http://www.revolutionpermanente.fr/ / Voir en ligne
La Izquierda Diario
28 de janvier de 2019 Twitter Faceboock

Extreme-droite
Brésil. Le fils de Bolsonaro accusé de corruption

Le scandale de corruption du fils de Jair Bolsonaro met à nu les contradictions du gouvernement d’extrême droite Brésilien.

Link: http://www.revolutionpermanente.fr/Bresil-Le-fils-de-Bolsonaro-accuse-de-corruption

Nous publions ici l’article de notre camarade Thiago Flamé, publié dans La Esquerda Diario, journal membre comme Révolution Permanente du réseau international de journaux en lignes La Izquierda Diario au Brésil.

Traduction : Julien Anchaing

Jeudi dernier, la révélation d’un cas de transferts financiers entre comptes de fonctionnaires de l’Assemblée législative de Rio de Janeiro impliquant un ami et conseiller de la famille Bolsonaro a fini par prendre des proportions bien plus importantes, alors même que le nouveau président héritier du coup d’Etat institutionnel au Brésil faisait ses débuts sur la scène international à Davos. Des signes de l’implication de sa famille dans les milices carioca (de la capitale de Rio) ont commencé à apparaître, ainsi que de possibles liaisons avec l’assassinat de la députée de gauche Marielle Franco perpétré le 14 mars dernier. Retour sur les contradictions principales du gouvernement qui sont une fois de plus mises à nue par l’implication de Flavio Bolsonaro dans ce cas de corruption.

Au-delà des intêrets propres au développement initial de l’affaire, ce sont plutôt les implications qu’elle sous-tend ainsi que les réactions des différentes tendances au sein du gouvernement qui cherchent à tirer profit de la situation pour repenser leur poids au sein du gouvernement qui constituent la crise pour Bolsonaro. De plus,celle ci ayant gagné en imprévisibilité, elle entame pour le gouvenrement de Rio une étape de plus dans la profonde crise politique et sociale qui traverse la région et qui pourrait avoir un impact sur tout le gouvernement fédéral.

Alors que la lutte contre la corruption avait été le principal axe de campagne de Bolsonaro pendant les dernières présidentielles, cette crise s’installe dans le cadre de profonds doutes sur les différents contradictions actuelles du programme du gouvernement qui aura pour facteur décisif l’application de la réforme des retraites promise par le président ainsi que l’agenda économique d’austérité qui devra marquer un nouveau calcul de la relation de force sur le plan de la lutte du mouvement ouvrier.

D’un côté les Olavistes, de l’autre, les Guedistes.

Au centre du scandale, Flavio Bolsonaro, le fils du président et figure publique de son mouvement électoral, autour duquel se forme la principale dispute interne au gouvernement et qui ne cesse de démontrer le caractère pro-impérialiste et dépendant aux Etats-Unis de ce gouvernement. Celle ci s’est accentuée depuis les incisives de Olavo de Carvalho, principal idéologue du mouvement de Bolsonaro contre l’une des ailes du Parti Social-Libéral (PSL) qui avait envoyé un grand groupe de parlementaires en Chine et ouvrant une controverse importante en interne au parti du président en place en révélant qu’au-delà de ce différend, il existe aussi un autre entre le gourou du clan Bolsonaro et le ministre de l’économie néolibéral Paulo Guedes. "Le Ministère de l’Economie sous Paulo Guedes est un gouvernement ; le territoire de la prospérité adulte dont la fonctionnalité, à confirmer, autorisera les fillettes à jouer à l’idéologie dans un parc.” La phrase de l’exécutif du groupe d’édition Record exprime comment les Guedistes voient l’aile trumpiste de Bolsonaro. Un coup qui atteint le noyau familial des environs de Bolsonaro et des ministres de la "cota Olavo de Carvalho" serait donc une bonne nouvelle pour ce secteur.

