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La Izquierda Diario
16 de avril de 2019 Twitter Faceboock

Faut-il défendre Notre-Dame ?
Cathédrale Notre-Dame : patrimoine catholique ou patrimoine de l’humanité ?
Anna Bronstein

Ni chrétiens ni patriotes, doit-on tout de même déplorer l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris ?

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DEA / C. SAPPA VIA GETTY IMAGES

Lorsque Christine Boutin en appelle à prier pour Notre-Dame et que les drapeaux réactionnaires se lèvent en hommage à la cathédrale ravagée par les flammes, lorsque de nombreux commentaires islamophobes envahissent la toile, on serait tenté de prendre le contre-pied total de cette unité nationale nauséabonde.

Le premier réflexe de celles et ceux qui ne se sentent ni chrétiens ni patriotes pourrait être de déclarer que « la seule Église qui illumine est l’Église qui brûle », et d’assimiler l’incendie de Notre-Dame à un coup porté à cette institution réactionnaire qui, entre autres, couvre des viols et des abus sexuels depuis des siècles, véhicule et alimente la culture patriarcale.

Peut-on distinguer l’esthétique de l’édifice de l’institution qui l’a commanditée ? Peut-on défendre une cathédrale en condamnant l’Église catholique ?

Refuser l’unité nationale et le recueillement populiste n’implique pas de se réjouir de cet incendie. Notre-Dame n’est pas qu’un édifice religieux, c’est bien plus que cela. Ce bâtiment millénaire, joyau de l’architecture gothique, n’est pas moins le patrimoine des centaines de travailleurs qui ont participé à sa construction durant près de deux siècles que celui de l’Église catholique.

Cette cathédrale est le témoin de plus 9 siècles d’histoire, vestige du Moyen-Âge, ayant notamment survécu à la grande « modernisation » haussmannienne de la capitale, ayant entraîné la destruction d’un nombre important d’éléments architecturaux gothiques et médiévaux.

Notre-Dame de Paris a survécu à la révolution de 1789 – malgré un vaste pillage et la décapitation de plusieurs dizaines de statues – et les communards de 1871 l’ont épargnée au cours de la semaine sanglante. L’édifice a également traversé les deux guerres impérialistes du XXe Siècle sans altération majeure et nous rappelle que l’histoire s’écrit autour d’événements de rupture, mais qu’il existe aussi des éléments de continuité.

La cathédrale incendiée est avant tout patrimoine de l’Humanité, des hommes et des femmes qui l’ont construite, témoin séculaire d’une Histoire faite d’exploitation, de luttes et de bouleversements. Une Histoire et ses vestiges qui ne sont en rien la propriété de l’institution catholique ; pas plus que Notre-Dame n’appartiendra à ces patrons milliardaires (les Pinault, Arnault et autres Bouygues) qui cherchent à s’offrir un peu de publicité en reversant moins d’un millième de leur fortune pour financer sa reconstruction.

Non, brûler une église n’est pas brûler l’Église, et s’opposer à l’Église ne signifie pas détruire les églises. S’il est nécessaire de combattre l’instrumentalisation du dramatique incendie de Notre-Dame de Paris qui permet de resserrer les rangs des classes dominantes dans une unité nationale réactionnaire, il est tout aussi important de revendiquer ce bâtiment et son histoire, de nous l’approprier. Car qui sait ce que pourrait devenir cet édifice dans une société libérée des chaînes de l’exploitation et des oppressions... et même envisager que d’autres, plus beaux encore, soient construits à sa suite.

 
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