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La Izquierda Diario
7 de juillet de 2015 Twitter Faceboock

Revers contre Merkel, renforcement de Tsipras
OXI. Le peuple grec dit non à l’austérité. L’heure est à l’offensive contre la Troïka et le grand patronat
Juan Chingo
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Une première. Le chantage et les menaces de la Chancelière allemande et de l’Union Européenne n’ont pas fonctionné. Selon les premières projections en milieu de soirée, le « non » s’imposerait en Grèce avec 61% contre 39% pour le « oui ». Le différentiel de vingt points dépasse largement les estimations des instituts de sondage qui donnaient, jusqu’à l’avant-veille, le « oui » et le « non » quasiment au coude-à-coude. Toujours selon les premiers résultats partiels, le « non » a été largement majoritaire dans les principales villes du pays, notamment dans les arrondissements les plus ouvriers et populaires, de même qu’au sein de la jeunesse.

A travers ce vote, le monde du travail, la jeunesse, les retraités et plus généralement, les couches populaires, ont clairement exprimé leur rejet des attaques du Fonds Monétaire International (FMI), de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de l’Union Européenne (UE). En six ans, la Troïka a littéralement fait sombrer le peuple grec dans la misère. Le taux de chômage, dans le pays, dépasse les 27%, avec des pics de 60% chez les 18-25 ans, et les conditions de vie de la population ont reculé comme jamais depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre civile. Il s’agit d’un « non » à Merkel et à l’Europe du capital qui tente de se sauver aux dépends du peuple grec.

Tsipras sort renforcé du bras-de-fer

La victoire du « non » est, par ailleurs, une victoire du Premier ministre grec. Le résultat du référendum de dimanche fait de Tsipras un acteur fondamental sur l’échiquier politique grec. A l’intérieur de Syriza, la victoire du « non » renforce également le Premier ministre face à l’aile gauche du parti, renforçant considérablement sa marge de manœuvre politique, ce qui était moins d’être le cas avant l’appel au référendum. Pour preuve, certains analystes parlent déjà d’un élargissement du groupe de négociateurs en direction de partis politiques siégeant actuellement sur les bancs de l’opposition en vue des négociations avec l’Eurogroupe.

Dans le camp du « oui », pour tous ceux qui avaient accepté, sans broncher, ou presque, les diktats de la Troïka lorsqu’ils étaient au gouvernement, la secousse est très importante. C’est le cas, notamment, des conservateurs, qui viennent de voir l’ancien Premier ministre, Antonis Samaras, démissionner de la direction de Nouvelle Démocratie.

Au niveau européen, le « non » est l’occasion, pour François Hollande, de revenir sur le devant de la scène, puisqu’il s’agit, en dernière instance, d’un dur revers pour Angela Merkel. Le locataire de l’Elysée a néanmoins souligné qu’il attendait que le tandem franco-allemand se mette d’accord sur le dossier grec avant de faire quoi que ce soit. La Chancelière allemande est donc attendue lundi 6 juillet à Paris pour discuter avec Hollande. Au cours de la journée de dimanche, nombre de ministres français se sont néanmoins déjà prononcé en faveur d’une reprise des négociations entre l’Europe et la Grèce. « Quel que soit le vote en Grèce, a insisté le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, nous devons dès [lundi] reprendre des discussions politiques ». Le patron de Bercy n’a pas caché ses préférences, déclarant néanmoins que « si le non l’emport[ait], ce serait une erreur historique d’écraser le peuple grec », appelant, par ailleurs, à « ne pas faire le traité de Versailles de la zone euro ».

Un lundi décisif pour Berlin. La balle est dans le camp de Merkel

Politiquement, Merkel a perdu la partie. La balle, maintenant, est dans son camp. Elle pourrait refuser toute négociation et risquer, très concrètement, que la Grèce abandonne la zone euro. Les banques helléniques sont, en effet, à l’agonie. Les hauts-fonctionnaires de la Banque Centrale Grecque sont en train d’envisager de faire passer le plafond des retraits de soixante à vingt euros pour les prochains jours. La BCE devra donc décider, à son tour, lundi, l’accès ou non du système financier grec aux liquidités d’urgence. Si la BCE ne voit aucun signe d’accord se profiler entre Athènes et ses créanciers, il est probable qu’il durcisse ses conditions en faisant pression à la baisse sur les garanties déposées dans les banques grecques pour avoir accès à ces mêmes liquidités, ce qui pourrait conduire à la faillite, au bas mot, d’une des principales banques du pays.

