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La Izquierda Diario
11 de mars de 2019 Twitter Faceboock

Chroniques d’outre-atmosphère
Paris 2119 : que peuvent bien nous apporter les dystopies ?
Arthur Nicola

Sorti fin janvier, ZEP, l’auteur de la célèbre série Titeuf, vient surprendre, aux côtés de Dominique Bertail, avec Paris 2119, un récit d’anticipation qui questionne, assez platement, notre rapport à notre « moi numérique ».

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Qu’est ce qui fait la substantifique moelle de Paris ? Chaque dessinateur a sa vision de la capitale, et chaque récit d’émancipation se déroulant dans la capitale est l’occasion de montrer le coeur de la ville. Dans Revoir Paris, de Schuiten et Peeters, la ville lumière y était réduite à ses monuments, du Père Lachaise à Notre-Dame en passant par le musée des Arts et Métiers. Mais ici, c’est un Paris beaucoup plus quotidien qui semble devoir résister au passage du temps, avec le métro comme allégorie de ce Paris que tous connaissent. Les monuments sont protégés par des champs magnétiques tandis que la misère de l’autre partie pourrit sous la crasse ambiante. Dans le monde de Paris 2119, les problèmes de transports ont été résolus par le Transcore, une méthode de téléportation qui permet d’aller de Paris à Pékin en 17 secondes. Mais le métro fonctionne toujours, pour ceux qui ne veulent pas se téléporter, comme Tristan Keys, le héros de l’histoire, mais aussi pour quelques marginaux et touristes.

C’est dans ce Paris quotidien, populaire, que s’ouvre ce récit dystopique d’anticipation. Dans un siècle, tout sera contrôlé : des drones contrôlent votre identité à l’entrée du métro, de votre appartement, tous les habitants sont dotés de puces électroniques ; il faut même des permis pour se reproduire ! Dans cette société presque totalitaire, dont on ne fait qu’effleurer une surface pluvieuse et morne, c’est avant tout le rapport au digital qui intéresse les auteurs, bien que le récit soit parsemé de quelques poncifs sur le monde de demain, notamment une catastrophe climatique qui a obligé les humains à lancer un « programme de désinfection de l’atmosphère » qui fait tomber une pluie incessante sur Paris.

« Puisque tout est virtuellement accessible, le concept même de bonheur a disparu » explique un phylactère. Une réflexion qui semble avoir plu à la majeure partie des critiques du neuvième art, mais qui en réalité puise ses ressources dans les discours de nos grands parents sur la technologie. Dans une interview donné à ActuaBd, Dominique Bertail avoue que « l’album n’est d’ailleurs pas un livre à thèse, c’est plus un livre à intuition, qui capte les angoisses et l’espoir du moment, pas du tout à l’échelle planétaire, mais au niveau de l’humain, de celui de ce jeune couple ». Ce jeune couple, c’est celui de Tristan et Kloé, une relation miroir entre un nostalgique de l’ancien temps qui aimerait procréer en couchant avec son amie et une incarnation du « progrès » qui se déplace en Transcore et réprime chez son ami les comportements « typiques du XXe siècle ». Si le pari de « capter les angoisses et les espoirs du moment » est réussi, c’est aussi par là que Paris 2119 est assez ennuyeux et prévisible.

Par la force du genre de l’anticipation, ZEP vient finalement nous expliquer que le problème de l’humanité serait la disparition des rapports humains à travers le développement exponentiel de ces « doubles numériques » qui se développement sans cesse, via les réseaux sociaux, les jeux vidéos etc. Alors que le monde si joliment dessiné par Dominique Bertail expose toutes les arcanes d’une société ultra-contrôlée par l’État et Transcore, le problème serait-il vraiment nos identités numériques ? Comment espérer accéder au bonheur quand les individus sont aliénés et soumis au point où la moindre question sur le monde qui les entoure, la moindre petite perturbation est littéralement supprimée ?

Paris 2119 reste donc un récit assez prévisible, dans un mouvement général qui favorise les productions dystopiques. La définition qu’en fait Bertail est finalement assez intéressante de ce point de vue, mais aussi assez idéaliste. Si effectivement, il existe aujourd’hui un sentiment général que le futur ne pourrait être que plus mauvais, plus aliénant, plus froid, capter ces « angoisses et espoirs du moment » et les retranscrire tel est aussi un travail performatif qui contribue à les renforcer, là où l’artiste pourrait, loin d’être un simple médiateur du pessimisme ambiant, être son interlocuteur et lui répondre avec sa créativité.

Paris 2119, ZEP, Dominique Bertail, Rue de Sèvres, 17€, Janvier 2019

 
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