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Notre classe

700 manifestants devant Bercy

Vivarte dans la tourmente, l’argent remonte, la misère se répand.

Le groupe français Vivarte, géant historique de l'habillement est au cœur d'une crise sans précédent. Détenteur de plus de 14 marques et employant plus de 15 000 personnes, le naufrage de ce groupe historique aurait des conséquences dramatiques pour ses salariés dont nombre d'entre eux travaillent déjà à temps partiel, percevant des salaires avoisinant les 700 euros par mois. Plus de 700 personnes, avec en premier lieu les salariés du groupe, manifestaient ce midi, jeudi 5 janvier 2017, devant Bercy, où les délégations syndicales (CGT, CFTC, FO, CFE-CGC) étaient reçues au secrétariat d’État à l'industrie. Otxoa B.

jeudi 5 janvier 2017

Vivarte, une histoire de rachats...

Le groupe est criblé par une dette colossale d’1,3 milliards d’euros et la menace d’un redressement par restructuration, cessions de magasins et, bien sûr, plans de licenciement est tangible pour les salariés. Derrière ces difficultés économiques se trouvent les multiples rachats du groupe, depuis le début des années 2000, par des fonds d’investissement. C’est en effet le fonds Atticus qui prend le contrôle de l’entreprise en 2000 avant de le céder à Pai Partners en 2004. Le jeune fonds d’investissement (créé en 2002) dirige la première restructuration au moyen des traditionnelles fermetures de magasins, réductions de coûts avant de céder à son tour la société au fonds britannique Charterhouse. Ces rachats en série ont conduit le groupe à étouffer littéralement sous le poids d’une dette de 2,8 milliards d’euros en 2014 selon le journal Le Monde. Après une légère et courte embellie, c’est quatre nouveaux fonds d’investissement (Alcentra, Babson, GoldenTree et Oaktree) qui repassent à l’offensive. Les 800 millions d’euros de dette restants sont alors rachetés et la dette est augmentée de 500 millions. Le pillage de l’entreprise, au détriment des travailleurs, peut continuer, les intérêts de la dette, qui s’élève désormais à 1,3 milliards, sont de 11 %.

La stratégie financière de ces groupes incendiaires est simple. Acheter le capital d’une entreprise en difficulté à l’aide d’un emprunt massif, ou montage financier, de peu de fonds propres et de rembourser l’emprunt en restructurant l’entreprise, en réduisant les coûts et en dégageant des marges par tous les moyens. Cette subite « rentabilité » de court terme permet de rembourser la dette et de valoriser artificiellement l’entreprise cible.Toutefois, cela ne peut être réalisé qu’aux dépens d’un développement de long et même de moyen terme. D’ailleurs, d’après le délégué syndical Sud Arnaud Moujol, « si une filiale est vendue, deux tiers de l’argent va aux actionnaires et un tiers est réinjecté dans le groupe ». Le groupe Vivarte accuse donc aujourd’hui naturellement un retard de développement effarant dans nombre de domaines pourtant éminemment centraux comme la vente en ligne. Cette stratégie de prédation économique, dénoncée par les salariés de Vivarte, est largement répandue du fait de la financiarisation de l’économie et fonde la rentabilité de ses opérations de rachats à effet de levier (les fameux Leverage Buy Out qui défraient régulièrement la chronique) sur la vampirisation des forces vives des entreprises rachetées (optimisation de la production, licenciements, réduction des coûts de production, ventes des bâtiments etc.). Ces achats à effet de levier, de part la rentabilité exceptionnelle qu’ils confèrent au capital propre investit, provoquent en même temps le gonflement spéculatif des valeurs des entreprises, ce qui aggrave encore les effets nocifs des restructurations. En témoigne par exemple le rachat de SFR par Patrick Drahi pour le montant astronomique de 13,1 milliards d’euros, somme assurément bien supérieure à la valeur réelle de l’entreprise.

Les contradictions du capitalisme en crise.

L’objectif de ces fonds d’investissement est d’augmenter la rentabilité du capital. Étant donné le peu de capital propre apporté, les profits sont proportionnellement bien supérieurs à ceux que le capital peut tirer de l’industrie classique. Ces pratiques, qui sont régulièrement dénoncées, ne sont pourtant pas un épiphénomène de piraterie capitaliste, mais bien au contraire l’expression d’un capitalisme mourant, en peine pour retrouver un taux de profit satisfaisant. La contradiction, monstrueuse pour celles et ceux qui travaillent au service du capital, c’est que ces pratiques ruinent la base matérielle elle-même sur laquelle pourtant tout le système repose. C’est en vampirisant les forces vives des salariés et des entreprises que ce capital financier parvient à extraire sa valeur laissant derrière lui des champs de ruines. Le capitalisme financier, dans la phase historique dans laquelle il est entré depuis deux décennies au moins, montre le vrai visage du capital, son essence brute : faire du profit. Toutes les mythologies de l’entrepreneur, du capitaine d’industrie, se retrouvent complètement aliénées à la vérité profonde de ce régime de production. Nous ne reprendrons pas à notre compte ces mythes du « vieux » capitalisme, du « bon » capitalisme, il n’y a pas de bon capitalisme quand celui-ci a fait son temps. Nous ne pleurons pas la disparition de cette historique entreprise française comme on regretterait le bon vieux temps, nous nous révoltons de voir ce système néfaste et agonisant faire encore office de religion. Il est temps que les travailleurs imposent un nouveau modèle de production, sous leur contrôle, au service du progrès matériel réel et non de la simple croissance, ou de la simple rentabilité. Le cas Vivarte en est un parmi bien d’autres et a le mérite (certes négatif) de nous montrer un peu avant l’heure à quoi ressemblera le monde qu’ils nous réservent.

Dans l’immédiat, trois scénarios possibles semblent se dessiner : un dépôt de bilan, une énième vente du groupe ou encore la fermeture de 55 magasins. Un Comité Central Extraordinaire est prévu ce vendredi pour parler de la « situation financière de l’entreprise » et donnera le ton des luttes à venir.

Quelle que soit l’issue de ce CCE, solidarité avec tous les salariés de Vivarte, pour un outil de travail qui soit la propriété des travailleurs, pour une économie au service de nos vies !




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