C’est là ce que défendent les secteurs les plus durs du cabinet de Merkel, à l’instar de son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble. Sigmar Gabriel, le vice-chancelier social-démocrate de Merkel a, quant à lui, déclaré à la presse dès la fin du scrutin que « Tsipras avait rompu les derniers ponts existant pour que la Grèce et l’Europe puissent travailler à un compromis. Avec le rejet des règles de la zone euro, a complété Gabriel, des négociations sont à peine concevables ».

Merkel pourrait aussi faire le choix d’accepter les résultats du référendum et de relancer les discussions sur la base de la dernière proposition grecque. Athènes, dans son dernier brouillon, acceptait l’essentiel du plan du 25 juin, rejeté aujourd’hui par les Grecs, avec quelques modifications, notamment le rabattement d’un tiers de la TVA dans les îles ou encore le non-retrait des pensions complémentaires aux petites retraites. Le dernier plan proposé par Tsipras et Yanis Varoufakis, son ministre de l’Economie, serait parfaitement acceptable pour les créanciers d’Athènes. Le gouvernement grec a souligné qu’il n’accepterait ces sacrifices qu’en échange d’une restructuration de la dette, qui ne pourra jamais être remboursée dans l’état actuel des choses, ce que le FMI a reconnu lui-même le 3 juillet.

Si Merkel refuse de négocier, elle risque, par conséquent, de pousser la Grèce sur la voie du défaut de paiement unilatéral, mais également de perdre l’ensemble des fonds engagés dans les différents « plans de sauvetage » depuis 2010 et qui sont supérieurs à ce que Berlin entendait récupérer cette fois-ci. Tout ceci est à insérer dans le cadre d’une économie mondiale qui est entrée dans une nouvelle période de turbulences, avec la crise de la dette à Puerto Rico et le krach boursier chinois que les autorités de Pékin n’arrivent, pas, pour l’heure, à limiter.

Aucune confiance en Tsipras. Il est l’heure de passer à l’offensive

Malgré les difficultés extrêmes des situations auxquelles elles sont confrontées, malgré les pressions et le chantage, les masses grecques ont démontré qu’elles étaient disposées à aller jusqu’au bout. Ce n’est pas pour obtenir des modifications à la marge des plans austéritaires qu’elles ont dit « non ».

Il est fondamental que les aspirations et les espoirs des masses grecques ne soient pas instrumentalisées par Tsipras pour une simple négociation dans de meilleurs termes avec la Troïka, afin d’arracher un programme d’austérité atténuée, mais au nom du fait qu’il y a bien une lueur au bout du tunnel. C’est le sens, en dernière instance, de la proposition de restructuration de la dette qu’a avancée Athènes avant que les négociations ne soient suspendues entre le gouvernement et les Européens. Les aspirations des masses grecques à ne pas être écrasées et humiliées par les créanciers doivent se cristalliser autour d’un programme de lutte à la hauteur de ce qu’a exprimé le « non ».

Ce programme ne viendra pas du gouvernement Syriza. Tsipras est arrivé au pouvoir avec la promesse de suspendre l’application des coupes budgétaires. Mais il a tout simplement trahi ce mandat populaire en l’espace de cinq mois. Depuis février, il a accepté la quasi-totalité des exigences des créanciers de la Grèce, en élevant le niveau de TVA, en baissant les pensions et en approfondissant le programme de privatisations. Ce soir, il prétend utiliser le résultat du référendum comme un vote de soutien, à sa politique « d’ajustement négocié ».

Pour ce faire, de façon à éviter que le gouvernement n’utilise ce rejet massif exprimé par la majorité du peuple grec, il faut l’organisation et la mobilisation du monde du travail, seul à même d’imposer un véritable « non » au chantage impérialiste et à l’austérité.

Ce serait un premier pas pour organiser la lutte et la mobilisation ouvrière et populaire afin d’imposer un programme d’urgence qui inclut le non-paiement de la dette extérieure, la nationalisation du secteur bancaire et du commerce extérieur, le rétablissement des salaires et des pensions aux niveaux d’avant la crise, la nationalisation sous contrôlé des travailleurs des principales entreprises, autant de mesures fondamentales pour mettre fin aux attaques et à l’austérité et de façon à ce que ce soit aux capitalistes de payer la facture de la crise.

 
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