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La Izquierda Diario
3 de juin de 2019 Twitter Faceboock

Élections en Algérie
Algérie. Elections annulées mais l’armée ne cède rien
Boris Lefebvre

En Algérie, le bras de fer entre le mouvement social et le pouvoir persiste. Les élections du 4 juillet, dont le peuple ne veut pas, viennent d’être annulées par le Conseil constitutionnel. Le général Gaïd Salah reste toutefois aux commandes et poursuit sa répression.

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Crédits photos : Ryad Kramdi / AFP

« Pour le pouvoir, c’est un camouflet, pour le peuple, c’est incontestablement une autre grande victoire, après avoir empêché le cinquième mandat et mis fin à vingt ans de règne de Bouteflika. Mais une victoire symbolique, sans plus. Sur l’essentiel, le pouvoir n’a rien cédé et n’a pas montré des signes qui laisseraient penser qu’il s’apprête à faire de sérieuses concessions. La teneur du communiqué du Conseil constitutionnel invalidant les deux candidatures ne laisse pas de doute quant aux intentions du pouvoir pour l’étape à venir. En un mot, le projet n’est pas abandonné ». C’est ainsi que le blog Tout sur l’Algérie résume la situation après l’annonce officielle de « l’impossibilité de tenir la présidentielle le 4 juillet ». Seuls deux candidats totalement inconnus avaient déposé leur candidature au dernier moment, que le Conseil constitutionnel n’a pas retenu. Le hirak (mouvement de contestation), dans la rue depuis plusieurs mois, marque un nouveau point en faisant reculer une seconde fois le gouvernement mais n’arrive pas encore à imposer ses revendications. Le slogan « pas de négociations avec le “gang” » martelé tous les vendredis depuis plusieurs semaines montre la détermination du mouvement à en finir avec le système Bouteflika.

La perspective d’autres élections et d’une date prochaine reste cependant l’option la plus probable que l’armée et le président par intérim, Abdelkader Bensalah, pourraient privilégier. En effet, le chef d’état-major de l’armée, Gaïd Salah, a assuré récemment que « la tenue des élections présidentielles mettra un terme à tous ceux qui tentent de faire perdurer cette crise ». La perspective d’une nouvelle date (qui reste pour l’instant encore inconnue) semble se dessiner. Toutefois, cette situation laisse un flou tant sur le credit qu’accorderont les masses populaires à une telle manoeuvre que sur les conditions d’organisation de ce scrutin.. En effet, le président par intérim doit normalement convoquer de nouvelles élections dans les 90 jours après sa prise de fonction. Or, le 9 juillet, soit seulement quelques jours après, Bensalah, en poste depuis le retrait de Bouteflika le 9 avril, devrait rendre les rennes du pouvoir. Le gouvernement risque de passer dans un régime d’illégalité et de jouer sur le pourrissement de la situation.

En effet, les vacances d’été peuvent démobiliser le mouvement de contestation, notamment chez les étudiants qui sont l’un des principal secteur d’avant garde actuellement. Cela est d’autant plus vrai que malgré l’avancement du Congrès au 22 juin qui exprime la frilosité des bureaucrates face à la combativité de plusieurs pôles ouvriers importants, en particuliers la pointe avancée constituée par les travailleurs de la zone industrielle de Rouiba, la direction de l’UGTA reste toujours aux mains de la bureaucratie et de Sidi Saïd, qui joue un rôle important pour empêcher le mouvement ouvrier de peser de tout son poids dans le rapport de force qui s’est engagé entre la rue et l’armée. Pourtant, le maintien de Bensalah et de son premier ministre Noureddine Bedoui au pouvoir pourrait augmenter la colère populaire tant les deux hommes incarnent le système Bouteflika que la rue dénonce depuis le 22 février dernier. Le pouvoir algérien semble donc ne reculer que pour mieux sauter en faisant planer l’idée d’une conférence de consultation populaire et de personnalités dans les mois à venir afin de réconcilier le gouvernement et la rue. En attendant, la répression sévit toujours comme en témoigne la mort en prison du militant Kamal Eddine Fekhar et les dizaines d’arrestations en manifestation. La manœuvre du gouvernement et de Gaïd Salah ne comble donc en rien les aspirations populaires à rompre avec les méthodes et le régime algérien en place depuis des décennies.

 
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