Sérgio Moro, Coaf et l’autoritarisme judiciaire

Entre alliés et adversaires, on soupçonne que la fuite a été faite par le Coaf, organe de contrôle des activités financières, à la demande de Sérgio Moro lui-même, le juge fédéral à la charge de l’affaire Lava Jato qui avait abouti à l’emprisonnement de Lula et son accés direct au ministère de la justice. Ces relations avec le Département d’Etat américain depuis l’époque de l’administration Obama et avec les intérêts des monopoles impérialistes comme Shell, posant comme objectif possible d’affaiblir le clan Bolsonaro, afin d’assurer un président en otage des néolibéraux déjà présents dans son gouvernement et simple administrateur, dans le cadre de ces réformes et privatisations promises au capital international comme il n’a cessé de le promettre.

C’est une situation qui ne cesse de s’aggraver pour la famille Bolsonaro, alors même que celle ci est impliquée dans une autre opération judiciaire, les Intocables de Rio das Pedras, menée par le Parquet de Rio de Janeiro (MPRJ), qui enquête sur les milices para-militaires. Au carrefour des informations entre les deux opérations, les preuves de l’implication du cabinet de Flávio Bolsonaro dans les milices sont apparues fortement.

Était-ce un mouvement coordonné entre le parquet fédéral et celui de Rio de Janeiro, unifiant Sergio Moro, Lava Jato et le bureau du procureur du carioca, ainsi que le groupe médiatique Globo (principal journal de droite du pays et monopole de la communication), pour atteindre pleinement le noyau familial, de peur que le clan Bolsonaro ne perde de vue le principal objectif de ces différents alliés : les attaques économiques qui pourraient l’opposer à une partie importante de sa base sociale ? Ou s’agit-il d’un mouvement non coordonné et du parquet de Carioca agissant soit par vocation messianique, soit en fonction d’intérêts plus provinciaux ? Cette crise pourrait d’ores et déjà fermer ce que les éditorialistes brésiliens ont appelé la “lune de miel” de Bolsonaro, liée à sa récente institution et à sa figure encore immaculée il y a peu.

L’offensive du réseau Globo

Le réseau Globo, l’une des principales forces qui soutient l’opération Lava Jato et le programme de réforme, s’ajoute aux facteurs de pouvoir déjà mentionnés, qui agissent dans leur grande majorité pour affaiblir l’aile trumpiste du gouvernement. Dans une crise financière qui dure depuis longtemps, en raison de la perte du soutien gouvernemental qu’il a maintenu pendant les gouvernements pétitionnaires, le Globo lutte pour rester un leader et profite de la situation pour frapper Flávio Bolsonaro et l’aile idéologique du gouvernement, liée au réseau Record de l’évêque Edir Macêdo de l’Église universelle du Royaume de Dieu, qui a su faire élire Marcelo Crivella maire de Rio de Janeiro. Il s’agit d’un saut dans le poids politique de l’Église universelle, dont le Globo craint qu’il ne continue à se renforcer de manière accélérée, ce qui est également à l’origine de la position prise par le journal de "défense des droits" des femmes, de la diversité sexuelle et des Noirs, en plus des limites imposées au bolsonarisme en général.

Le facteur Mourão et l’agro-industrie

Au sein gouvernement, le vice-président et ancien général Hamilton Mourão a agi indépendamment de Bolsonaro. Il reçoit les délégations internationales, désavoue le changement de l’ambassade du Brésil en Israël à Jérusalem et les attaques rhétoriques contre la Chine, et bien qu’il ne défende pas une guerre contre le Venezuela, il maintient un discours dur contre Maduro. Mourão, comme le général Augusto Heleno, responsable du cabinet de sécurité institutionnelle, fait également partie de la pression pour éloigner les enfants de Bolsonaro du noyau central du gouvernement.

