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23 de mai de 2019 Twitter Faceboock

Européennes
Discussion avec Jérôme Rodrigues. Le « vote anti-Macron » mais à quel prix ?
Damien Bernard

Après 6 mois de manifestations, certains Gilets jaunes cherchent une stratégie pour infliger une défaite à Macron. A quelques jours des européennes, c’est l’idée d’un « vote anti-Macron » qui est en train de faire son chemin chez une partie des Gilets jaunes. C’est dans ce cadre que Jérôme Rodrigues a précisé sa consigne de vote : « faire un vote anti-Macron, quitte à ce qu’il finisse deuxième ». Si l’on peut entendre la volonté de faire « payer » l’addition à Macron, on peut se demander à quel prix ?

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A quelques encablures des élections européennes, une nouvelle question taraude une partie la classe politique et médiatique : où ira le vote des Gilets jaunes. En effet, contrairement à leurs « pronostics », une partie des Gilets jaunes est bien déterminée à voter aux européennes le 26 mai.

Mais, si certains Gilets jaunes sont effectivement à la recherche d’un « débouché politique » à leurs aspirations de justice sociale, ce dernier reste encore essentiellement exprimé par la négative, ne se cristallisant que contre la figure de Macron et sa politique. Après les « Macron démission » scandés semaine après semaine, l’impasse stratégique des Gilets jaunes a fait émerger un autre mot d’ordre à l’approche des européennes : le « vote anti-Macron ».

A la rechercher d’une « stratégie » pour « faire payer » Macron

Si l’objectif de ce « vote anti-Macron » apparaît clair, à savoir, infliger un camouflet à Macron aux européennes, pour le reste, le bulletin à glisser dans l’urne est soit à l’appréciation individuelle des Gilets jaunes, soit précisé par des allusions particulièrement explicites. De la sorte, certains Gilets jaunes se réapproprient, à leur manière, le « vote utile ». Ainsi, plutôt que par un vote de conviction, une partie des Gilets jaunes compte agir par « stratégie » pour infliger une défaite à Macron.

Sur les réseaux sociaux comme dans des Assemblées, les diverses stratégies se discutent. Par exemple, à Montceau-les-Mines, « on a décidé de rester non partisan, avec simplement pour consigne d’aller voter pour contrer Macron », explique Pierre-Gaël Laveder. « On voulait même recouvrir les affiches de la LREM par le visage des blessés gilets jaunes », continue-t-il. Sur internet, d’autres modalités se discutent comme celle d’un vote « selon sa sensibilité » pour empêcher Macron d’avoir des députés au parlement Européen. Il suffirait d’un bulletin pour « une liste qui fera au moins 5% pour être efficace » mettant ainsi à pied d’égalité les différentes étiquettes de droite et de gauche.

Il serait très aisé de pointer la « confusion » qui règne au sein du mouvement comme l’a fait notamment une partie de la gauche au début du mouvement. Pourtant, ce mélange des « genres » n’est que le sous-produit des multiples trahisons des partis se réclamant de « gauche » ayant soit gouverné directement en appliquant des réformes anti-sociales, la loi El Khomri étant le dernier exemple en date, soit en la cautionnant au travers d’accords politiques, en passant des accords de participation gouvernementale, ou encore de ses dérives patriotiques et souverainistes de « gauche » qui œuvrent à cette perte de repère. Ainsi, si la distinction entre droite et gauche n’est plus entendue, cela est de la responsabilité, au premier chef, de ceux qui, au pouvoir, ont vidé le terme « gauche » de son principe. De même, l’extrême-gauche ne peut non plus être exemptée de toute responsabilité, celle-ci aurait notamment dû être en mesure de présenter une liste commune d’extrême gauche pour ces européennes afin de donner une expression à cette colère, même si en définitive, c’est sur le terrain de la lutte de classe, lors des grèves et des manifestations qu’il s’agirait de la prolonger.

