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Politique

Racisme décomplexé

"Problème de colonisation" : De Villiers défend la thèse islamophobe du grand remplacement

Ce vendredi, Philippe de Villiers a déclaré à l’antenne d’Europe 1 que « Macron ne voit pas que nous sommes face à un problème de colonisation » à l’occasion de la publication de son nouvel essai. Des déclarations islamophobes qui appuient la thèse raciste et complotiste du Grand Remplacement.

vendredi 9 avril

Photo © AFP

Nous sommes face à un problème non seulement d’invasion mais aussi de colonisation” déclare De Villiers interviewé au micro d’Europe 1. Il poursuit en évoquant une “colonisation de conquête avec 200, 300 territoires qui ne sont plus français” ; reprenant clairement les thèses du Grand Remplacement. Défendue par Renaud Camus, cette théorie raciste estime que les musulmans ont pour projet secret de conquérir la France. Le tueur de Christchurch s’en était revendiqué pour justifier le massacre de 51 personnes à la sortie d’une mosquée en Nouvelle-Zelande, ce qui ne semble choqué ni Philipppe de Villiers, ni Sonia Mabrouk son intervieweuse, pourtant habituée à être offensive contre ses invités, souvent lorsqu’ils sont de gauche.

Ce discours réactionnaire n’est pas étonnant de la part de ce souverainiste qui déclarait en octobre 2020 au FigaroVox : « C’est au virus islamiste qu’il faut faire la guerre ». Cette apparition médiatique prouve une fois de plus l’ampleur de la pénétration des discours réactionnaires et xénophobes dans les médias, lesquels accompagnent l’offensive islamophobe actuelle, une offensive en réalité appuyée par le gouvernement.

En effet, si De Villiers s’en prend à Macron et au gouvernement, leurs discours ne sont finalement pas si éloignés. Dans son interview, l’ancien ministre développe que la « colonisation de peuplement » s’accompagne d’une “colonisation des esprits” : "vous avez les assaillants qui voudraient qu’on accepte la récusation de l’héritage", et dénonce "la cancel culture, l’intersectionnalité et le néoféminisme" présentés comme des menaces pour la France. Une déclaration assez proche de celles de Frédérique Vidal contre l’« islamogauchisme » , lorsque la ministre de l’Enseignement Supérieur accusait des travaux scientifiques sur l’intersectionnalité, ou appartenants aux courants de recherche décoloniaux ou postcoloniaux , de complicité avec le terrorisme.
Davantage encore, Philippe de Villiers peste contre l’esprit « Houellebecquien » du gouvernement, en faisant référence au livre Soumission, de Michel Houellebecq, qui imagine l’ascension au pouvoir d’un homme politique musulman, rendue possible par la compromission des élites qui, pour faire barrage au Front National, accepteraient de se « soumettre » en abandonnant la laïcité. Or Philippe de Villiers sera ravi d’apprendre que ce livre de Michel Houelbecqu est cité en exemple par Jean-Michel Blanquer, qui considère ses écrits comme étant visionnaires
Entre l’homme politique d’extrême droite et le gouvernement, il y a finalement un terrain d’entente assez grand, ce qui est assez logique car si De Villiers peut se permettre de tenir des propos aussi délirants et extrêmes, c’est parce que toute l’offensive islamophobe menée par le gouvernement avec la loi séparatisme, lui facilite la tâche.

En plus de ces propos nauséabonds, De Villiers revient sur les paroles de Macron en 2017 lorsqu’il disait que : "la colonisation est un crime contre l’humanité". Il ajoute "Un chef d’Etat qui dit ça ne peut pas se représenter". Il oublie que Jean Castex a déclaré au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, qu’il ne fallait pas critiquer la colonisation. Mise en difficultés par tensions sociales, des gilets jaunes à la réforme des retraites, la Macronie a en effet pris un large virage à droite, qui la rend aujourd’hui difficilement distinguable de l’extrême droite.

Philippe de Villiers peut recourir à toutes les outrances racistes pour accuser le gouvernement de laxisme, il partage dans les faits beaucoup de choses avec son ami Emmanuel Macron, qui l’invite à diner et lui a accordé la réouverture du Puy du Fou pendant le confinement.
Il reste que ses déclarations marquent une nouvelle banalisation des thèses suprémacistes dans le débat public. Pour faire face au climat raciste ambiant, il est donc urgent de répondre à De Villiers et Macron dans la rue, en se mobilisant contre toutes leurs lois racistes, au premier rang desquels la loi séparatisme.




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