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Monde

Déclaration du FIT-U argentin

Vive la rébellion du peuple colombien. À bas le gouvernement austéritaire et répressif d’Iván Duque !

Nous reproduisons la déclaration du Front de Gauche et des Travailleurs d’Argentine concernant la rébellion massive du peuple colombien.

jeudi 6 mai

Le Front de Gauche et des Travailleurs – Unité (Frente de Izquierda y de los Trabajadores – Unidad) d’Argentine est une alliance électorale constituée de quatre organisations d’extrême-gauche : le Partido de los Trabajadores Socialistas (PTS), du Partido Obrero (PO), de Izquierda Socialista (IS) et du Movimiento Socialista de los Trabajadores (MST). Le PTS est une organisation membre de la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale tout comme le NPA-Révolution Permanente

Depuis le 28 avril, la Colombie connaît des journées intenses de lutte contre le gouvernement de droite d’Ivan Duque, avec des grèves nationales et des mobilisations massives. Des dizaines de milliers de personnes ont rempli les rues de Bogotá, Cali, Medellín et tous les coins du pays. Les jeunes, les travailleurs, les peuples indigènes, les paysans sont confrontés à la répression brutale et militarisée du gouvernement Duque. Les bances de l’ESMAD (escadron mobile anti-émeute) assassinent, battent et abusent en toute impunité. Derrière cette action brutale des forces de répression se cache l’ancien président Álvaro Uribe (2002-2010), le chef de Duque, représentant de la narco-politique et du terrorisme étatique et para-étatique.

Ce mercredi 28 avril, le Commandement national de la grève, composé des trois confédérations syndicales (CUT, CTC et CGT) et de la Fecode (fédération des enseignants), a appelé à une grève nationale, à laquelle se sont également jointes des organisations d’étudiants, la Minga indigène et des organisations de diverses communautés rurales et urbaines.

Mais la colère était telle que la grève a débordé les directions et s’est étendue après le 28 avril. Elle s’est exprimée dans les principales villes du pays par des mobilisations massives. L’épicentre a été la ville de Cali, capitale du Valle del Cauca, où les protestations ont été particulièrement massives et où la grève est presque totale avec des barrages routiers et des routes vers les zones environnantes. Un véritable soulèvement populaire dans toute la Colombie.

La réaction des classes dominantes et de leur État ne s’est pas fait attendre. Au moins 30 manifestants ont été tués par la police, des centaines ont été blessés et arrêtés, des dizaines ont disparu, et diverses organisations de défense des droits de l’homme dénoncent différents types d’abus et de harcèlements de la part des forces répressives.

De manière démagogique, même le gouvernement de Joe Biden a exprimé son inquiétude face à la violation des droits de l’homme. Hypocrisie totale de la part du même impérialisme nord-américain qui a financé la guerre sale contre les FARC avec le « Plan Colombie », ayant permis le massacre systématique des dirigeants syndicaux et sociaux (rien qu’en 2020, on accuse les forces paramilitaires de 320 assassinats) et qui voit aujourd’hui l’un de ses principaux alliés dans son arrière-cour en danger. Il en va de même pour les gouvernements de droite d’Amérique latine qui font partie du bloc de Lima. Nous dénonçons également le silence complice du gouvernement argentin d’Alberto Fernandez et du gouvernement mexicain de Lopez Obrador, qui font partie du groupe Puebla, face à ce massacre.

La Colombie traverse une profonde crise sanitaire, économique et sociale, aggravée par la pandémie de coronavirus qui ravage le pays et coûte la vie à quelque 500 Colombiens par jour.

La situation est catastrophique pour les travailleurs. Le chômage atteint 17 %, la précarité et le travail informel se développent, et l’accès aux soins de santé est le privilège d’une minorité. Au cours de la deuxième année de la pandémie, la pauvreté a déjà atteint 42,5 %, ce qui signifie que 21,2 millions de Colombiens ne peuvent pas couvrir leurs besoins fondamentaux.

À tout cela s’ajoute la réclamation concernant le retard de la campagne de vaccination promise par le gouvernement, qui a à peine atteint moins de 10% de la population, selon les propres chiffres du gouvernement.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase et exploser la colère et le mécontentement qui s’accumulaient a été la réforme fiscale que Duque a tenté d’imposer pour faire payer les coûts de la crise aux travailleurs et aux secteurs populaires et préserver les bénéfices des grands hommes d’affaires. Avec cette réforme fiscale, connue sous le nom de « loi de solidarité durable », le gouvernement néolibéral de Duque entendait lever quelque 6,3 milliards de dollars pour « assainir » les caisses de l’État et maintenir la cote de crédit des agences de notation internationales. Soixante-treize pour cent de cet argent devait provenir d’un impôt sur le revenu des personnes gagnant 633 dollars, dans un pays où le salaire minimum est de 234 dollars, et d’une augmentation de la TVA. Une attaque en règle contre les travailleurs, les secteurs populaires et les classes moyennes appauvries.

