^

Société

Mais que fait la police ?

Viry-Châtillon. Premiers suspects derrière les verrous, les violences de la République courent toujours

Plus de trois mois après l’agression de quatre agents de police à Viry-Châtillon, sept suspects viennent d’être déférés devant un juge, ce vendredi matin, en vue d’une éventuelle mise en examen. Cela fait suite à l’interpellation de 11 personnes mardi matin et d’une 12ème le lendemain même. Mais de quelle réalité sociale et politique, par-delà ce brouhaha médiatique sur les valeurs républicaines, témoigne cette affaire ? Rosa Potemkine

vendredi 20 janvier 2017

Rappel des faits


Le 8 octobre 2016, deux voitures de police ont été incendiées par des jets de cocktails Molotov, blessant 4 agents dont deux grièvement, près d’un feu rouge à Viry-Châtillon. Ces agents étaient alors affectés à une mission de surveillance dans une zone connue pour faire l’objet de nombreux vols violents sur les automobilistes. Les caméras installées étant régulièrement vandalisées, ces quatre fonctionnaires de police étaient donc censés surveiller des caméras de surveillance. On n’arrête pas le progrès… Cette agression fut alors le point de départ d’un mouvement inédit, où les forces de répression se mirent à défiler la nuit, en toute illégalité, dans les rues de France, réclamant de « meilleures conditions de travail ».

Cette affaire met ainsi en cause une quinzaine d’agresseurs tous très jeunes, entre 17 et 19 ans. Si, après plusieurs interpellations 5 personnes ont été relâchées, 7 autres vont être mises en examen, comme l’assure le procureur, et placées en détention provisoire, pour « tentative de meurtre sur dépositaire de l’autorité publique, commise en bande organisée », encourant la réclusion criminelle à perpétuité.

Derrière le vernis républicain…


Peut-on se contenter d’une simple analyse sur le registre de l’indignation d’une République vacillante, bafouée dans son autorité par une jeunesse qui serait dénuée de toute morale ? Assurément oui pour un gouvernement qui s’empresse d’en faire une forme de crime organisé, banlieusard, ennemi intérieur, ennemi de l’ordre républicain. Mais le rôle fondamental de la police c’est bien la défense de la bourgeoisie et de ses institutions, le maintien d’une société de classes, par les mécanismes démocratiques, mais aussi, quand il ne sont plus suffisants, par la force. Ainsi, la répression brutale subie par les opposants à la loi travail dans la rue, les migrants chassés de toute part, ou les assassinats de Rémi Fraisse et Adama Traoré (toujours restés impunis) témoignent de cette violence inhérente à la police comme chiens de garde de l’Etat, déterminée à ce que notre classe courbe l’échine sous des politiques toujours plus droitières.

L’idéologie dominante contre les classes populaires

Pourtant, force est de constater que ces coups portés à notre classe quotidiennement ne suscitent pas un émoi national aussi viral que ces policiers attaqués à Viry-Châtillon. Car comme disait Marx, les idées dominantes sont celles de la classe dominante, et si les violences parfois subies par les policiers dans leur fonction peuvent constituer une réalité, elles ne sont que retour de bâton. Alors voir des policiers dans la rue se plaindre de leur sort et de leurs conditions de travail quand leur rôle consiste justement à mater les quartiers populaires déjà ostracisés, subissant le chômage et le racisme, les travailleurs qui se font éjecter manu militari des usines dont ils défendent les machines pour ne pas perdre leur emploi, c’est vraiment l’hôpital qui se moque de la charité. Il est vrai qu’au sein de la police tous les agents n’exercent pas forcément la même fonction, entre répression assumée et parfois simple gestion de la misère empreinte de paternalisme. Mais un flic reste un flic : quelqu’un qui malgré tout a choisi de faire de la répression son métier. Alors entre manifs sauvages, cagoulées, et idées d’extrême droite, la police semble vouloir faire sa propre loi et ne plus être seulement le bras armé de l’Etat. Au prochain gouvernement (de droite) de caresser les chiens dans le sens du poil…




Mots-clés

Adama Traoré   /    Racisme   /    Etat d’urgence   /    Violences policières   /    Répression   /    Société