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"Voir les personnes avant le handicap" : la nouvelle campagne hypocrite du gouvernement

Le gouvernement vient de lancer une campagne de sensibilisation intitulée « voyons les personnes avant le handicap ». Une campagne hypocrite venant d’un gouvernement qui casse les droits des personnes handicapées à commencer par le refus en juin dernier de l'individualisation de l'allocation adultes handicapés.

mardi 26 octobre

Crédits photo : Ministères sociaux / DICOM / Nicolo Revelli-Beaumont

Le 18 octobre, le gouvernement a lancé une nouvelle campagne de sensibilisation au handicap. Elle se compose de trois courts-métrages et d’une série de dix portraits mettant en scène des personnes handicapées dans des situations du quotidien, comme une cantine scolaire ou un événement professionnel. Chaque clip suit un scénario très similaire. Une personne valide rencontre une personne handicapée, prend un air choqué avant de faire remarquer qu’ils ont un point commun : « Non ! J’y crois pas ! Enfin quelqu’un qui aime les betteraves et les choux de Bruxelles comme moi ! ». Ensuite, une voix off déclare « voyons les personnes avant le handicap ». Un message parfaitement hypocrite venant d’un gouvernement qui s’est acharné à casser les droits acquis par les personnes handicapées.

Une série d’attaques contre les droits des personnes handicapées

C’est notamment sous le mandat Macron que la loi ELAN a été adoptée. Celle-ci réduit l’obligation d’accessibilité pour les logements neufs à 10 % contre 100 % auparavant. De plus, les députés de La République en Marche se sont opposés à la déconjugalisation de l’allocation adultes handicapés, au prétexte de préserver la solidarité familiale et malgré le fait que cela expose davantage les femmes handicapées aux violences conjugales en les rendant dépendantes financièrement de leur conjoint. Le gouvernement a également continué les politiques d’austérité à l’encontre du service public, menées depuis des décennies, approfondissant la casse du système de santé dont les personnes handicapées sont les premières à avoir besoin. Ainsi, 5 700 lits ont par exemple été fermés dans les hôpitaux en 2020 en pleine crise sanitaire.

Notons également que le Ségur de la Santé a contribué à creuser les inégalités salariales entre le personnel médical et les accompagnateurs intervenant auprès des personnes handicapées, qui relèvent du champ social et sont ainsi exclus de ces revalorisations. Une situation qui fragilise les instituts médico-éducatifs : à titre d’exemple, une aide soignante et une aide médico-psychologique auront un salaire inégal tout en faisant partie de la même équipe et bien qu’elles soignent les mêmes personnes.

La responsabilité de l’Etat dans l’exclusion des personnes handicapées

Pire, la justice a également condamné au mois de mai seize militants de Handi Social qui s’étaient mobilisés en 2018 contre la loi ELAN et avaient bloqué des pistes d’aéroport et des voies ferrées. Jugés dans des conditions indignes, car le tribunal a refusé de leur accorder les aménagements dont ils avaient besoin pour assister au procès, une majeur partie d’entre eux avaient fini par écoper de peine de prison avec sursis. Certains n’ont même pas pu bénéficier d’auxiliaire pour traduire leurs propos aux magistrats malgré leur difficulté d’élocution. D’autres ont été forcés de s’uriner dessus, car le juge ne voulait pas leur accorder de pause, malgré le fait qu’il ait été notifié qu’ils avaient besoin de se rendre régulièrement aux toilettes.

La dépendance des personnes handicapées, loin d’être une caractéristique intrinsèquement liée à leurs problèmes de santé, est avant tout construite et organisée par l’État. Cette campagne est abjecte, car elle laisse entendre que l’exclusion et les discriminations systémiques dont sont victimes les personnes handicapées sont uniquement liées à l’ignorance et à la peur qu’inspire le handicap et qu’il ne s’agirait pas de mettre en place les outils qui sont nécessaires à chacun pour prendre sa place dans la société et participer à hauteur de ses moyens. Pour le secrétariat d’État au handicap, la solution serait individuelle, il faudrait que chacun prenne le temps de « changer de regard sur le handicap ». Une formule vide de sens, qui montre l’hypocrisie de l’État qui entretient et met au banc de la société les personnes en situation de handicap. Plus que jamais, pour lutter à la racine contre la discrimination des personnes handicapées, il est nécessaire de s’organiser en indépendance de l’État pour exiger des moyens pour une accessibilité totale et une indépendance des personnes handicapées.




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