Les mobilisations massives qui ont mis le gouvernement dans les cordes ont obligé Duque à faire marche arrière. Le 2 mai, il a annoncé le retrait de la réforme fiscale et la démission du ministre des Finances, Alberto Carrasquilla, pour calmer la situation. Cette première victoire de la rébellion populaire a revigoré la lutte qui n’a pas cessé, malgré une répression brutale.

Le Comité national de grève, composé des centrales syndicales (CUT, CGT, CTC) et de la Fecode (fédération d’éducateurs) a maintenu l’appel à une grève nationale le 5 mai et à d’autres actions, sous la pression de l’énorme volonté de lutte de leur base. Cependant, jusqu’à présent, leur politique consiste à appeler à des actions d’un jour et non à préparer et organiser une véritable grève générale pour renverser le gouvernement Duque. Mais la réalité est que depuis le 28 avril, il y a une grève de facto, avec des millions de personnes dans les rues, avec des centaines de blocages de routes et de rues et des manifestations massives dans tout le pays.

Jusqu’à présent, toute leur politique a été, après d’intenses mobilisations, de proposer des trêves et de passer des accords, comme nous l’avons vu dans le long processus de « dialogue » avec le gouvernement après les journées du 21 novembre 2019, qui a été ce qui a donné un répit à Duque et a réussi à démobiliser. Ils sont ainsi transformés en une barrière de contention.

Face à l’aggravation de la situation, le gouvernement a lancé la proposition d’un « dialogue social et politique », un piège pour diviser les masses en lutte, pour sauver le gouvernement et le régime que l’opposition de centre-gauche noyautée dans la Coalición Esperanza et le "Pacto Histórico" de Gustavo Petro voit avec sympathie. Ils attendent juste le bon moment pour livrer la mobilisation.

La politique du régime est double : le piège du dialogue et la répression contre les secteurs d’avant-garde, qu’Uribe accuse d’être des « pillards », « vandales » et « narcos ». De cette façon, ils cherchent à isoler les secteurs les plus combatifs avec la campagne contre la « violence », en mettant sur un pied d’égalité la répression policière et la juste résistance ouvrière et populaire.

La défaite du gouvernement à la suite de l’action combative de la classe ouvrière et des secteurs populaires serait une énorme victoire qui encouragerait les luttes ouvrières et populaires contre le FMI et les plans d’« austérité » dans toute l’Amérique latine et modifierait considérablement la corrélation des forces pour aller plus loin. Il est nécessaire de développer les assemblées de travailleurs et de secteurs populaires et d’autres instances d’organisation démocratique qui émergent dans le feu de l’action et de promouvoir l’appel à un congrès ou à une réunion nationale des travailleurs pour mener la rébellion à la victoire et discuter d’une issue pour la classe ouvrière face à la crise nationale.

Nous défendons le juste droit des travailleurs et des secteurs populaires à organiser leur autodéfense pour faire face à la répression brutale des escadrons de la mort de la police militarisée.

Il faut avec la force de la mobilisation mettre en place des comités de grève dans chaque usine, école, localité pour étendre la grève générale jusqu’à la chute du gouvernement de Duque. Contre les pièges du régime, qu’il s’agisse de l’extrême droite uribiste ou du centre-gauche, qui tente de contenir et de détourner le processus avec les élections de l’année prochaine pour sauver l’ensemble du régime et l’État bourgeois, nous luttons pour le développement de la grève générale pour faire tomber Duque et imposer un gouvernement de la classe ouvrière. Cela réorganiserait le pays sans paquet de réformes austéritaires (paquetazo), sans la répression héritée du Plan Colombie et avec une économie ouvrière et populaire qui rompt la subordination du pays à l’impérialisme et aux multinationales, en commençant par la nationalisation des banques, du commerce extérieur, le non-paiement de la dette et la mise en place d’un impôt lourd sur toutes les grandes fortunes, pour répondre aux demandes sociales.

Nous, membres du Frente de Izquierda Unidad, sommes solidaires du soulèvement du peuple colombien contre ses exploiteurs et ses oppresseurs. Et nous appelons à la plus large mobilisation latino-américaine et internationale contre la répression brutale du gouvernement Duque.

Le triomphe des travailleuses et des travailleurs, des jeunes, des paysans et des peuples indigènes de Colombie sera un triomphe pour tous les exploités d’Amérique latine.

Vive le soulèvement du peuple colombien !
• À bas le paquet de réformes austéritaires (paquetazo)* contre le peuple
• À bas le gouvernement de Duque
• Assez de répression. Punition des responsables des assassinats de manifestants
• À bas le « plan Colombie ». L’impérialisme hors de Colombie et d’Amérique latine. Pour l’unité socialiste de l’Amérique latine.

Front de la Gauche et des Travailleurs - Unité (FIT-Unidad)
05/05/2021

*Le paquet de réformes austéritaires (paquetazo) de Duque inclue la réforme du travail, la réforme de la santé, la réforme des retraites.




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