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Xénophobie : Boris Johnson veut déporter tous les migrants du Royaume-Uni au Rwanda

Jeudi dernier, Boris Johnson annonçait avoir proposé une nouvelle loi xénophobe au Parlement, qui prévoit l’envoi des migrants nouvellement arrivés en Grande-Bretagne au Rwanda, ancienne colonie britannique. Pour y parvenir, il assume vouloir « reprendre le contrôle » de ses frontières en remilitarisant la Manche.

lundi 18 avril

Crédit photo : POOL NEW VIA REUTERS

La semaine dernière, le premier ministre britannique a annoncé son plan de renvoyer les immigrés ayant rejoint le Royaume-Uni au Rwanda, en proposant l’adoption d’une nouvelle loi par le Parlement. Suivant cette déclaration, Priti Patel, ministre de l’intérieur, explique dans une vidéo qu’elle décrit elle-même comme étant un « guide complet sur le système d’asile », que les réfugiés demandant l’asile seront renvoyé au Rwanda où ils «  verront leur demandes étudiées et une fois reconnus comme réfugié, ils pourront y construire leur vie  ». Elle rajoute que la volonté du gouvernement britannique serait de réparer le système d’asile qui serait « cassé  » et de faire les « changements nécessaires pour empêcher les ignobles passeurs de mettre la vie des gens en danger  ».

Patel et Johnson ont, de concert, justifié ces mesures par la lutte contre les « ignobles trafiquants de personnes, qui transforment la Manche en un cimetière  ». Mais en réalité, elles font office d’un renforcement du contrôle aux frontières, et ferment les portes à celles et ceux qui ont quittés leur pays à la recherche d’une meilleure vie. Dans les faits, ces réfugiés seront retenus en Grande-Bretagne et obligés à immigrer au Rwanda.

Le choix du Rwanda n’est pas innocent, puisque le pays fait parti des ex-colonies britanniques, insérées dans le Commonwealth, avec lequel la couronne anglaise maintient des liens politiques et un rapport de dépendance économique. Ainsi, l’accord du gouvernement britannique avec le Rwanda, défendu une nouvelle fois ce lundi dans une tribune publiée dans le Times induit l’investissement de 125 millions de livres dans la construction de centres de traitement des migrants au Rwanda, où les réfugiés se verraient remettre des « voies légales de résidence » selon le ministre des affaires étrangères rwandais Vincent Biruta.

En réaction à ces annonces, le directeur d’Amnesty International Steve Valdez-Symonds a mis en garde le Royaume-Uni contre les violations des droits humains, faisant écho au génocide Tutsi au Rwanda : « Envoyer des gens dans un autre pays, qui plus est dans un pays qui a un bilan aussi lamentable en matière de droits humains en y prétextant le « traitement de l’asile » est le comble de l’irresponsabilité ».

De son côté, Franz Habineza, président du Parti Vert démocratique du Rwanda, s’est positionné contre la politique Kigali et de Johnson en dénonçant la délégation des obligations « des pays riches comme la Grande-Bretagne » à « des pays tiers, comme le Rwanda, juste parce qu’ils ont assez d’argent pour influencer et imposer leur volonté ».

Contre la militarisation de la Manche et pour l’accueil de tous les réfugiés !

Alors que la surveillance aux frontières était confiée à la France depuis 2004, le premier ministre britannique a déclaré, à la suite du Brexit, vouloir « reprendre le contrôle » de ses frontières. C’est dans cette logique qu’il expliquait ce jeudi : « Nous devons avoir notre cadre propre pour une pleine souveraineté sur nos frontières et trouver un moyen de stopper ces bateaux maintenant, au lieu de perdre encore des milliers de vies en attendant un accord qui tout simplement n’existe pas  ».

Et pour retrouver la souveraineté britannique sur la Manche, il prévoit le déploiement de la Royal Navy le long du canal lui laissant le large champ opérationnel pour assurer le contrôle et interpellation des réfugiés : « Afin d’identifier, d’intercepter et d’enquêter sur ces bateaux, à partir d’aujourd’hui, la Royal Navy prendra le commandement opérationnel de la Border Force dans la force et assurera la primauté de notre réponse opérationnel en mer, à l’instar de nombre de nos partenaires internationaux dans le but qu’aucun bateau n’arrive au Royaume-Uni sans être détecté. » Pour mener cette nouvelle mission, la Navy se verra aussi octroyer des moyens matériels et humains supplémentaires à la hauteur de 50 millions de livres.

Ainsi, la Grande-Bretagne sors les grands moyens pour accroître la répression des réfugiés à ses frontières, qui concerneraient à ce jour près de 6000 migrants arrivés sur le sol britannique depuis le début de l’année 2022. Ce, alors même que depuis la pandémie, qui a intensifié les crises sociales et économiques de beaucoup de pays, les migrations ne cessent d’augmenter. En 2021, 28 526 personnes qui ont traversé la Manche, soit 8 404 de plus qu’en 2020.

Dans le contexte de la guerre en Ukraine qui annonce des conséquences économiques dramatiques dans de nombreux pays du monde, cette politique xénophobe et réactionnaire vient mettre en péril la vie de milliers de réfugiés. Face à remilitarisation des puissances impérialistes et la politique de répression grandissante aux frontières, il est plus que jamais nécessaire de défendre l’accueil inconditionnel de toutes et tous les réfugiés dans des conditions dignes, ainsi que leur régularisation immédiate.



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