Un vote « quitte à ce qu’il finisse deuxième », la ligne rouge est franchie

D’autres stratégies de « vote utile » se font aussi entendre. Ainsi, des figures du mouvement comme Jérôme Rodrigues s’expriment de manière beaucoup plus explicite :

« J’appelle aujourd’hui aux européennes à faire un vote anti-Macron, quitte à ce qu’il finisse deuxième, qu’il redescende un petit peu d’un étage, qu’il redevienne un petit peu terre à terre et qu’il vienne nous servir nous plutôt que les plus riches », a-t-il ainsi affirmé, au micro de l’AFP, en marge d’une manifestation de l’acte 26 à Lyon.

Cet appel au vote de Jérôme Rodrigues ne laisse guère de doute. En effet, sauf un énorme changement de conjoncture, la seule possibilité que Macron « finisse deuxième » est que la liste RN du duo Bardella/Marine Le Pen l’emporte. Dès lors, cet appel au vote de l’une des principales figures du mouvement des Gilets jaunes, relayé par les grands médias, ne peut raisonner dans l’esprit des Gilets jaunes que comme un appel à voter pour le parti de Marine Le Pen aux européennes.

Les réactions pour surfer sur ce « vote utile » ne se sont pas faites attendre. Premièrement, le fait Nathalie Loiseau estime, à différence de Macron, que le « débouché politique » des Gilets jaunes était plutôt à l’extrême droite du côté du RN, devrait alerter sur le caractère « fonctionnel » aux classes dominantes de cet affrontement LREM/RN aux européennes.

Ensuite, dans la dernière ligne (très à) droite, le Rassemblement National a dégainé le premier. Le « vote anti-Macron », c’est précisément le nouveau slogan des tracts tirés à plusieurs millions d’exemplaires, supplantant le #Onarrive. Ils seront distribués par millions jusqu’au 26 mai. Que Jérôme Rodrigues n’en dise pas un mot contribue à légitimer l’opération d’instrumentalisation de Marine Le Pen, maintenant de fait son appel au « vote anti-Macron, quitte à ce qu’il finisse deuxième » sur lequel il ne s’est pas rétracté.

« Tous les moyens sont bons » pour battre Macron, vraiment ?

Que l’on puisse « relativiser l’impact » de cet appel – les Gilets jaunes n’ont pas pour habitude de suivre forcément leur figure d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une consigne de vote, le contenu politique de cet appel, qui ne cache pas son nom, a son importance.

D’abord, il émane de l’une des figures du mouvement qui s’est constituée sur le terrain des manifestations une certaine légitimité au sein des Gilets jaunes. En ce sens, que Jérôme Rodrigues prenne position peut avoir un poids pour certains Gilets jaunes, dont les consciences sont en balance, comme c’est le cas notamment de Dominique, une Gilet jaune qui habite dans l’Yonne qui soutient habituellement La France insoumise, interrogée par Médiapart : « Franchement, j’hésite encore. Ça me fait mal de voter RN mais comme certains disent qu’ils seront en tête, c’est peut-être le plus fort ».

Ensuite, si le mouvement des Gilets jaunes a pu au fur et à mesure du mouvement se délimiter des franges les plus militantes de l’extrême-droite identitaire, la confusion sur le terrain politique reste pour le moins importante comme en témoigne le fait de continuer à mettre à pied d’égalité la gauche et la droite (dans la logique du tout se vaut). En ce sens, cet appel au vote, à peine dissimulé, pour la liste RN de Marine Le Pen tend à banaliser le vote RN, ce qui a des conséquences sur la conscience de ces franges importantes du monde du travail en cours de politisation.

Enfin, que la colère exprimée, durant 6 mois de mouvement social, se traduise sur le terrain électoral, en faveur d’une liste qui s’est toujours érigée contre les droits des travailleurs à faire grève, toujours du côté des forces de police, pour une xénophobie plus que décomplexée, qui vise à fragmenter toujours plus le monde du travail, est un vote, qui ne peut être que « stratégiquement » perdant pour les Gilets jaunes.
Si l’on peut comprendre la logique du « tous les moyens sont bons pour affaiblir Macron », il y a cependant des principes sur lequel le mouvement social ne peut transiger : celui notamment d’appeler à voter pour la liste d’extrême-droite de Marine Le Pen qui représente les pires ennemis des Gilets jaunes, du monde du travail et de la jeunesse. Ci-dessous quelques exemples pour rappeler de quoi le RN est le nom.