Dans ces numéros, il reproduit les préoccupations des secteurs agro-industriels qui dépendent des relations commerciales avec le monde arabe et la Chine et qui viennent de faire l’objet d’un avertissement fort avec les embargos de l’Arabie saoudite sur 33 usines de conditionnement de viande au Brésil. Sur la question des retraites, Mourão a soulagé les marchés en déclarant qu’elle toucherait également les militaires.

Les facteurs et les acteurs de la crise de Rio de Janeiro augmentent l’imprévisibilité au cours de la crise.

L’Opération Intocables ajoute un facteur carioca (de Rio de Janeiro) à la crise. Rio est le bastion de la famille Bolsonaro, des milices, de l’Église évangélique, du géant Globo, et c’est là qu’il y a des disputes entre les ailes de la caste politique, prêtes à s’attaquer pour éviter la prison, avec pour méthode du filtrage des nouveaux scandales à des solutions directement armées.

L’expression la plus grave de ces différends a été l’assassinat de Marielle Franco, qui, selon les enquêtes (dont il faut se méfier), relierait les meurtriers non seulement à Flávio Bolsonaro mais à Jair lui-même, comme le montrent les photos de lui avec l’accusé. Les relations de la famille avec d’autres miliciens réapparaissent aussi à travers la défense et la légalisation de cette mafia par le président.

Nous devons rompre la trêve avec Bolsonaro et préparer un plan de lutte contre la réforme des retraites et la réaction .

Ces fortes querelles au sein du gouvernement de Bolsonaro se développent dans le cadre d’une popularité encore grande du président, qui n’a même pas terminé un mois de gouvernement. Avec une opposition disjointe, dont une partie (PCdoB et PDT) s’est déjà prononcée en faveur de l’élection du chef du coup d’Etat Rodrigo Maia à la présidence de la Chambre des députés, dans laquelle le PSOL tente de faire avancer la politique du PT qui cherche à constituer un front parlementaire et qui met de côté les intérêts des travailleurs et du peuple en fonction des alliances avec des secteurs d’une opposition supposée démocratique. En plus des secteurs bourgeois opportunistes et démagogiques tels que Ciro Gomes, il pourrait même inclure des ailes du PSDB, aussi intéressées que Paulo Guedes par la réforme des retraites.

Nous le voyons, la "paix" accordée par les centrales syndicales, qui se consacrent à demander au gouvernement des négociations pour discuter d’une réforme alternative et considérer tout le reste comme un écran de fumée, comme l’a dit Lula, est un élément fonctionnel de cette stratégie. Au contraire, pour profiter des divisions du gouvernement de Bolsonaro, il est nécessaire de réaliser un plan de lutte sérieux, avec des mesures d’organisation et de mobilisation, et de préparer les conditions pour faire échouer la réforme des retraites quand elle sera présentée au Congrès. Une partie de ce plan serait de renforcer la lutte à la mémoire de Marielle, exigeant une enquête indépendante, l’emprisonnement de ces meurtriers ainsi que commanditaires, ainsi que le soutien à la lutte des femmes, de la communauté sexodiverse, des peuples indigènes et de tous les secteurs déjà attaqués par le bolsonarisme, et de commencer à forger cette alliance entre travailleurs, jeunes, femmes et secteurs opprimés.

Nous ne pouvons pas regarder passivement les luttes de fractions entre les secteurs bolsonaristes et qui se disputent dans leur méthode d’attaque envers le peuple travailleur. Sans l’illusion d’être confronté à une tâche facile et que Bolsonaro est sur le point de tomber, il est nécessaire d’exiger que les centrales syndicales, la CUT, la CTB impulsent l’organisation de comités dans tous les lieux de travail et d’étudier afin que la force des travailleurs, des femmes et des jeunes puissent également être un facteur dans la situation politique actuelle.

 
Revolution Permanente
Suivez nous sur les réseaux
/ Révolution Permanente
@RevPermanente
siterevolutionpermanente@gmail.com
www.revolutionpermanente.com