucoup de ses membres déclarent être contre les violences faites aux femmes et pourtant font des coupes budgétaires de 26%, et appliquent la limitation du droit à l’avortement pour les femmes mineures.

Au cours de cette année, il y a eu 100 cas de feminicides, après un « printemps noir » pendant lequel 40 femmes ont été assassinées en seulement trois mois. Un chiffre qui fait trembler et qui pourtant, comme le disait l’appel de la manifestation, n’est "que la face visible de l’iceberg", c’est à dire la conséquence la plus terrible des multiples formes d’oppression subies par les femmes à travers l’articulation du capitalisme et du patriarcat.

Avec la crise économique actuelle, les violences faites aux femmes n’ont fait qu’augmenter. Il ne s’agit ici pas seulement des coupes budgétaires effectuées dans les services spécialisés dans la lutte contre les violences de genre, mais aussi dans la santé, dans l’éducation et dans les autres services publics, tout comme sur les aides familiales, que les femmes subissent le plus fortement. De la même manière, la réforme du droit du travail qui est mise en place en ce moment a augmenté les inégalités salariales, le chômage et la précarité au travail pour les femmes, une situation qui montre que l’État n’est pas simplement passif face à l’augmentation de la violence machiste, mais aussi complice et responsable.

Solidarité internationaliste

À Paris, le rassemblement a réussi à réunir 150 personnes place de la Sorbonne. Même si organisé par un comité plus restreint, l’appel qui avait surtout circulé sur les réseaux sociaux à néanmoins réussi à rassembler des femmes et hommes de divers horizons, notamment de l’État espagnol, mais aussi de l’Amérique Latine, et avec une présence remarquée d’une organisation de femmes kurdes.
« Ce n’est pas un crime passionnel, c’est un féminicide », « des salaires de misère, c’est aussi de la violence de genre », « PMA pour toutes, la lesbophobie est aussi une violence » étaient quelques uns des slogans et pancartes insistant sur la multiplicité des violences faites aux femmes. Après une performance où les femmes se sont allongées par terre, vêtues de noir, pour rendre hommage aux victimes de feminicides, l’une des organisatrices a pris la parole pour rappeler notamment le caractère international que doit prendre la lutte contre les violences machistes.

La mobilisation à Madrid s’inscrit dans la continuité de la vague de manifestations massives ayant rassemblé des centaines de milliers de femmes partout en Amérique Latine sous le cri de #NiUnaMenos. Le caractère internationaliste des mobilisations de soutien au 7N rappellent par ailleurs les grandes mobilisations de soutien aux femmes espagnoles de l’année dernière concernant la limitation du droit à l’avortement, et qui ont rassemblé rien qu’à Paris des dizaines de milliers de personnes, dans une mobilisation unitaire. À quelques jours de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, le 7N souligne ainsi la nécessité pour le mouvement féministe français de mobiliser sur une question où la France reste particulièrement touchée. Alors que, 118 femmes ont été assassinées en 2014 sous les coups de leurs conjoints, que la PMA a été mise au placard par le gouvernement, que la précarité continue à faire payer aux femmes les coups les plus durs de la crise, de Madrid à Paris, jeune ou moins jeune, étudiante ou travailleuse et comme le dit la chanson : Debout !




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