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"je n’ai jamais ressenti un tel malaise". Les soignants en grève à Marseille

Les personnels soignants des services de réanimation de Marseille entrent en grève contre le mépris du gouvernement et sa prime ridicule de 100 euros. Entretien avec Karim Djebali, secrétaire du syndicat Sud Santé ayant déposé le préavis de grève.

jeudi 6 janvier

Face à l’offensive que subissent depuis des années comme l’ensemble de l’hôpital public les Hôpitaux Universitaires de Marseille (AP-HM), notamment l’hôpital Nord et la Timone, le syndicat Sud Santé sociaux 13 a déposé hier un préavis de grève illimitée face à l’annonce par Jean Castex d’une prime mensuelle de 100 euros versée dès le mois de janvier aux infirmiers et infirmières des services de soins critiques et de réanimation en France. Cette prime en plus d’être ridicule face à la surcharge de travail des personnels soignants, exclue toute une partie des professions tout aussi indispensable aux services de réanimations !

Nous avons interviewé Karim Djebali, secrétaire du syndicat Sud Santé, qui raconte que cette colère est latente, surtout depuis le début de la crise Covid : « on a fait plusieurs mobilisations avec plusieurs revendications, à l’époque du Ségur. Là notre dernière revendication c’est l’annonce qu’à fait le premier ministre. Les personnels de réanimations se sont complètement insurgés ! Ils participent tous à cette pandémie, ils ont oublié tout un ensemble de grades ! Ce préavis de grève c’est principalement pour les oubliés de la réanimation mais on souhaite élargir ça à tous les services concernés qui reçoivent des patients Covid. » Delphine, aide-soignante en réanimation à l’hôpital Nord de Marseille interrogée par Europe1 démontre le mépris du gouvernement envers les personnels soignants non-infirmiers : « En réanimation, on travaille tout le temps avec une infirmière, en binôme. Une infirmière n’est rien sans son aide-soignante. On se sent découragées puisque ça fait deux ans que l’on est sur le terrain. La cinquième vague elle est bel et bien là et on nous demande de faire des heures supplémentaires. On fait 60h par semaine. Les salaires ne sont pas mirobolants : moi avec 13 ans d’ancienneté je fais 1.877€. On se sent oubliées.  » En agissant de la sorte, le gouvernement ne cherche qu’à diviser le personnel hospitalier face à un risque d’explosion de la colère sociale qui est latente depuis des mois.

En filigrane de cette revendication, les personnels en grève dénoncent les conditions de travail qui se sont effondrées ainsi que les conditions d’accueil des patients comme nous raconte Karim Djebali « Moi ça fait 15 ans que je travaille à l’APHM, je n’ai jamais ressenti un tel malaise, c’est vraiment inquiétant parce que beaucoup de personnels démissionnent. Maintenant on va les chercher directement à la sortie des écoles d’infirmiers. C’est problématique. Cela s’est renforcé avec la crise Covid qui a rendue d’autant plus évident le manque de moyens, les moyens sont bien trop faibles pour l’enjeu ! Ils disent que soi-disant ils ont levé la part financière pour relever les effectifs mais c’est faux. Le travail pèse deux fois plus sur le personnel soignant qu’avant le Covid ».

Les soignants des AP-HM seront présents à la manifestation du 11 janvier appelée par la CGT pour l’ensemble des personnels du social et du médico-social : « On va faire la manifestation par rapport aux conditions de travail, aux sous-effectifs, au turn-over. Avant on considérait qu’un soignant s’adaptait à un service au bout de 6 mois, 1 ans. Aujourd’hui on est loin du compte, notre travail ressemble de plus en plus à un travail d’usine, on ne pérennise pas les personnels, c’est dramatique. »

Les personnels sont déterminés de lutter contre le gouvernement qui les méprise et contre leurs directions qui se plient aux injonctions : « On ne lâchera pas jusqu’à ce que l’on gagne ! On va se servir de cette mesure nationale pour pointer la part de responsabilité de nos directions ! La direction de l’AP-HM, en cogestion avec l’organisation syndicale majoritaire, ont extrêmement mal géré notre institution ces dernières années : ils ont diminué les effectifs, supprimé des lits, ils ont complètement déconsidéré le travail de soignants alors qu’on fait un travail humain indispensable. Ça ne peut plus durer. »

Le personnel soignant des urgences de Rouen a aussi déposé un préavis de grève illimitée depuis le 27 décembre 2021. Depuis 18 mois d’épidémie, ces mouvements de grève montrent à quel point le gouvernement continue de donner des miettes à la santé, en demandant toujours plus d’efforts. Notre santé ne doit pas être source d’économie ou de profit, pour permettre aux soignants de continuer à effectuer leur travail avec dignité, et pour contrer la crise du covid, il nous faut exiger des embauches massives, des plans d’investissement dans le secteur de la santé et une reconnaissance et amélioration générale des conditions de travail désastreuses dans le secteur de la santé.




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