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La Izquierda Diario
27 de mars de 2019 Twitter Faceboock

Témoignage | Acte 19
“J’avais peur de mourir”. Mélissa, 18 ans, street-médic violemment matraquée par des CRS à Nice

“Ceci est le témoignage de ce qui m’est arrivé samedi 23 mars à Nice, où j’ai été violemment battue par des CRS”. Mélissa nous livre son témoignage, affligeant, sur les violences policières subies après que son équipe de Street-médic ait tenté de secourir Geneviève Legay.

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“J’ai 18 ans, et je suis Street Medic dans les Alpes Maritimes. Le samedi 23 mars dernier, je me suis rendue à la manifestation Gilets Jaunes de Nice, qui avait été interdite par le Maire sur validation du Préfet des Alpes Maritimes. Je suis arrivée un peu en retard, vers 10h30, et mon équipe de Street Medics (13 personnes) était déjà sur les lieux, et déjà encerclée par un cordon de CRS. Je leur ai donné à boire, car ces derniers ne voulaient pas les laisser sortir de la nasse pour aller chercher des bouteilles d’eau. Nous étions 3 à être en dehors de l’encerclement, des Gilets Jaunes étaient également encerclés. Les gens à l’extérieur de la nasse ont commencé à être dispersés, et il y a eu une sommation de la part des CRS. Il faut savoir que quand nous (les Street Medics) intervenons sur des manifestations, nous nous mettons sur les côtés pour être identifiables, nous portons un tee-shirt spécifique, des lunettes de plongée, masque à gaz, casque, et du matériel médical d’urgence sur nous.

Le gazage a commencé et une dame de 73 ans a été bousculée par les forces de l’ordre et est tombée au sol, saignant beaucoup de la tête. Mon équipe a tenté de lui porter secours, mais le commissaire nous en a empêchés. Mes Medics ont voulu reculer mais ils ont été gazés (un a même été bousculé) et 7 d’entre nous ont été interpellés. Le gaz était très violent, d’habitude il ne me rend pas malade, mais là je ne me sentais pas bien du tout.

Le reste de mon équipe et moi-même sommes repartis en arrière, essuyant les insultes des CRS présents. En début d’après-midi, nous sommes partis de la gare Thiers pour nous diriger vers le boulevard Gambetta. Les gens étaient repoussés vers de petites rues adjacentes, et les CRS ont commencé à jeter des grenades de désencerclement. J’ai mis mon équipement malgré l’interdiction, les autres medics sont partis plus loin mais je suis restée sur place, ayant vu une dame d’une soixantaine d’années s’écrouler par terre, avec des difficultés respiratoires. Mon premier réflexe a été de retirer mon équipement pour lui mettre mon masque et la protéger, me laissant exposée au gaz, et moi-même au bord du malaise. Cette dame, revenue à elle, était dans un état de gros stress et de choc."

“A ce moment-là je voyais défiler ma vie et j’avais peur de mourir”

“Nous nous trouvions dans une petite ruelle quand j’ai vu le commissaire accompagné d’une équipe d’environ 15 CRS se diriger vers moi. Il a crié « on charge ». Mon réflexe a été de me mettre en protection sur la dame, en boule. Ils avaient des gazeuses, des matraques et des flashball. Plus ils s’avançaient plus j’entendais les flashball et les palets de gaz tomber vers nous. Des CRS ont commencé à matraquer les jambes de la dame, j’ai mis ma jambe sur elle et c’est donc ma jambe qu’ils ont continué de matraquer puis mon corps entier, au moins une dizaine de fois. Je n’ai pas vraiment compté, à ce moment-là je voyais défiler ma vie et j’avais peur de mourir. J’étais dans un état second, je me sentais très mal.

Les CRS m’ont soulevée de force car je n’y arrivais plus par moi-même en me criant « lève toi, feignante » tout en me gazant en pleine bouche, pendant que je criais et pleurais de douleur. Le commissaire a dit à ce moment-là « celle-ci on l’embarque, menottez-la et on l’interpelle ». J’étais incrédule, je ne pensais pas une chose pareille possible… J’avais à la ceinture mon matériel d’assistance médicale, j’ai détaché ma banane et dans un réflexe de survie j’ai frappé le CRS qui m’empoignait et je me suis enfuie, malgré ma jambe blessée extrêmement douloureuse et impossible à plier. Je me suis retrouvée dans une voie sans issue et j’ai fait demi-tour et je me suis retrouvée rue Trachel. Là, je me suis effondrée par terre. Des Gilets Jaunes que je ne connaissais pas sont venus à mon secours. Un de mes Medics m’a appelée au téléphone pour me dire que la situation était pendant ce temps catastrophique au Parc Impérial (une personne avec une oreille arrachée par une flashball, une autre la tête ouverte par des coups de matraque, une autre blessée par flashball au mollet, et d’autres blessés moins graves). Ce qui restait de mon équipe les a pris en charge pendant que l’un d’entre eux venait me chercher en voiture car je n’arrivais plus à marcher. Il voulait me ramener chez moi mais j’ai refusé de laisser autant de gens en détresse partout.

Sur le chemin, au niveau de la voie Mathis, j’ai eu la vision d’horreur d’une multitude de blessés par des coups de matraques distribués avec une violence sans nom. Il y avait beaucoup de femmes, ils frappaient sans distinction. Nous sommes arrivés à la gare Thiers, avons rejoint les Street Medics restants, puis nous nous sommes rendus au commissariat Auvare, pour soutenir nos Medics interpellés et tous les gens en garde à vue. Mon état ne s’améliorant pas, j’ai dû me rendre à l’hôpital Pasteur où l’on m’a prise en charge. On m’a diagnostiqué une entorse cervicale et une au genou, et encore j’ai été, selon le médecin, très chanceuse car quelques coups de plus et mon genou était fracturé. J’ai deux rendez-vous la semaine prochaine, un en traumatologie et un pour IRM du genou. J’ai 5 jours d’ITT qui selon le médecin seront sans aucun doute prolongés.

Je suis si choquée que j’ai décidé de porter plainte, car pour moi c’est inadmissible de battre ainsi des gens sans défense, des femmes, des personnes âgées parfaitement pacifiques, mais aussi des gens comme moi, qui, suivant le serment d’Hypocrate, se doivent de rester sur place coûte que coûte pour soigner quiconque en a besoin. Et, en théorie, la police n’est pas censée, comme le commissaire l’a fait, empêcher les soins aux victimes, au demeurant toujours plus nombreuses. Nous, les Street Medics, soignons, de façon bénévole et à nos risques et périls. Et je suis fière d’en faire partie. Même si je dois y laisser ma santé ou ma vie, je continuerai de soigner les gens en détresse.”

"Si vous souhaitez faire un don au groupe de Street Medics des Alpes Maritimes (06), vous pouvez le faire ici. Il nous permettra d’acheter l’équipement médical nécessaire à nos interventions de premier secours."

 
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