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23 de avril de 2019 Twitter Faceboock

Défense des droits démocratiques
Gaspard Glanz interdit de manifestation : nouvelle offensive contre les droits de la presse
Léa Luca

Après 48 heures de garde à vue, Gaspard Glanz a été interdit par la justice de participer aux manifestations tous les samedis, ainsi que le 1er mai, jusqu’au mois d’octobre. Avec cette interdiction, le gouvernement, armé de sa loi « anti-casseurs », opère un nouveau saut dans son offensive contre les droits de la presse.

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Arrestation de Gaspard Glanz : un procès politique

Au cours de l’acte 23 des Gilets jaunes, samedi 20 avril, la répression a été particulièrement brutale contre les manifestants, comme une manière d’intimider et de dissuader les manifestants de participer aux prochaines mobilisations, notamment celle du 1 er mai. La journée a notamment été marquée par des arrestations de journalistes indépendants, dont le journaliste de Taranis News Gaspard Glanz et le reporter indépendant Alexis Kraland.

Dans une vidéo tournée à sa sortie de garde à vue, qui a duré 48 heures, Gaspard Glanz a annoncé qu’il continuerait à se rendre dans les manifestations, les samedis ainsi que le 1er mai. « Je fais confiance à mes avocats pour me libérer le droit d’y aller librement samedi prochain et le 1er mai. Mais avec ou sans autorisation, j’irai, quelques soient les conséquences. Parce que je suis journaliste ». En effet, les interdictions formulées par le parquet visent clairement à empêcher Gaspard Glanz de continuer à filmer les manifestations et ainsi montrer ce qui se passe réellement sur le terrain, les violences policières étant largement censurées par les grands médias.

Lors de cette interview, il a également dénoncé la reconnaissance aléatoire du statut officiel de « journaliste » par les institutions, notamment la police, en fonction du degré de soumission au pouvoir en place. « Mon statut de journaliste n’est pas reconnu. J’ai bossé pour tous les micros devant moi mais pour eux je ne suis pas journaliste< ». Il pointe notamment le caractère fallacieux de la reconnaissance du statut de journaliste à la question de la carte de presse : « Un journaliste pour être journaliste n’a pas besoin d’une carte de presse », « ce n’est pas obligatoire, je pense que parmi les journalistes qui sont ici il y en a beaucoup qui n’ont pas de carte de presse ».

C’est loin d’être la première fois que Gaspard Glanz, connu pour sa couverture des mouvements sociaux, de Notre-Dame-des-Landes aux manifestations, en passant par Calais, et notamment des violences policières, est dans le viseur de la police. Il avait déjà été arrêté en octobre 2016 dans la jungle de Calais, écopant pour un soit-disant vol de talkie-walkie d’une interdiction de séjour à Calais et d’un contrôle judiciaire pendant huit mois l’obligeant à pointer au commissariat de Strasbourg toutes les semaines.

Le secrétaire d’État à l’intérieur Laurent Nunez, interrogé sur BFMTV a déjà annoncé que si Gaspard Glanz ne respectait pas son contrôle judiciaire il serait arrêté. L’objectif est clair : faire feu de tout bois (un doigt d’honneur face aux dizaines d’yeux crevés) pour intimider et empêcher tout ceux qui couvrent les manifestations du point de vue des manifestants.

C’est très certainement cette dernière déclaration du secrétaire d’Etat qui a poussé le journaliste indépendant à faire un pas de côté. Sur le plateau d’Europe 1, mardi soir, revenant sur son contrôle judiciaire l’interdisant de se rendre en manifestant jusqu’à son procès le 18 octobre, Gaspard Glanz explique qu’il "n’avait pas l’intention de la respecter" mais qu’il préfère finalement "respecter [son] contrôle judiciaire afin que [s]es avocats aient toutes les armes en leurs mains pour combattre ce qui arrive et régler ce problème définitivement". "Si je brave cette interdiction, et c’est exactement ce qu’ils attendent, ils me mettent en prison" conclue-t-il.*

Pour autant, si ceux qui couvrent les mouvements sociaux sont visés plus particulièrement, les droits de l’ensemble de la presse sont aujourd’hui visés. Ainsi, s’ils n’ont pas été interpellés, des journalistes des grands médias comme Le Figaro ont été visés par les forces de polices. C’est le cas notamment du journaliste Sacha Benitah qui, filmant place de la République, a reçu un coup de pied de la part d’un policier, après s’être vu refuser la possibilité de filmer.

Mais c’est aussi le journaliste de France 3 Midi-Pyrénées, Kevin Figuier, qui a été blessé « au mollet droit » après avoir été « touché par une grenade de désencerclement envoyée en cloche ». Un journaliste d’ActuToulouse a été « délibérément visé par les gaz lacrymo des forces de l’ordre » et blessé « au genou ».

Dénoncer cette offensive contre les droits de la presse

Ainsi, il s’agit ici en réalité d’une menace à l’égard des droits de la presse, notamment de ceux, qui révèlent l’ampleur des violences policières.

Mais si les violences policières contre les journalistes sont devenues communes dans les manifestations, les arrestations de plusieurs journalistes « indépendants » ce week-end s’inscrivent ainsi dans la continuité des attaques du gouvernement contre la presse ces derniers mois, marqués notamment par les perquisitions contre Médiapart dans le cadre de l’affaire Benalla.

Plus généralement, le quinquennat Macron a, à plusieurs égards, marqué un saut dans les attaques contre les droits démocratiques, déjà entamés sous Sarkozy et Hollande, notamment en réduisant la liberté de manifester avec la loi dite « anti-casseur ». Avec cette dernière, Macron a mis en place tout un arsenal judiciaire, qui, combiné à une très brutale répression, vise à faire rentrer chez eux les Gilets jaunes.

Contre ces attaques du gouvernement, armé de la loi « anti-casseurs », contre les droits presse et nos droits démocratiques, il s’agit de défendre inconditionnellement la liberté de manifester et d’informer. Il s’agit aussi d’exiger l’abandon de toutes les poursuites à l’encontre du journaliste de Taranis News, et de défendre les droits tous ceux qui, avec ou sans carte de presse, travaillent au quotidien pour couvrir le mouvement social et les manifestations. Dans la continuité de ceux qui ont dénoncé cette atteinte supplémentaire au droit de la presse, l’ensemble des organisations de gauche, syndicales comme politiques, devraient dénoncer et combattre cette nouvelle offensive contre les droits démocratiques. Une lutte qui passe par la revendication de l’abrogation de la loi « anti-casseurs » et de toutes les lois liberticides qui légitiment cette offensive.

*modifié le 24/04

Crédit : DR

 
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