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Visite de Philippe et Véran au CHU de Bordeaux : un coup de com’ honteux

Témoignage et coup de gueule. Édouard Philippe et Olivier Véran se sont octroyé une virée au CHU de Pellegrin : un coup de com' sous prétexte de combattre le coronavirus, alors que l’hôpital public est d'ores et déjà au bord de l’implosion.

mardi 3 mars

 Crédit photo : MEHDI FEDOUACH / POOL / AFP

L’hôpital Pellegrin de Bordeaux, classé 1er en 2019 au palmarès des hôpitaux, a vu la visite du premier ministre et de son ministre de la Santé, Olivier Véran. Une visite pour montrer un gouvernement maître de la situation sur l’épidémie du coronavirus – mais la réalité est toute autre et nous, personnels de l’hôpital, le savons.

Une visite coup de com’

Tapes amicales au personnel et autres marques d’amité ; les vieilles recettes de communication vont bon train. Toujours suivi par les différentes rédactions présentes, Édouard Philippe a pu visiter l’unité des maladies tropicales et du voyage, le centre d’appel du Samu et l’unité de décontamination hospitalière.

Un service de communication au poil. Si Edouard Philippe et Olivier Véran ont pu s’offrir un telle virée sans embuche, c’est que le plan était bien rodé : rencontres bien choisies, évitant les services en grève et/ou en crise, rencontre avec l’actuel maire LR de la ville, Nicolas Florian – sans poignée de mains, « il parait qu’on a plus le droit ».

Si l’établissement est décrit par les deux membres du gouvernement comme étant un site de référence, à sa tête se trouve surtout Yann Bubien, ancien directeur de cabinet d’Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé dont nous connaissons le bilan. Voulant jouer la carte de « la transparence » autour de cette épidémie, le premier ministre appelle tous les français à « se laver les mains toutes les heures, au savon de manière méticuleuse, (...) probablement la meilleure façon de lutter contre la circulation du virus ». Ajoutant ensuite qu’il faut que « chaque français devienne un acteur de ce combat, de lutte, et cela veut dire avoir en tête des choses très simples à faire, mais qui sont essentielles ».

La crise de l’hôpital public

Par ces mots, le gouvernement éclipse les réelles solutions afin d’endiguer cette crise sanitaire, qui commenceraient par régler le problème du manque de présence des agents tels que les infirmiers ou encore les techniciens de laboratoire, chargés de déceler la maladie à l’aide d’analyses.

Depuis vingt ans les salaires n’ont quasiment pas augmenté. De leur côté, les effectifs, la qualité des infrastructures et la santé des agents ont baissé. La non-rencontre d’Édouard Philippe avec le personnel hospitalier en souffrance est volontaire. Or, le personnel soignant est le plus exposé au virus. Plusieurs membres du personnel soignant ont déjà été diagnostiqués positifs à Paris. Dans cette mesure, les urgences sont-elles prêtes à gérer la crise si elle venait à s’aggraver ?

Par ailleurs, si les personnels médico-techniques sont moins exposés au risque d’une contamination, le manque d’instructions claires et la faiblesse des effectifs poussent les déjà laborantins à enchainer les heures supplémentaires afin d’y effectuer le dépistage du coronavirus. Si le « plan blanc », obligeant le personnel à venir de toute urgence sur leurs journées de repos, est activé, cela empirera les conditions de travail du personnel.

L’hôpital public souffre depuis plusieurs années des politiques d’austérité, et ce ne sont pas les grèves successives des différents services qui nous contrediront, ni les nombreux suicides au sein de ces effectifs, ne pouvant plus endurer de telles conditions de travail. Les infirmiers des urgences, en première ligne, seront encore les premiers sollicités. Toutes ces difficultés sont accentuées par le manque d’attrait à ces métiers, qui manquent ainsi de personnel formé et qualifié afin de supporter une crise majeure si l’épidémie venait à s’accentuer. Ainsi, le combat que doit mener le personnel hospitalier dépasse le problème du coronavirus, il s’agit d’une bataille d’ampleur contre le gouvernement.




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