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15 de avril de 2019 Twitter Faceboock

Gilets jaunes
Témoignage. Acte 22 à Toulouse : "Nous venons de vivre une véritable scène de guerre"

Clément témoigne de la répression ultra violente que les Gilets jaunes ont connu à Toulouse ce week-end, les manifestants - dont des enfants - tombant inconscients au milieu des pluies de lacrymo, jusqu’au moment d’être secouru par des habitants et des street médics.

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Crédit photo : JohanPX

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Témoignage de Clément (Toulouse)

Ce samedi 13, à Toulouse, nous avons vu la mort arriver. Nous nous sommes retrouvés accablés contre un mur à attendre que la pluie de lacrymogènes s’arrête proche du monument aux morts. En face, des CRS qui canardent. Derrière, des CRS qui canardent. À droite, des CRS qui canardent. À gauche, des CRS qui canardent. Aucune issue.

La seule issue possible était de foncer sur les forces de l’ordre. Nous sommes des gens absolument pacifistes, nous avons préféré subir que de casser du flic. Face au mur, à se tenir l’un à l’autre d’une main pour ne pas se perdre et à appliquer au mieux les masques pour essayer de respirer, les yeux fermés, nous avons attendu, nassés par des forces de l’ordre qui ne faisaient plus du maintien de l’ordre. Certains commencent à s’écrouler, asphyxiés. Nous prions tous les dieux pour que cela cesse, tandis que nous entendons les lanceurs de lacrymos se recharger, puis se revider sur nous, simple citoyens souhaitant jouir du droit de manifester.

Nous sommes au bout, nous suffoquons, puis plus rien. Serait-ce terminer ? L’espoir fut de courte durée, la pluie est revenue. Les plus chanceux d’entre nous réussissent à reprendre une bouffée d’air, les autres continuent de souffrir. Le spectre de la mort est là. La tempête s’intensifie. Un collègue s’écroule au sol. Enfin la lumière est arrivée. Un ami gilet jaune nous extirpe. Il prend celui à terre dans ses bras, l’un d’entre nous l’agrippe, et grâce à notre cordon de mains accrochés aux vêtements, nous sortons tous. Hors du nuage toxique, l’un des nôtres perd connaissance. Il s’écroule lentement un genou après l’autre. Deux street médic le prennent en charge. Nous, toujours asphyxiés, tentons de sécuriser ceux qui ne tiennent plus debout. Quelques claques, pas de réactions.

“- J’ai pas de pouls ! ” s’écrit le médic. Au bout de quelques secondes qui paraissent éternelles, le poul revient. Deux minutes après, il reprend connaissance et tente, en panique, de se relever, alors qu’à quelques mètres, la tempête reprend de plus belle. Il nous faut mettre les blessés en sécurité. Un magasin bio accepte de nous ouvrir ses portes. Il est à 30 mètres. Le temps de le relever et de le prendre sur deux de nos épaules, c’est trop tard. Le nuage est là. Nous retournons en enfer. Par miracle, une porte s’ouvre. Une dame nous ouvre le hall d’accès d’une cours intérieure d’immeuble. Cette dame, c’est Rosa. Pour nous, c’est un miracle. Nous nous réfugions dans ce petit tunnel d’entrée. Il y avait déjà une petite fille de 5 ans, qui elle aussi était inconsciente.

Son père est retenu par la bac qui refuse de le laisser venir la chercher. Nos blessés sont pris en charge par des medics. L’air pur aide à améliorer leur état. Le père de la petite parvient enfin à venir chercher sa fille, toujours inconsciente. Nous rapatrions tout notre groupe dans cet abri. Peu à peu, nous réalisons.

Nous sommes tous sous le choc. Nous peinons à croire ce que nous avons vécus. Ce n’est pas notre première manifestation dans ce cadre là, mais un tel acharnement des forces de l’ordre a encore franchi un cap. Nous réalisons que les violences policières sont maintenant des violences de masses. Sous le choc, la conclusion nous est évidente. “- Ils veulent nous tuer !”

Puis rapidement, nous n’avons même plus le courage d’en débattre. Nous sommes tous du même avis. Nous avons conscience que l’on pouvait tous y rester et rentrer dans une caisse en bois. Nous sommes abasourdis. Certains restent assis, sans bouger, sans parler, ayant tout juste la force de s’allumer une cigarette. Nous venons de vivre une véritable scène de guerre. Nous rassurons nos proches, nous retrouvons nos esprits, puis attendons le bon moment pour partir. Notre ami qui avait perdu connaissance, parvient difficilement à se tenir debout. Je vais l’appeler “M”.

Rosa nous fait sortir par la sortie de derrière. Nous lui devons la vie. Nous la remercions chaleureusement et partons. Nous sommes 2 a aider M à marcher. Les voitures sont à 5 km de marche, impossible de les rapprocher du centre de Toulouse. M est pris rapidement de nausées. Tous les 20m, il essaie de vomir, mais il n’y parvient pas. Sur le chemin, nous trouvons sur notre route une kangoo bleu et blanc, avec deux personnes en bleu à l’intérieur. Ils nous provoquent : “-Vous avez ce que vous avez mérité ! À samedi prochain !”

Notre rage est énorme. L’envie de les mettre sur le toit est là, mais nous restons pacifistes. Nous aurions pu, mais non. Ils ne nous auront pas à ce jeu là. Par contre on se demande ce qu’ils veulent vraiment faire. On se demande si leur métier est vraiment de nous protéger et nous servir.

Au bout de 20 bonnes minutes de marche, M parvient enfin à vomir. Il reprend peu à peu des couleurs, mais ne parvient pas encore à marcher tout seul. Nous marchons, tous exténués. Certains commencent à vomir à leur tour. Nous avons conscience de revenir de loin.

Mentalement, nous sommes partagés. À l’intérieur de chacun de nous, il y a plusieurs sentiments. On ressent de la rage. Nous ne parvenons pas à comprendre pourquoi nous avons vécu une telle répression, nous qui avons toujours été pacifistes, qui ne sommes ni casseurs, ni fachos, ni extrémistes, ni quoi que ce soit, nous qui souhaitons juste jouir de notre droit de manifester, de nos libertés de déplacement, d’opinion, d’expression… On ressent de la reconnaissance, envers notre groupe de simple manifestant sans lequel, si nous avions été seul, nous serions peut-être morts à l’heure actuelle, envers Rosa, à qui nous devons nos vies, envers les medics, qui ont pris en charge nos blessés avec brio.

Nous ressentons aussi un petit espoir, grâce à Rosa, nous avons enfin trouvé la preuve que, peu importe leur avis sur la situation (nous ne savons pas ce qu’elle pense des gilets jaunes) des citoyens refusent de voir des gens mourir devant chez eux. Nous avons vu de nos propres yeux qu’aujourd’hui, des gens savent encore faire du bien autour d’eux, même auprès d’inconnus et c’est un véritable vent d’espoir au plus profond de nos âmes.

Toulouse, nous reviendrons, toujours pacifiste, comme à chaque fois, jusqu’à que l’ordre repasse du bon côté de la force !

 
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