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La Izquierda Diario
29 de mars de 2019 Twitter Faceboock

Témoignage / Partie 2
L’envers de la garde à vue : la famille d’un Gilet Jaune interpellé témoigne
Correspondant-e

Hier, nous avons publié le témoignage d’un Gilet Jaune interpellé le 16 mars dernier à Paris, lors de l’acte 18. Nous publions aujourd’hui le témoignage de sa famille, qui détaille l’angoisse, la peur et les manœuvres de la police pour empêcher tout contact.

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Crédit photo : Lily Blue Imagin

Le témoignage du Gilet Jaune interpellé disponible içi

Tout a commencé pour la compagne du gilet jaune samedi 16 mars 2019. Voici ci-dessous son témoignage :

Je reçois un appel sur mon téléphone d’un numéro privé à 21h34. Je décroche, on me dit : « bonjour madame, je suis opj au commissariat du 20ème arrondissement de Paris, je vous appelle pour vous dire que votre mari et en GAV chez nous... » Alors là, surprise, je réponds « ah bon, mais pourquoi, quel est le motif ? » On me dit « euh... votre mari aurait tapé un de nos policiers apparemment... ». J’ai répondu « ça m’étonnerait, mon mari n’est pas violent. » Je demande à lui parler : refusé. Je demande alors pourquoi et on me répond « parce que c’est comme ça. »

Je demande ensuite si mon mari a fait appel à un avocat ou si je m’en occupe, et là il me répond méchamment « mais madame, arrêtez, votre mari est grand il sait se débrouiller seul quand même, il est majeur ! » Je lui dis que j’ai le droit de savoir pour entreprendre les démarches, nouveau refus. Du coup, on me donne le numéro pour appeler le lendemain, pour savoir la suite. Je le remercie et profite pour demander depuis quand il est chez eux, il me répond 19h15. Je dis « OK, bon je vais faire le nécessaire de mon côté. »

Le lendemain, trop inquiète, j’appelle vers 10h au numéro que l’on m’a transmis, mais personne ne me répond alors je recommence plusieurs fois dans le journée (13 fois au total). Toujours aucune nouvelle. Inquiétée, angoissée, je contacte ma belle-mère, lui raconte ce qu’il se passe et lui donne le numéro pour qu’elle essaye aussi. Mais comme pour moi, personne ne décroche.
Pendant ce temps-là, j’ai réussi à trouver un avocat avec l’aide d’amis.

Le dimanche soir, toujours pas de nouvelles jusqu’au lundi 19 mars au soir vers 19h30, où je me rends chez mes parents, énervée de ne pas avoir eu de nouvelles. Anxiété, mal de ventre, vomissements, crises d’angoisse, pleurs… Je ne mangeais plus... Je suis allée chez le médecin qui me voit pas bien du tout, et me met 2 semaines d’arrêt avec des médicaments pour m’aider à dormir. Chez mes parents, je demande à rappeler avec leur fixe, car j’ai tellement appelé le commissariat que ça m’a pris tout mon forfait communication de 2h.

Je reéssaye. Sans conclusion. Alors je change de numéro, je prends celui qui est mis sur internet : numéro d’accueil du commissariat, un numéro différent que celui qu’on m’avait transmis. Là, une femme décroche, je lui explique la situation, elle me dit « vous n’êtes pas au bon serveur, alors je vous transfers vers le sous-officier. »

Ce dernier me dit que mon mari ne veut pas d’avocat. Je lui dis que ça m’étonne et demande à lui parler : il me refuse direct ! Je lui dis que normalement la loi stipule qu’on a le droit à 30 minutes par jour il me répond : « mais vous êtes qui déjà pour demander tout ça ? Donnez-moi votre nom. » Je lui réponds je suis sa FEMME, je lui donne mon nom, il me dit : « mais ça n’est pas possible ! Mr. Mornet nous a confirmé qu’il n’avait ni femme ni enfants ». Je me suis énervée et lui ai dit « vous êtes menteur, c’est faux, je suis même pacsée ! » Il m’a répondu : « ah oui vous le prenez comme ça ? Dire que je suis menteur, alors je raccroche ! » et c’est ce qu’il a fait !

Là je suis restée dépitée, ma mère était à côté, elle aussi a entendu et était outrée de voir ce mensonge. Le matin même, ma belle-mère avait déjà fait comme moi, appeler, et avait réussi à les avoir. On lui avait carrément dit de passer une annonce pour disparition de son fils car « on ne sait pas si votre fils et chez nous » !

Voyez-vous un peu la pression qui nous mettent et l’angoisse ? Ma belle-mère aussi a dû se mettre en arrêt une semaine à cause des angoisses que nous avons subit. J’ai fait appel à l’avocat que j’avais trouvé, qui me disait à chaque fois que mon mari avait soit-disant refusé tout avocat donc qu’il ne pouvait accéder au dossier ni nous dire le motif exact… Cet avocat a été le seul à m’aider comme il le pouvait pour me donner des nouvelles de mon mari et me communiquer les suites, notamment comme quoi il était prolongé en garde à vue, ou bien emmené jusqu’au tribunal.

Mardi 19 mars, l’avocat me dit : « votre mari va être déféré au tribunal, il passe à 13h30. » Ensuite une dame enquêteuse sociale m’appelle vers 10h30 pour me dire que mon mari va aller au tribunal et me dit : « je viens de voir votre mari, je lui ai parlé, maintenant je veux avoir confirmation de votre part si tout est bien vrai. » Evidemment tout était cohérent, et là elle me dit enfin « votre mari m’a demandé de vous passer un message : Serait-il possible que vous puissiez trouver un avocat pour préparer sa défense au tribunal ? » Là j’ai tout de suite dit oui, qu’on n’attendait que ça pour que l’avocat prenne l’affaire en main, suive son dossier et sache surtout le motif des poursuites.

« Mardi en attendant son passage tout s’est enclenché avec l’avocat qui a pris le dossier de mon mari en main. Entre la peur, l’angoisse, les enfants, qui n’en pouvaient plus de ne pas avoir leur papa même par téléphone. Trouvez-vous ça normal que sa fille de 6 ans demande « papa il est mort c’est ça... ? On n’a pas de nouvelles, il ne nous appelle pas, on ne le voit plus et maman tu fais que pleurer… » J’ai été obligée de lui mentir pour ne pas la tracasser et lui expliquer ça à son âge, par honte de notre France.

Cela a été très dur, même un cauchemar pour moi. Je vais mettre plusieurs jours à m’en remettre, après avoir appris sa délibération à 21h45. Le soulagement, les nerfs, la fatigue qui redescendent… C’est le soulagement même si ce n’est pas fini. On va se battre contre cette injustice ! Contre ces violences policières et tous ces mensonges qu’ils ont pu nous dire ! »

Lorsque mon mari est arrivé dans la nuit du mardi au mercredi j’ai pu constater des blessures qui m’ont poussé à lui prendre rendez-vous chez le médecin, qui l’a examiné et a conclu qu’il avait :
- un hématome au flanc droit
- une ecchymose au genou droit
- une coupure sur le pavillon de l’oreille gauche
- une douleur à la palpation de l’arcade sourcilière droite
- un hématome à la paupière droite
- une croûte sur la lèvre supérieure
- une douleur de la mâchoire supérieure

Voilà : LES CONCLUSIONS DE LA VIOLENCE POLICIÈRE.

 
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