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La Izquierda Diario
3 de juin de 2015 Twitter Faceboock

Etat Espagnol
Grève illimitée des travailleurs de Telefónica

Leire Izargorri

Le mardi 7 avril a commencé la grève illimitée des techniciens des sous-traitants de Telefónica-Movistar dans l’Etat Espagnol. C’est la première fois que Telefónica, grande multinationale, fait face à une grève au niveau de l’Etat. Cette grève, connue comme « la révolution des échelles » (symbole de la dénonciation des conditions de travail difficiles et risquées), a eu lieu dans différentes communautés, dont le Pays Basque, la Catalogne et la communauté de Madrid. La grève a été suivie dans 30 provinces par plus de 15.000 travailleurs.
Link: http://www.revolutionpermanente.fr/Greve-illimitee-des-travailleurs-de-Telefonica

« La révolution des esclaves bleus »

Les travailleurs ont dénoncé l’existence des « chaînes de sous-traitance ». Ces sous-traitants ont pour but la précarisation des travailleurs et la baisse des salaires. Au dernier maillon de cette chaîne, on trouve les travailleurs "autonomes" : embauchés pour 2 à 3 heures par jour, ils sont obligés de travailler de 10 à 12 heures supplémentaires au noir pour obtenir un salaire de 800 euros.

Le personnel est réparti entre l’entreprise-mère, les sous-traitants et les autonomes. Certains de ces travailleurs, environ 600, sont embauchés dans les entreprises Telefónica en Amérique-Latine. Pour chaque travailleur muté dans l’Etat Espagnol, l’entreprise reçoit une aide de l’Etat. Pourtant, elle n’a jamais respecté les contreparties qu’elle devait mettre en place en termes de conditions de travail ou de papiers d’identité de ces travailleurs et travailleuses étrangers.

Les salariés, sous le mot d’ordre « un Homme, une voix », s’organisent en assemblées afin de mettre un terme à la division entre les travailleurs de Telefonica et ceux des sous-traitants, mais aussi entre espagnols et étrangers.

Ils ont ainsi organisé des piquets de grève, quelques occupations et manifestations dans toutes les villes en grève. Leur mouvement est connu comme « la marée bleue des esclaves de Movistar ».

La politique des syndicats

L’Alternative Syndicale des Travailleurs (AST), la Confédération Générale des Travailleurs (CGT) et les Commissions de Base (CO.BAS) étaient à l’initiative de l’appel à la grève. Les syndicats majoritaires, Union Générale des Travailleurs (UGT) et Commissions Ouvrières (CCOO), ont quant à eux fait tout leur possible pour arrêter la grève. Après avoir soutenu l’appel lancé, ils ont tenté de l’annuler en signant un accord avec les entreprises, sans l’avis des travailleurs.

Les travailleurs, avec ces syndicats alternatifs de gauche, ont dénoncé la trahison des syndicats majoritaires, que Telefónica a payés pour déjouer le mouvement syndical. Ils ont aussi dénoncé qu’aucun média n’ait couvert leur lutte, Movistar investissant des millions d’euros en publicité dans ces médias. Et après une assemblée générale, ils ont décidé de reconduire la grève illimitée et de demander l’intégration de tous les travailleurs dans l’entreprise Telefónica elle-même.

Une grève d’Etat. La convergence des luttes commence à s’organiser

À Barcelone, les travailleurs ont appelé à une réunion des syndicats alternatifs et de gauche, avec la présence des organisations politiques et des collectifs sociaux, dans l’objectif d’étendre le conflit, la caisse de grève et le soutien social de la grève.

Les travailleurs se sont organisés pour étendre la lutte et converger avec différents secteurs. D’une part, ils sont allés rencontrer dans les universités les étudiants qui soutiennent la lutte par leur présence au piquet et par la popularisation du conflit, à travers la caisse de grève et la campagne « un étudiant, un euro ». Les travailleurs leur ont rendu la pareille en participant activement aux manifestations étudiantes contre les réformes universitaires.

D’autre part, les travailleurs ont eu le soutien des ex-travailleurs de Panrico, qui l’an dernier ont vécu la grève la plus longue de l’histoire espagnole post-franquiste. Ces ex-grévistes font partie du comité de soutien à la grève des travailleurs de Movistar.

Un autre exemple de convergence dans la pratique est le soutien à Madrid des travailleurs de Coca-cola, qui ont été en grève et continuent la lutte. A la manifestation du 1er mai, ils ont eux-aussi fait tourner la caisse de grève de Telefónica.

A Barcelone, pour étendre la lutte, les travailleurs ont occupé le magasin principal de l’entreprise pendant 12h. Ils ont ainsi pu gagner le fait d’être reconnus comme représentants des grévistes et d’être reçus plus tard par les dirigeants.

Le jour de la négociation, environ 300 travailleurs, dont des représentants des grévistes de différentes villes de l’Etat, étaient présents. Cependant les patrons de Telefónica ne les ont finalement pas reconnus comme interlocuteurs, et ont affirmé ne vouloir négocier qu’avec CCOO et UGT. Malgré tout, les travailleurs ont acté la poursuite de la grève, appelée par les syndicats alternatifs et de gauche.

Dans le cadre des élections autonomes et municipales, les grévistes ont donc décidé de retourner occuper le magasin central de Barcelone. Aujourd’hui, les grévistes comptent 50 jours de grève et 6 jours d’occupation. Leur pression a eu un effet et différentes organisations de gauche ont signé un manifeste en soutien aux grévistes, qu’ils ont présenté dans une conférence de presse. Le manifeste « Compromis avec les échelles. Pour l’abolition de l’esclavage et la précarité au travail » a été signé, entre autres, par les Candidatures d’Union Populaire (CUP), Gauche Républicaine pour la Catalogne (ERC) et « Barcelone en Commun », candidature aspirant à la Mairie de Barcelone après les élections.

Une chose est sûre : les grévistes de Movistar sont un exemple de lutte. Ils sont devenus les représentants des secteurs les plus exploitées et opprimées de la société : la classe ouvrière précaire qui n’a jamais eu un CDI ou un salaire digne ; les intérimaires ; les travailleurs et travailleuses immigrés qui subissent la double exploitation ; les femmes travailleuses invisibilisées par le système capitaliste et patriarcal ; la jeunesse précaire, sans contrat, sans avenir, sans droit, sans syndicat.

02/06/2015

 
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