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Anasse Kazib 2022

« Votre appui serait décisif » : lettre ouverte d’Anasse Kazib au PS, au PCF et à EELV

Dans une lettre ouverte parue sur Médiapart, Anasse Kazib, candidat à la présidentielle revient sur les obstacles imposés à sa candidature et interpelle le PS, le PCF et EELV en sollicitant leur appui démocratique dans la course aux 500 parrainages.

vendredi 18 février

Lettre ouverte initialement parue sur Médiapart

Chers responsables du Parti Socialiste, du Parti Communiste Français et d’Europe Ecologie - Les Verts,

Je m’appelle Anasse Kazib, j’ai 35 ans, je suis aiguilleur de trains, syndicaliste et, depuis juin dernier, candidat à la présidentielle. Il s’agit de ma première campagne et d’un défi énorme pour un ouvrier issu de l’immigration comme moi. Mais l’objectif est clair, porter dans l’élection la voix d’une nouvelle génération ouvrière et des quartiers populaires, ainsi que l’héritage d’un quinquennat de mobilisations sociales intenses, au fil desquelles j’ai forgé mon engagement politique.

Six mois de campagne ont permis de confirmer que celle-ci trouvait un écho dans toute une partie de la population. Depuis septembre, nos meetings partout en France ont rassemblé plusieurs milliers de personnes. A la tribune et dans la salle, des ouvrières et ouvriers, beaucoup de jeunes, des militantes et militants de quartiers populaires, dont toute une partie ont décidé de prendre une part active à la campagne. Malgré nos moyens limités, ce soutien nous a permis de recueillir plus de 250 promesses de parrainages en rencontrant 5000 maires physiquement.

Parmi ceux qui nous soutiennent, beaucoup soulignent l’importance de permettre à un candidat ouvrier issu de l’immigration de faire entendre sa voix dans une élection marquée par la surenchère xénophobe et raciste à droite et par l’invisibilisation des thématiques sociales brûlantes. Un constat qui avait d’ailleurs poussé plus de 250 personnalités à signer en novembre une tribune affirmant que mon absence dans cette élection serait « une première défaite ».

Seulement, ma candidature traverse aujourd’hui une phase critique. Dans cette dernière ligne droite de reconversion des parrainages la pression de l’extrême-droite joue à plein. Directement, au travers de campagnes d’intimidation telle que celle menée par Génération Identitaire contre ma venue à la Sorbonne le 9 février, qui s’est soldée par une défaite pour l’extrême-droite avec la présence de centaines de personnes en solidarité. Mais aussi indirectement, à travers l’ambiance dans le pays qui pousse de nombreux maires à renoncer à me parrainer par crainte de représailles.

Cette pression est renforcée par l’invisibilisation dont je fais l’objet dans les médias nationaux, qui me privent de la possibilité d’exprimer le sens de ma candidature et mon programme. Il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit : depuis 4 mois je n’ai été invité sur aucun plateau télé, participé à aucune émission de radio. Les chiffres du CSA sont parlants : ma candidature n’a bénéficié que de 2 minutes et 41 secondes de temps de parole sur l’ensemble des télés et radios en janvier, me situant loin derrière la quasi-totalité des candidats, y compris « petits ». Une invisibilisation qui pèse de toute évidence sur le choix de certains maires, car un candidat qui ne passe pas à la télé et n’est pas pris en compte dans les sondages tend à apparaître moins « crédible ».

Si la difficulté de la recherche de parrainages cette année n’est un secret pour personne, ces obstacles font de l’objectif des 500 signatures un véritable Everest pour un candidat ouvrier comme moi. D’autant que lorsque des propositions émergent sur ce terrain, elles sont taillées sur mesure pour des candidats bien intégrés, à l’image de la « banque des parrainages » de François Bayrou conditionnée à un très arbitraire score minimal de 10% dans les sondages.

C’est pour toutes ces raisons que, par-delà nos désaccords politiques, je demande aujourd’hui votre appui démocratique. Vous le savez, vous êtes actuellement en train de finir de valider vos 500 parrainages voire d’exploser le compteur en accumulant des signatures supplémentaires par centaines. Dans un tel moment de crise, ces dernières pourraient au contraire être mises à profit pour garantir la pluralité du débat démocratique, et permettre pour la première fois de l’histoire de la Vème République à un ouvrier issu de l’immigration de prendre part aux débats.

A l’heure où l’idée du « grand remplacement » se banalise à droite, cette présence prend de toute évidence une importance particulière, qui va bien au-delà de ma candidature et de mon programme. Vous avez en ce sens une responsabilité car il est évident que vous pourriez inciter la partie de vos élus qui n’a pas encore parrainé un candidat à le faire pour ma candidature. En l’absence d’un système de parrainages citoyens adéquat, le pouvoir de décider qui peut s’exprimer dans les débats de 2022 est de facto entre vos mains. Refuser de l’utiliser serait permettre aux candidats de la droite et de l’extrême droite de déblatérer leur haine contre la population issue de l’immigration post-coloniale dans les débats et plateaux télé sans que le seul candidat directement concerné par ces discours puisse leur répondre en face.

Sincères salutations,

Anasse Kazib,
Cheminot et candidat à la présidentielle.



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