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Politique

Défense du droit à manifester

Macron déploie l’armée contre les manifestants : mais qu’en pensent les directions syndicales… ?

Alors que Macron est entrain de liquider toujours plus les droits démocratiques acquis de haute lutte tels que le droit de manifester, et compte déployer l'armée samedi prochain, qu'attendent les directions syndicales pour sortir du silence…

jeudi 21 mars

Dans le prolongement des mandats successifs de Sarkozy et de Hollande, Macron accélère considérablement le renforcement répressif du régime. Etat d’urgence inscrit dans le droit commun, loi anti-casseurs et remise en cause du droit de manifester, l’exécutif avait déjà fait ses preuves sur le terrain de la répression des mouvements sociaux et de la remise en cause des droits démocratiques. Le pouvoir Macronien toujours plus affaibli, ne semble prêt à reculer devant rien, durcissant le ton au fur et à mesure de sa crise de légitimité.

L’acte 18 semble marquer un point de non-retour pour l’exécutif, qui pensait en avoir fini avec la détermination des gilets jaunes avec le grand débat. Les impressionnantes marches du 16 mars, la convergence avec les manifestations pour le climat et le sursaut dans la radicalité des modes d’action a replongé le gouvernement dans la panique. Couvert par une offensive médiatique parlant en boucle de la « violence des manifestants », ceux-là même qui comptent dans leurs rangs des centaines de blessés et mutilés, dont plusieurs éborgnés à Paris la semaine dernière, la Macronie est prête à passer un cap dans « le maintien de l’ordre » décidé à en finir définitivement et physiquement avec les Gilets jaunes.

Selon une source gouvernementale citée par Le Parisien « le nouvel enjeu du ministère de l’Intérieur serait « d’assumer que les forces de l’ordre fassent des blessés, voire pire » et de « renforcer le maintien de l’ordre, même si un black bloc finit tétraplégique ». Le message a le mérite d’être clair, c’est également ainsi que l’on peut comprendre la nomination d’un nouveau préfet de Paris, qui a déclaré lors de son discours d’investiture que « la main de Clémenceau n’a jamais tremblée quand il s’agissait de défendre la France ». En effet ce-dernier n’a pas hésité à faire tuer plusieurs manifestants à Draveil et à Villeneuve-Saint-Georges en juin et juillet 1908. Les grévistes tués sous les ordres de Clémenceau, tant adulé par le nouveau préfet, manifestaient derrière la CGT pour des augmentations de salaires, l’application pour tous du repos hebdomadaire, la journée de dix heures, la reconnaissance syndicale.

Si la nomination de Didier Lallement à la préfecture de Paris en dit long, Macron ne compte pas s’en tenir à changer quelques têtes par d’autres, plus radicalement répressives. Le gouvernement a annoncé le déploiement de l’armée pour le prochain acte des Gilets Jaunes, du jamais vu en France depuis 1948. À cette date, qui marque le dernier déploiement militaire dans un objectif de maintien de l’ordre dans l’hexagone, en l’occurrence contre la grande grève des mineurs, 5 personnes avaient perdu la vie.

Comment expliquer le silence assourdissant des grandes confédérations syndicales suite à cette annonce du gouvernement, et en premier lieu celui de la direction de la CGT ? Après avoir tourné le dos à la colère sociale, les organisations syndicales se doivent de rectifier le tir et de dénoncer cette attaque contre les droits démocratiques, qui visent le mouvement social, et les Gilets jaunes. L’enjeux est de taille. Soit continuer de regarder ailleurs dans l’espoir vain d’être épargnés par le pouvoir, soit faire front avec toutes celles et ceux qui aujourd’hui sont blessés, mutilés, enfermés et peut être demain tués en manifestations, pour ne pas que demain ces méthodes ne soient élargies à l’ensemble du mouvement social.

Ce que s’apprête à faire la macronie dans les rues de Paris samedi prochain serait sans précédents depuis 70 ans en France. Si la réaction du mouvement ouvrier, des syndicats, des associations pour les droits démocratiques n’est pas à la hauteur, les conquêtes démocratiques de ces cent dernières années ne pourrait qu’être plus profondément remises en causes par un pouvoir, dont la base sociale est étroite, et qui entre dans une fuite en avant autoritaire, envoyant ainsi l’armée.

L’ensemble des organisations politiques comme syndicales, ou encore les organisations se revendiquant de la défense des droits démocratiques, se doivent de faire front pour défendre les droits chèrement acquis tel que celui de manifester, et imposer l’amnistie des centaines de condamnés du mouvement des gilets jaunes. Il en va de leur responsabilité historique.




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Philippe Martinez   /    Politique