Voter RN, c’est voter pour que les Gilets jaunes « condamnés pour violences » continuent à croupir en prison !

Si l’une de motivations principales des Gilets jaunes dans ce vote est de lui faire « payer » la répression physique et judiciaire terrible contre les Gilets jaunes, ses milliers de blessés et de mutilés, et de condamnés, il y a en l’occurrence une contradiction importante à voter Marine Le Pen. En effet, la présidente du RN a affirmé qu’elle n’ordonnerait aucune amnistie pour les Gilets jaunes « condamnés pour violences » à l’égard de la police. « Les violences à l’égard des forces de l’ordre ne peuvent pas être amnistiées. Les choses sont très claires », a-t-elle expliqué.

En somme voter pour la liste RN, c’est voter pour que des Gilets jaunes « condamnés pour des violences » envers les forces de police croupissent en prison. Pour être plus concret, voter RN, c’est en somme voter pour que la Gilet Jaune, Odile Maurin en procès pour « violences » envers des policiers car son fauteuil roulant est considéré comme une « arme » ne soit, en définitive, pas amnistiée !

Voter RN : c’est voter… contre la hausse du SMIC !

Alors que les gilets jaunes se mobilisent essentiellement sur la question du pouvoir d’achat, comme en témoignent les revendications depuis le début du mouvement, Marine Le Pen (vidéo à 2min30) a réaffirmé le lundi 26 novembre, un des éléments centraux de son programme : le refus de la hausse du SMIC – que touchent pourtant les plus précaires des travailleurs. Marine le Pen avait confirmé ainsi son refus d’accéder à l’une des revendications centrales formulées par le mouvement, l’« augmentation du SMIC à 1 300 euros net ».

Voter RN : c’est voter…pour la prochaine interdiction de toutes les manifestations comme en 2016 ?

Le vendredi 20 mai 2016, en plein mouvement contre la Loi Travail, Marine Le Pen interviewée par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 s’en donnait à cœur joie pour fustiger les manifestations. la présidente du FN a même prôné l’interdiction de toutes les manifestations en période d’état d’urgence.

Voter RN, c’est encourager les militants d’extrême-droite qui appellent à « couler » les bateaux de migrants

« Il faut les couler », c’est ce qu’a lancé un militant lors du grand meeting du Rassemblement National, dans l’Yonne ce mardi. A ce moment, Jordan Bardella avait évoqué le bateau d’aide aux migrants l’Aquarius. Pas étonnant que Bardella ne s’en émeuve point lui qui a ses amitiés avec l’extrême droite la plus dure.

Pour finir, un échantillon des vidéos de jeunesse Philippe Vardon, nouveau responsable de la communication de Marine Le Pen à l’occasion des européennes. Philippe Vardon est l’ancien dirigeant du Bloc identitaire, groupuscule fascisant dissout, qui entonnait des chants néo-nazis….

En dernière instance, ce ne sera pas par les urnes qu’on pourra défaire Macron

Face à l’offensive de Macron, en définitive, ce n’est pas par les urnes que l’on pourra le défaire, mais par la construction d’un large mouvement d’ensemble, sur la base de la colère et de l’expérience emmagasinée par les Gilets jaunes, pour construire une grève générale au cours de laquelle les exploités et les opprimés, prennent leurs affaires en main, s’auto-organisent, et remettent en cause le pouvoir des capitalistes et de leurs gouvernements. Il n’y aura pas de bulletin miracle pour répondre aux aspirations démocratiques et sociales des Gilets jaunes. Cela passera en définitive par la lutte sur le terrain des manifestations et des grèves.

Crédit photo ERIC FEFERBERG. AFP

 
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