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La Izquierda Diario
13 de mars de 2019 Twitter Faceboock

BOUTEFLIKA DEGAGE : NON AU MANDAT « 4,75 »
Algérie : Le quatrième mandat présidentiel prolongé suffira-t-il à calmer la contestation ?
Claude Manor

La manœuvre du « stand by » électoral concoctée par le camp Bouteflika ne dupe personne. Même si les manifestants se sont réjouis du recul symbolique de la présidence, ils ne lâchent pas le terrain. Car c’est non seulement du président qu’ils ne veulent plus mais aussi de son monde… Ce n’est pas plus tard, mais maintenant qu’ils veulent que leur sort change.

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image : © Arslane BESTAOUI/SIPA

Un report sine die, une véritable provoc

C’est l’approche des élections présidentielles et la perspective de voir le camp de Bouteflika exercer, par momie interposée, la fonction présidentielle pendant encore 5 ans qui a provoqué une gigantesque protestation au sein de la population algérienne. Tous les vendredis, depuis le 22 février, des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues des grandes villes du pays, avec une journée de mobilisation historique le 8 mars.

Le 11 mars, la population a salué par de nombreux klaxons l’annonce que Bouteflika ne briguerait pas un 5ème mandat. Mais à peine les algériens avaient-ils commencé à savourer un goût de victoire qu’ils découvraient l’entourloupe concoctée par l’opaque gouvernance de l’Etat : Il n’y aura pas de 5ème mandat, tout simplement parce que le 4ème continue !!!

Effrayés par la poussée populaire dont l’issue pouvait déstabiliser durablement l’ordre établi, et redoutant un affrontement qui pourrait être à leur désavantage malgré le poids de l’armée, les militaires de l’entourage de Bouteflika et les bourgeois vivant depuis des années des prébendes de la rente pétrolière ont déployé des trésors d’ingéniosité pour trouver la formule politique magique capable de désamorcer cette mobilisation puissante.

Ils ont trouvé. Comme toujours, lorsque le pouvoir joue la montre et le pourrissement pour faire face à une situation de crise, il faut inventer un hochet pour faire patienter en attendant que le temps ait eu raison des manifestations et des revendications immédiates. Cette tactique est celle qu’a utilisée Macron avec son « Grand Débat » pour faire face à la révolte des Gilets Jaunes. De l’autre côté de la méditerranée, aujourd’hui, c’est une tactique similaire qui se met en place avec l’annonce d’une « conférence nationale » et de l’élaboration d’une nouvelle constitution qui précèdera des élections présidentielles dont la date n’est pas fixée.

La riposte ne se fait pas attendre

Toutes les couches sociales mobilisées ont eu tôt fait de comprendre qu’elles étaient flouées. La riposte est immédiate. Les manifestations reprennent. Le mercredi 13 mars des appels sont lancés dans plusieurs grandes villes et dans tout le pays on se mobilise. Dès le matin, des manifestations ont lieu à Constantine devant la cour de justice avec une forte participation de magistrats. A Alger, étudiants et enseignants convergent vers le centre de la capitale et dénoncent la ministre de l’Education en scandant « Benghabrit dégage ». Plusieurs autres villes sont mobilisées avec des manifestations et des revendications non seulement pour demander le départ de Bouteflika mais aussi pour des revendications concernant l’éducation, la santé. Des départs de grève ont lieu comme à Béjaïa où une grève des transporteurs est en cours. En Kabylie, c’est une grève quasi générale qui se développe.

Devant une telle riposte, le vice premier ministre fraîchement nommé, Ramtane Lamamra, devenu également ministre des Affaires Etrangères, est monté dans l’après-midi de mercredi au créneau et a dû répondre au mécontentement et à l’impatience de la population en faisant savoir que cette situation de transition « voulue par Bouteflika » n’était pas destinée à durer : « Personne n’a intérêt à ce que la période de transition s’éternise », a-t-il déclaré. Il a promis « un nouveau système politique reposant sur la volonté du peuple ». Toutefois, il a dû revenir sur la promesse un peu trop hâtive qu’il avait faite lundi 13 mars que tout cela serait bouclé avant la fin de l’année et admettre qu’on pourrait déborder sur 2020.
Quant aux rumeurs selon lesquelles une dissolution prochaine des deux chambres qui composent le parlement serait envisagée, il les a formellement démenties. Surtout ne rien bouger et laisser le temps au temps…

Les manifestants ne sont pas près de rentrer dans le rang

Mais au-delà des aspects calendaires, c’est la légitimité politique du pouvoir en place pour mettre en place un processus de démocratisation qui est en cause. La question de la représentation de la population algérienne est directement posée. Pour les étudiants, la jeunesse qui représente plus de 50% de la population, pour les enseignants, les magistrats, pour les nombreuses femmes mobilisées qui revendiquent pour leurs droits, ce n’est pas un processus dit de « démocratisation » conduit par les Bouteflika et consorts qui peut répondre à leurs attentes. Ils veulent pouvoir être représentés et décider de leur avenir.

Même si les élections initialement prévues le 22 avril, et débarrassées de la candidature de Bouteflika se tenaient prochainement, elles ne représenteraient cependant pas à elles seules l’aboutissement du vent de « printemps arabe » qui souffle actuellement en Algérie. Il y a urgence à ce que le mouvement reconstruise des forces militantes organisées pour se débarrasser du régime militaro réactionnaire qui gangrène l’Algérie sous domination impérialiste.

Si nouvelle constitution il doit y avoir, elle ne pourra réellement représenter un progrès démocratique pour les couches populaires algériennes, et notamment la jeunesse, que dans le cadre d’une assemblée constituante révolutionnaire, portée par des représentants des secteurs de la population en lutte, de la jeunesse, des travailleurs, des femmes, et non d’une constitution pondue dans les officines politiques d’un Bouteflika et de ses sbires.

Il semble en tout cas que les manifestants ne soient pas prêts à se laisser déposséder de leur lutte, même s’ils devaient affronter une répression que 47 d’entre eux ont déjà commencé à subir en se retrouvant derrière les barreaux à Alger.

 
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