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Enquête Mediapart

Violences policières. Deux migrants jetés d’un fourgon en marche

Une enquête publiée par Mediapart révèle que deux migrants ont été jetés en dehors d'un fourgon de la PAF pendant qu'il roulait. L’analyse médicale montre des contusions sur les poignets dues aux menottes trop serrées ainsi que des éraflures sévères sur le dos dûes à la violente éjection du véhicule. Une énième affaire de violences à l’encontre de migrants par la police française, s’inscrivant dans le contexte de chasse permanente aux migrants du gouvernement.

jeudi 4 novembre

Photo d’illustration

Une enquête publiée par Mediapart ce lundi 1er novembre révèle une énième affaire de violences à l’encontre de migrants par la police française et s’inscrit dans le contexte de chasse permanente aux migrants du gouvernement. N. et Y., deux jeunes migrants afghan et nigérian de 24 et 35 ans, accusent des agents de la police aux frontières (PAF) toulousains de les avoir jetés en dehors d’un fourgon en marche qui les conduisait dans un centre de rétention administratif (CRA) aux alentours de Toulouse, après leur refus de quitter le territoire.

Les deux étrangers étaient à l’époque en cours de procédure Dublin, une procédure de demande d’asile à l’échelle de l’Union Européenne, visant à renvoyer le demandeur dans le premier pays par lequel il est entré sur le territoire. Dans le cadre de cette procédure, ils étaient assignés à résidence pour une durée de 45 jours et obligés de se présenter à un commissariat deux fois par semaine. Cependant, le 12 juillet, devant se présenter au commissariat en question, le jeune Afghan s’est vu directement arrêté et conduit au CRA de Cornebarrieu, dans la banlieue toulousaine, pour y être mis en rétention – son assignation à résidence arrivant « à péremption ».

Deux jours après, dans la nuit du 14 juillet, les deux hommes vont être amenés à l’aéroport de Montpellier par quatre agents de la PAF, afin de prendre des vols en direction de l’Autriche et de l’Italie, d’où leur demande d’asile sera désormais gérée, avec un fort risque d’être finalement renvoyé dans leur pays d’origine. Pour le jeune Afghan cela signifiait être renvoyé en Afghanistan, où la situation était, à la mi-juillet, déjà extrêmement tendue avec la prise imminente de la totalité du pays par les Talibans.

Les deux étrangers s’opposent alors à ce départ forcé, tétanisés par ce que cela implique. Le pilote de l’avion, en accord avec le code de l’aviation civile, refuse également de les prendre à bord de son vol. C’est ainsi que, au lieu de ramener les deux hommes au centre de rétention pour ensuite les libérer, comme l’indiquait le document détaillant leur transport en cas de refus d’embarquer, les policiers de la PAF les ont jetés en dehors du véhicule encore en marche, comme l’explique le jeune Afghan à Mediapart : « Sur une grande route, ils roulaient à 10 ou 15 km/h, ils ne sont pas arrêtés et nous ont jetés dehors avec les sacs. ». Les deux migrants se sont alors retrouvés à plus de deux heures d’où ils résidaient, blessés, seulement parce que les agents de la PAF en avaient décidé ainsi.

Leurs avocats respectifs ont ainsi déposé plainte dans les jours qui ont suivis, pour « violences volontaires et mise en danger de la vie d’autrui commises en réunion ». L’analyse médicale des deux hommes révélait des contusions sur les poignets dues aux menottes trop serrées, mais surtout des éraflures sévères sur tout le dos, dûes à la violente éjection du véhicule.

Une plainte soldée par une enquête qui peine à avancer, dans laquelle les rapports de la PAF et du CRA nient les faits rapportés par les deux hommes. Considérés comme « en fuite » depuis l’acte de violence qu’ils ont subi, le jeune Afghan est quant à lui depuis traumatisé par ce qu’il a subi, et terrorisé par la police, se renferme chez lui.

Cette affaire s’inscrit dans une période particulièrement agressive et violente de chasse permanente aux migrants présents sur le sol français, comme le démontre les dernières violentes évacuations des camps à Calais, relayés par un rapport de Human Rights Watch. Cette affaire de la PAF toulousaine n’est ainsi pas un cas isolé de quelques brebis galeuses, mais bel et bien l’expression de violences systémiques dues au racisme et à la xénophobie qui règnent dans l’institution policière, et s’inscrit dans la droite lignée du discours réactionnaire de Macron face à l’accueil des migrants.




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